[Top 10] Notre Top Ciné 2007

Publié le par Frédéric RACKAY

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1 –Boulevard de la mort

Nouvelle manifestation sans équivoque du talent de directeur d’acteur de Tarantino, de sa capacité unique à écrire des dialogues instantanément cultes, et de sa volonté de marquer de son empreinte chaque genre auquel il s’attaque. Ici avec deux scènes absolument inouïes : un crash frontal filmé de quatre points de vue différents, et une course poursuite de près de vingt minutes totalement jouissives. Certains ont reproché au réalisateur les tunnels de dialogue entrecoupant ces deux monuments de cinéma, c’est sans compter sur le fait que le verbe fait aussi partie de la Tarantino’s touch. On se repaît donc sans modération de ses bons mots, des phrases cultes et des dialogues savoureux.

2 – Control
Le biopic qui nous venge de tous les mauvais biopics (« Ray », « Walk The line », « The doors »). Anton Corbijn met son talent de photographe au profit d’un noir et blanc sublime, capte l’air d’une époque (l’Angleterre des 80’s) et dresse le portrait d’une personnalité unique et contrastée, celle de Ian Curtis, marié trop tôt, père absent, rock star dépassé par le succès, rongé par le doute, victime de crises d’épilepsie qui ruinaient sa santé, suicidé à l’âge de 24 ans. Un portrait juste et bouleversant, rythmé par la musique intime et intense de Joy Division.

3 – Zodiac
Après avoir poussé les limites de l’expérimentation visuelle, David Fincher réalise un classique instantané à la mise en scène classique mais ultra classieuse. Le réalisateur évite le piège du film à charge qu’en aurait sans doute fait un Oliver Stone. Il multiplie les points de vue (journalistiques, policiers) pour relancer systématiquement l’intérêt du spectateur, tourne le dos au spectaculaire (le film n’est pas un thriller et ne joue pas du suspens comme d’un moteur du récit) et inscrit son propre film dans une généalogie du cinéma policier (les références à « Bullitt » et à  « L’inspecteur Harry ») et d’enquête (on pense évidemment aux « Hommes du Président »). Chef d’œuvre.

4 - Les promesses de l’ombre

C’est le paradoxe le plus fascinant de la carrière de Cronenberg : plus ses films tendent vers le mainstream, plus ses obsessions de la chair et de la violence traversent son œuvre. Ici, sous les apparences du film noir, le réalisateur examine la généalogie du crime, la façon dont elle se transmet (dans une famille « génétique » mais aussi dans la famille du « milieu »), et comment elle s’inscrit dans la chair, tels ces tatouages qui recouvrent le corps d’un Vigo Mortensen habité par son rôle, et qui se met littéralement à nu à la faveur d’une scène anthologique de bagarre à main nue dans un hammam.

5 - Ratatouille
On pourrait longuement saluer les qualités esthétiques incontestables de ce film d’animation, qui donnent tout son sens à l’expression « photo réaliste ». Mais outre ces atouts techniques qui le placent très au-dessus de la mêlée, « Ratatouille »  est une immense réussite du genre grâce à la richesse de sa structure (qui commence dans un pogrom, emprunte la voie du roman d’apprentissage, puis dénonce la consommation de masse…) et de son scénario (hommage à tout un pan de la littérature française, de Proust à Rostand), de la caractérisation de ses personnages et de la gestion des seconds rôles.Le film est la preuve qu’il ne suffit pas d’un bon pitch pour réussir un film d’animation, mais surtout d’un grand réalisateur, Brad Bird en l’occurrence,  pour cuisiner tous ses éléments qui font de « Ratatouille » une référence.

6 – Rocky Balboa
En choisissant de situer cet ultime volet dans la droite ligne du premier « Rocky », figure iconique de la réussite américaine, Stallone convoque la mélancolie et la nostalgie du spectateur en ayant recours aux nombreux gimmicks incontournables de la série (la musique de Bill Conti, les séquences d’entrainement, de combats…) mais surtout, prouve ses capacités de réalisateur et d’acteur en reprenant le rôle qui l’a rendu célèbre. C’est un bonheur de le voir endosser une nouvelle fois les tics du boxeur qui, à bien des égards, fonctionne comme un alter ego de Stallone, dont les carrières suivent la même trajectoire, ascensionnelle puis de passage à vide. « Rocky Balboa » est une conclusion magnifique et émouvante à la série.

