[Ciné] "Terminator Rennaissance" : la critique !

Publié le par Frédéric RACKAY

Lorsque JJ Abrams a commencé à communiquer sur sa conception de « Star Trek », le réalisateur a avoué sa méconnaissance de l'univers de la série, ses codes, sa philosophie particulière pour  en annoncer une relecture qui s'adresserait au plus grand nombre, trekkies purs et durs et néophytes curieux. Rien de tel pour provoquer une levée de bouclier chez les fans de la première heure, et accessoirement gardiens du temple, soucieux d'être trahis et de voir l'objet de leur adoration dénaturé au profit du grand public. On sait aujourd'hui que si « Star Trek XI » conçoit une certaine fidélité aux personnages, à la structure sociale et politique de la saga originale, le reste n'a plus grand chose à voir, sacrifié sur l'autel du jeunisme et d'un humour souvent hors de propos dans un tel contexte.

Quand McG est annoncé pour donner une suite à la trilogie  « Terminator », il sait qu'il ne bénéficie d'aucune crédibilité au sein du noyau dur des fans de la saga. Le réalisateur, responsable des deux adaptations ciné des « Drôles de Dames », est tout au mieux un habile clippeur capable de produire un humour au énième degré, guère plus. Ne se sachant pas légitime, McG adopte une stratégie strictement inverse à celle de JJ Abrams, pour témoigner aux films de Cameron son plus grand respect et sa volonté de rester fidèle à la trilogie originale. « Terminator Renaissance » se situant dans un contexte radicalement différent des précédents volets et obéissant à un « production design » en rupture avec celui de Cameron, McG ne manque aucune occasion de lancer des clins d'oeil appuyés aux fans de la première heure. Répétitions des tagglines les plus manifestes (« Come with me if you want to live », « I'll be back », les enregistrements audios de John et Sarah Connor), du score original (le fameux thème musical lors du générique qui reprend en 3D le concept de base du premier film), le morceau des Guns'N'Roses), la façon dont Kyle Reese recherche son fusil, le climax dans le cadre d'une chaine de production industrielle... jusqu'à l'apparition en CGI de « Governator » himself, dans un cameo attendu et plutôt efficace. Les signes de bonne volonté sont manifestes, mais cela suffit-il à faire de ce « Terminator Begins » un bon film ? Oui et non.




Oui, car contrairement au troisième opus qui n'apportait rien de neuf à la saga, « Terminator Renaissance » a l'ambition de prolonger la mythologie en mettant des images sur la guerre du futur opposant les hommes aux machines, dont Cameron nous avait donné un aperçu à la faveur de « flash forwards » oniriques. Soldats prostrés dans des sous-sols tandis qu'à la surface, des tanks roulent sur les squelettes des victimes, les robots sillonnant les airs ou avançant laser au poing, tirant sur toute forme de vie humaine.... L'économie de série B du premier film ne permettait qu'une vision réduite du futur, mais dont la modestie des moyens faisait toute la force paranoïaque et anxiogène.  Pour « Renaissance », McG convoque de multiples références, notamment du cinéma catastrophe (« La guerre des Mondes » de Spielberg) et post apocalyptique et à « Mad Max 2- Le défi » en particulier. L'enfant muet en écho du « feral kid », la vision primitive de la résistance, la course poursuite sur une route qui traverse un paysage désertique, le chef d'oeuvre de George Miller est cité explicitement sans que jamais, McG en tutoie le niveau. Plus surprenant, le clin d'oeil à John Sturges lors d'un saut en moto au dessus de barbelés pourrait inscrire « Renaissance » dans une généalogie qui le situerait comme un remake escatologique  de la « Grande Evasion ». Quant aux risque de concurrence aux « Transformers » de Michael Bay et au « Dark Knight » de Chris Nolan que laissaient supposer la bande annonce,  ils sont vite évacués pour ne se résumer qu'à la séquence de la station service (robot géant) et à une course-poursuite (en « batpod »-like) qui ne tombent cependant pas dans le piège de la compilation opportuniste.

Si le film n'est donc pas le naufrage tant redouté, il souffre cependant d'un montage très aléatoire où les coupes les plus sombres en altèrent le rythme et l'architecture scénaristique. Dès la première scène de la découverte du labo expérimental de Skynet, John Connor en ressort sans que l'on sache exactement ce qui a bien pu s'y dérouler. Si le spectateur peut imaginer le massacre laissé hors champ, on se doute qu'il s'agit davantage d'une coupe pure et simple plutôt que d'une ellipse maladroite. Le film trace ainsi sa route, handicapé systématiquement par des béances dans le script, tel l'absence d'explication des expériences menées sur les humains par Skynet. Plus problématique, ce charcutage en règle exclut toute caractérisation des personnages qui ne sont réduits qu'à des figures aux motivations incertaines. On a ainsi beaucoup de mal à croire dans la relation entre Marcus et Moon Bloodgood et surtout, l'interprétation de Christian Bale est tout à fait hors de propos. Jouant sans cesse sur l'intensité nerveuse, à la limite de l'antipathie, il campe un John Connor loin du charisme messianique que l'on avait en tête.
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Publié dans Ciné

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