[Top 10 ] Notre palmarès ciné 2008

Publié le par Frédéric RACKAY



1 - No country for old men
On avait fini par ne plus beaucoup s’intéresser aux frères Coen, tant ils se complaisaient depuis quelques films dans le citationnel et le référentiel. Film musical, screw ball comédie, film noir, comédie noire, leur cinéma tournait à vide (figure du cercle récurrente) à force de ne réciter que leurs leçons du cinéma d’autrefois, en bons élèves. L’adaptation du roman de Cormac Mc Carthy produit le miracle qu’on n’attendait plus et nous réconcilie avec le meilleur de leur filmographie, celle de « Blood Simple », « Fargo » ou  « Miller’s crossing ». « No country for old men » est à la fois d’une fidélité absolue au roman et s’inscrit parfaitement dans l’univers des frères Coen, celui des grands espaces comme théâtre de la violence et des déambulations meurtrières. Réflexion sur le mal et la violence, ce neo western sublime est un classique instantané.

2 - À bord du Darjeeling Limited
Le cinéma de Wes Anderson produit une petite musique familière aux spectateurs coutumiers de l’univers du réalisateur de « La vie aquatique ». Acteurs récurrents, structures familiales dysfonctionnelles,utilisation systématique de standards pop des années 60, hyper stylisation des couleurs, des costumes (comme moyen de caractérisation des personnages) et de la mise en scène (les panos latéraux, les ralentis), humour décalé où le tragique côtoie le comique désespéré. « Darjeeling Limited » synthétise à merveille la « patte » Anderson, qui rend ici hommage à Renoir avec ce road movie ferroiviaire où les trains se perdent et où des frères se réconcilient autour d’une cérémonie de la plume de paon. Petit chef d’œuvre.

3 - Wall E
On ne cesse d’être surpris par la qualité exponentielle de tout ce qui sort des studios Pixar. Le pari était pourtant de taille avec « Wall E » : réussir à émouvoir avec un robot-poubelle dont les émotions sont signifiées par deux globes oculaires mécaniques. Le film y parvient aisément et va bien au-delà, en délivrant un message sans concession sur l’écologie et l’avenir de notre planète (vision ultra-pessimiste inhabituelle dans un film d’animation pour enfant), en reprenant peu ou prou la structure de « 2001 : L’Odyssée de l’Espace » (les hommes devront réapprendre à marcher quand ils iront dans l’espace) et en citant explicitement Chaplin et Keaton. « Dys-niais » est très loin derrière.


4 – Martyrs
Pascal Augier a tout compris. Il a écouté les critiques faites à son premier film, « Saint Ange », exercice de style hyper référentiel (Argento, y es-tu ?)  et construit « Martyrs » comme une réponse exactement inversée à son premier opus : caméra portée ultra mobile, urgence physique, viscéralité de la mise en scène. Augier s’est débarrassé du gras de sa mise en scène et gratte le nerf, touche à l’os. « Martyrs » n’est pas une proposition, c’est un coup de poing dans l’estomac qui saisit le spectateur dès les premières minutes pour ne plus jamais le lâcher. Un tel film se joue à quitte ou double : soit jeter les armes très vite, soit accepter le combat, tenir jusqu’au bout, malgré le sang, les larmes, la douleur. Il ne faut surtout pas confondre « Martyrs » avec un quelconque « torture-flick », ce serait sous estimer l’impact durable qu’il produit sur le spectateur.

5 -  Un conte de Noël
Ne surtout pas croire que dans « Conte de Noël » comme dans tout film de Desplechin, on parle comme dans la « vraie vie ». Ici, un fils et sa mère s’y déclarent leur haine réciproque en faisant de la balançoire, on y parle d’inceste en accrochant les boules au sapin, on interroge sa bru sur les performances sexuelles de son fils dans la cabine d’essayage d’un grand magasin. Tout cela pourrait paraître horriblement superficiel et littéraire si Desplechin ne produisait pas une mise en scène dynamique, qui alterne les formes du drame psychologique, du suspens familial ou de la comédie de situation. Sur le thème du bannissement (symboliquement signifié par la greffe de moelle osseuse), Desplechin  livre un portrait familial sans conscession mais non dépourvu de tendresse, en multipliant les connexions et les sous intrigues. Devant sa caméra, la troupe de comédiens qu’il dirige est exceptionnelle, Jean-Paul Roussillon  et Chiara Mastroianni en tête.

