[Ciné] Le monde de Narnia
Si l'on évoque un univers d'heroic fantasy, peuplé d'un bestiaire extraordinaire et où la magie fait la loi, on pensera de façon spontané à la Trilogie du Seigneur des Anneaux ou à la franchise Harry Potter. Pour des millions de lecteurs anglo saxons cependant, cette description évoquera sans doute la saga de CS Lewis, Le Monde de Narnia, quasiment inconnue chez nous. L'auteur de cette série de romans pour enfants étant un contemporain de Tolkien, on ne peux a priori pas soupçonner son adaptation cinématographique d'opportunisme si elle n'arrivait justement pas après celle des aventures du jeune sorcier de JK Rowling et la fameuse trilogie de Peter Jackson, dont le Monde de Narnia ne cherche à aucun moment à se démarquer franchement pour vivre sa propre existence autonome. Ainsi, le départ en train au début du film, le passage dans un monde alternatif à travers un élément du décor, la magie omniprésente et le jeune âge des héros qui vont vivre une aventure initiatique rappellent irrémédiablement les recettes du succès de la saga Harry Potter tandis que le bestiaire fantastique, les arbres qui parlent, la grande bataille précédée par la construction des armes à la forge renvoient directement à celle de Tolkien. Les emprunts bibliques à l'histoire de Jésus plombent davantage l'ensemble avec son discours sur la trahison, la résurrection et la foi, dont les fondamentalistes chrétiens américains se sont bien sûr emparés pour justifier leur discours et faire porter à Narnia une mission d'évangélisation dont il se serait bien passé.
Hormis ces défauts « contextuels », le Monde de Narnia comporte ses propres scories, à commencer par une mise en scène plate et à aucun moment inspirée, qui n'organise aucun climax lorsque les circonstances l'exigeraient. En outre, le scénario, qui ne parle de rien moins que de la lutte du bien contre le mal ne justifie jamais cette dualité et les antécédents historique du mal. L'été contre l'hiver, c'est un peu court d'autant plus que la méchante sorcière ne dispose d'aucun charisme, Tilda Swinton qui l'incarne n'ayant été choisie à n'en point douter qu'à la faveur de sa vague ressemblance avec Cate Blanchett. N'est pas Saroumane ou Voldemort qui veut !
Pas aussi « cheap » qu'on pouvait le craindre, grâce notamment à des effets spéciaux dans l'ensemble globalement convaincants et à une photographie flatteuse, le Monde de Narnia s'adresse prioritairement au jeune public, à l'image de ses jeunes protagonistes auxquels ils pourront s'identifier. Les adultes au contraire, risqueront majoritairement de rester en marge de ce monde.