[Top 10] Palmarès Ciné 2005

1 – Million Dollar Baby
Eastwood nous a bien eu : on pensait assister à un film sur la boxe conjugué au féminin, et il nous offre le plus grand moment d'émotion de cinéma de l'année. Plus fort encore, sur un sujet qui aurait pû sombrer dans le pathos, il évite également le pensum sur l'euthanasie . Million dollar baby confirme définitivement son auteur comme l'une des plus grande figure du cinéma, à l'équivalence d'un John Ford dans l'attention qu'il porte à ses personnages et au classicisme indémodable de sa mise en scène. En un mot : un chef d'oeuvre.
2 - King Kong
Spectacle total qui témoigne de l'immense générosité et de la sincérité de son auteur, King Kong est davantage qu'un simple remake. C'est la profession de foi d'un réalisateur envers un cinéma d'hier avec les moyens d'aujourd'hui, un véritable cadeau fait au public de maintenant et de demain.
3 – L'enfant
Ceux qui reprochent encore aux frères Dardenne de sombrer dans le misérabilisme ont décidément tout faux. L'Enfant est un thriller social qui emprunte les codes du film noir pour les associer à un voyage initiatique, le passage de l'innocence à l'âge adulte. Car l'enfant du titre n'est pas tant ce bébé que l'on vends , récupère, pousse, porte comme un poids pour en découvrir en cours de route l'importance. C'est bien sûr Jeremy Renier, petit malfaiteur qui découvre petit à petit son rôle de père, apprends les responsabilité pour sortir de la marginalité.
4 – History of violence
Ne surtout pas s'arrêter à ses allures de série B : History of violence est bel et bien la perversion de l'intérieur de tout un pan de la mythologie américaine, de ses mythes, de ses codes. En introduisant le ver dans le fruit (le mal dans une petite ville américaine prétendument sans ennuis), Cronenberg réussit son film le plus politique tout en poursuivant son analyse de la nature humaine. Long en bouche, History of Violence aurait mérité une récompense au festival de Cannes.
5 – Le château ambulant
Il faut s'y faire : Myazaki ne réalisera certainement plus de film comme Totorro ou Porco Rosso. Couronné par le succès international de Chihiro, le réalisateur japonais poursuit dans une veine complexe et symbolique, qui n'est pas pour autant hermétique aux plus petits grâce à des séquences de pure féerie et un environnement magique, mais dont les adultes s'emploient encore à percer l'univers, la construction scénaristique et le symbolisme des personnages et des situations. Le château ambulant est une oeuvre à la fois longue à appréhender et immédiatement séduisante, un nouveau chef d'oeuvre dans la filmographie des studios Ghibli.
6 – Batman begins
Revoir le Batman de Tim Burton aujourd'hui permet de confirmer ce que nous soupçonnions déjà en 88 : si Burton a parfaitement appréhendé l'univers du super héros, il n'en a pas moins été incapable de mettre en scène les moments les plus spectaculaires. Batman Begins est une surprise que l'ont attendait pas, tant l'univers gothique de Burton avait fait autorité et les séquelles désastreuses de Schumacher avaient plombé la franchise. Christopher Nolan offre au mythe sa plus belle incarnation cinématographique à la faveur d'une approche réaliste qui revient aux origines. Il réussit à renouveler la franchise en s'affranchissant de ce qui a déjà été fait par ailleurs, sans complexe, et livre sans doute le meilleur film de super héros avec le Spiderman de Sam Raimi.
7 – De battre mon coeur s'est arrêté
Le titre Fingers, dont le film d'Audiard est le remake, était davantage explicite : il s'agit bien d'ici d'un suspens autour des doigts de Romain Duris, son laisser passer vers une vie meilleure, le moyen pour lui de rencontrer la lumière, l'art et l'amour. Audiard systématise la mise en scène de Sur mes Lèvres : caméra portée et sans cesse en mouvement, au plus proche des personnages, réalisme social et attention méticuleuse aux seconds rôles, tous excellents, et conjugue de belle manière le film noir et le film d'apprentissage.
8 – Sin City
Robert Rodriguez a finalement résolu le problème de l'adaptation cinématographique en retranscrivant à l'identique chacune des pages de la célèbre Bd de Frank Miller. Prototype d'une nouvelle forme de cinéma du futur, Sin City est graphiquement bluffant, à couper le souffle. Si l'image est flatteuse, il ne faut pas non plus oublier le texte, qui joue parfaitement son rôle de contre poids par rapport au déferlement de violence auquel on assiste, qui opère alors une forme de distance entre l'image et le propos. C'est aussi la limite de Sin City, dont on regrette le manque d'implication émotionnelle.
9 – Wallace & Gromit
Si Chicken Run avait déçu à cause d'un scénario qui se reposait un peu trop sur son simple pitch, la première aventure sur grand écran de Wallace et Gromit est une vrai réussite qui parvient à conjuguer l'humour et l'univers du duo avec les références au cinéma fantastique anglais de la Hammer, et aux films d'aventures. Un vrai régal !
10 – Caché
Haneke n'a pas démérité son prix de la mise en scène à Cannes cette année. Sa réalisation joue sans cesse avec le regard du spectateur, le trompe sur ce qu'il lui donne à voir, teste son intelligence. C'est aussi un film sur la culpabilité, la réconciliation, le souvenir, le mensonge. Il y a toujours chez Haneke (comme chez Kubrick) l'impression de ne pas assister à la vie « vraie » (théatralisation du jeu des acteurs, décors désincarnés) mais plutôt à un « film-cerveau » qui évite toutefois le pensum.
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