7 - Exilé
Hommage à peine déguisé à deux maîtres du western, Sam Peckinpah et Sergio Leone, « Exilé » transpose dans le contexte de rétrocession de Macao à la Chine l’ambiance crépusculaire du premier, et emprunte au second son sens de la  violence opératique et ultra chorégraphiée. Johnnie To délaisse le déploiement high tech d’un « Breaking news » pour un style old school qui cite également Kurosawa et Kitano. Sa mise en scène est d’une précision d’horloger, que ce soit dans la gestion de l’espace et du temps, ou la perfection du cadre, culminant dans un gunfight final qui résonne comme le chant du cygne d’un genre qui se meurt.

8 – 28 semaines plus tard
On attendait franchement davantage « Halloween » dans le genre du film d’horreur qui cloue le spectateur à son siège. Parce que Rob Zombie s’était affirmé comme un réalisateur incontournable avec « La maison des 1000 morts » et surtout, « The devil’s rejects ». Au final, c’est cette suite au hit de Danny Boyle qui nous a scotché. Parce qu’au-delà de son postulat horrifique, le film dresse le portrait d’un personnage torturé par la culpabilité (magnifique Robert Carlyle qui en deux scènes donne vie à son rôle), donnant un supplément d’âme incontestable à un genre qui oublie souvent de caractériser suffisamment ses personnages. Les séquences purement horrifiques surclassent également celles du premier volet, d’une course-poursuite inaugurale désespérée  d’un Robert Carlyle courant avec une centaine de zombies à ses trousses, à une scène de snipers où les militaires, ne visant au départ que les « infectés », reçoivent ensuite l’ordre de tirer indifféremment sur les civils. Comme chez Romero, la dénonciation de l’uniforme n’est jamais très loin.

9 – La nuit nous appartient

James Gray est un  réalisateur rare – seulement trois films à son actif – mais qui creuse systématiquement le même sillon. Celui de la culpabilité, du choix, de la famille, de la responsabilité morale. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il se répète, au contraire. Avec « La nuit nous appartient », il sidère d’entrée le spectateur avec une scène d’amour inaugurale inattendue dans les premières minutes du film, et avec une course poursuite époustouflante, vue du point de vue du pare brise fouetté par la pluie de la voiture des poursuivis. Sinon, James Gray filme comme à son habitude la lutte entre la police de New York et les trafiquants de drogue russes comme une tragédie grecque croisée avec Corneille et les récits bibliques d’Abel et Caïn.

10 – Persepolis
Si la bande dessinée est devenue une source d’inspiration majeure pour le cinéma, la réussite d’une adaptation n’est jamais tout à fait garantie, qu’il s’agisse de transposition d’histoires de super héros (de la Marvel ou DC Comics) ou de graphic novels (« 300 », « V pour Vendetta », « Sin City »), que le film soit d’une fidélité exacte au matériau d’origine ou qu’il s’en éloigne pour n’en conserver qu’une lointaine inspiration. Le plus difficile, avec un titre comme « Persepolis » est de faire du cinéma, de la mise en scène à partir d’une source figée sur papier, de conserver l’âme du livre tout en utilisant les outils du médium « cinéma ». Marjane Satrapi, aidée de Vincent Paronnaud, ont relevé le défi et livrent un film qui alterne les identités visuelles et les sources d’inspiration (l’expressionisme allemand, la japanimation pour le character design de la petite Marjane, le livre de conte dans l’évocation de l’histoire iranienne…), le réalisme et le poétique, le rire et les larmes, l’intime et l’historique. Le doublage excellent de Chiara Mastroiani et de Danielle Darieux (on pense au personnage de la grand-mère de la « Boum ») participe de la réussite de ce grand film, pas seulement d’animation, mais grand film tout court.


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