6 - Two Lovers
Après sa trilogie du film noir, on n’imaginait pas James Gray se soumettre aux codes de la comédie sentimentale, en dépit d’un argument riquiqui de trio amoureux et de la présence de Gwyneth Paltrow à l’affiche. Non, le réalisateur de « La nuit nous appartient » évite tous les poncifs et plie les conventions du genre pour les faire entrer dans son propre univers : mise en scène crépusculaire, thèmes récurrents du choix, de la culpabilité, de la famille et du renoncement, références picturales (à La Tour), symbolisation des lieux (l’appartement familial/l’enfermement, le toit-la discothèque/l’évasion). « Two Lovers », en explorant l’intimité des personnages, atteint  l’universalité des sentiments, touche la corde sensible du spectateur, bouleverse. Isabella Rossellini est exceptionnelle.

7 - There will be blood
Chef d’œuvre ou pas chef d’œuvre ? Grand film d’auteur ambitieux ou boursouflure auteurisante auto satisfaite ? Le débat qui a agité les critiques à la sortie du film de PT Anderson paraît toujours aussi dérisoire : certains ont voulu «se payer » « There will be blood » uniquement pour contrebalancer  une unanimité publique et critique jugée soupçonneuse, avec des arguments d’une mauvaise foi manifeste. Car même s’il est bien sûr permis de ne pas aimer le film, on ne peut pas nier le talent de PT Anderson à marier dans un  même élan le classicisme et la modernité et la qualité d’interprétation d’un Daniel Day-Lewis sans un soupçon de malhonnêteté. Audacieux, dynamique, ambiguë, d’une beauté crépusculaire, monstrueux, « There will be blood » pose dans la course au pétrole les fondamentaux de notre société actuelle, vendue à l’or noir.

8 - Woman on the beach
Avec sa mise en scène économique et fonctionnelle, Hong Sang Soo continue d’observer les drames humains qui se jouent devant sa caméra comme un metteur en scène de théâtre, ce que l’unité de lieu de ses films paraissent confirmer. Après le dédale des rues parisiennes qui signifiaient les incertitudes de son héros rohmerien, la station balnéaire de « Woman on the beach » est le lieu des atermoiements amoureux d’un trio de personnages, motif récurrent du cinéaste. Mais au-delà d’un humour strictement vaudevillesque, le réalisateur fait preuve comme à son habitude d’une ironie et d’une cruauté qui font tout le piment de son cinéma. Il met à nu la fragilité de l’être humain, son incapacité à être heureux, ses faiblesses, ses chagrins. Son sens de l’observation provoque un rire…qui reste en travers de la gorge.

9 - John Rambo
Stallone ressuscite les figures iconiques des années 80 qui l’ont rendu célèbre, avec un bonheur égal puisque après le retour beau et émouvant de l’Etalon Italien, c’est au tour de la bête de guerre Rambo de faire son grand come-back cinématographique. Il est presque inutile de discuter de la crédibilité physique de l’acteur à ré endosser la défroque de l’ancien vétéran du Vietnam. Même bouffi aux anabolisants, Stallone insuffle au personnage le côté tragique du premier opus, avant que Rambo ne devienne un symbole de l’ère Reagan. Figure de la mauvaise conscience de l’Amérique face au conflit vietnamien, Rambo est ici un personnage fatigué, retiré de la société des hommes pour mener une retraite au fin fonds de la jungle thaïlandaise. Obligé de reprendre les armes dans un conflit qui ne le concerne pas, il redevient le Dieu de guerre qu’il a toujours été. La psychologie du personnage est basique, primaire : Rambo tue comme il respire, et la comparaison avec un autre « barbare » célèbre incarné par Schwarzenegger est signifiée par une séquence où il fond dans l’acier l’arme qui portera la mort de ses ennemis. Le film est d’une violence absolument inouïe : des massacres des peuples birmans (enfants jetés dans le feu, empalés sur des baïonettes) au champ de bataille final, « John Rambo » franchit un pallier dans l’horreur graphique inhabituel (gorges arrachées, têtes décapitées, hémoglobine à profusion).

10 - Mesrine : L’instinct de mort & L’ennemi Public Numéro 1

Voici le grand film de genre populaire français qu’on était en droit d’attendre. Forcément influencé par les grands classiques américains du film de gangster, du suspense carcéral et du western, « Mesrine » va aussi chercher ses influences du côté du polar hexagonal des années 70 et 80, et justifie ainsi une généalogie nationale bienvenue. Richet prend un plaisir manifeste à faire du cinéma grand public, avec ses courses-poursuites, ses fusillades et ses hold-up filmés avec l’enthousiasme d’un gamin dans un magasin de jouet ! Pour ce qui concerne la psychologie du personnage, le réalisateur ne privilégie aucune facette de Mesrine, le montrant tour à tour violent et monstrueux, charmeur et provocateur, politiquement ambiguë. Si la tendance à l’iconisation n’est pas bien loin, le portrait n’est cependant pas univoque.
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Publié dans Top 10

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