[Série Tv] Masters of Horror - 4ème et dernière partie

Publié le par Frédéric RACKAY

Dans « Pick me up », Larry Cohen ne tergiverse pas et rentre très vite dans le vif de son sujet, lointainement inspiré du film « Hitcher ». Il y est aussi question de psychopathe routier, mais l'originalité du propos est ici qu'il n'y en a pas qu'un seul mais deux. Le premier est un auto stoppeur au chapeau de cow-boy et l'autre un camionneur qui conduit un bahut transportant de la « viande pour chien », à savoir les corps de ses victimes et brandit une étoile de shériff pour tromper la vigilance des innocents ramassés sur le bord de la route. L'épisode installe rapidement une tension palpable à la faveur du jeu halluciné du camionneur, qui provoque un malaise évident. Larry Cohen utilise en outre des décors où le climat d'insécurité est renforcé, tels ces chambres d'un hôtel poisseux, ces bords de route noyé dans le brouillard ou la cabine d'un camion où pendent sous forme de trophée les affaires personnelles des précédentes victimes du tueur. Les deux psychopathes vont se livrer à un jeu du chat et de la souris autour d'une jeune femme qui fuit son passé et dont l'autocar est tombé en panne au bord de la route. Ils rivalisent de ruse pour être celui qui la tuera, comme deux prédateurs se disputant un territoire et une proie. Chacun a sa propre logique de prédation, des motifs qui s'opposent dans un duel sanglant au climax paroxystique où ils se voient in fine surpassés par plus fort qu'eux. Un final qui ne laisse aucun espoir à fréquenter ce bout de route où semblent roder tels des charognards tous les tueurs du coin...

Impossible de concevoir une anthologie de l'horreur sans rendre un hommage aux studios qui ont fait les heures glorieuses du genre, qu'il s'agisse de Universal ou de la Hammer. « Haekel's tale » est donc l 'épisode de la série sous l'influence de ses prestigieux aînés, et plus particulièrement de Frankenstein, cité explicitement dans le récit. John McNaughton emprunte tous les codes du genre, orages nocturnes, cimetierre brumeux, laboratoire aux expériences douteuses, profanateurs de sépultures, pour les mettre au service d'une histoire classique de résurrection.  Thème qui permet en outre d'aborder les sujets de la science, Dieu, la magie, l'amour au delà de la mort. Sauf que même si l'épisode baigne dans un climat victorien de bon aloi, nous ne sommes plus dans les années quarante  et la dernière partie de l'épisode, qui voit une orgie de sexe et de sang cannibale, nous rappelle sans hésiter que les « Masters of Horror » sont contemporains et surpassent en visions horrifiques celles davantage poétique de leurs modèles.

Rien de tel qu'un petit scandale pour faire la promotion d'une série. « Imprint » est le seul épisode a avoir été interdit d'antenne outre-Atlantique, même si nos amis grands britons l'ont tout de même diffusé. Il fallait bien un réalisateur sulfureux comme Takashi Miike pour outre-passer le cahier des charges très strict de la série qui interdisait notamment de représenter à l'écran toute forme de dégradation humaine. C'était sans doute trop en demander au réalisateur d' « Audition » qui manifeste une nouvelle fois son imagination sans borne dans les séquences de torture, ici à base d'épingles à cheveux sadiquement plantés sous les ongles ou dans les gencives, avec une cruauté qui n'est pas épargnée au spectateur. Ajoutez à cela la vision traumatique d'avortements clandestins à base de curretage ou d'accouchements de nourrissons malformés, et vous obtiendrez les raisons de la censure de ce segment. Hormis ces quelques joyeusetés, quoi se mettre sous la dent, me demanderez-vous ? Un récit sous forme orale où la vérité nous est dévoilée de façon successive dans une structure « à la Rashomon », dans un contexte de bordel japonais où les prostituées ont de lourds secrets à dissimuler. Un épisode certes choquant, mais dont justement la violence des visions proposées par le réalisateur ne semble être que le seul motif qui l'ont poussé à le mettre en scène.

Depuis la révélation « May » il y a deux ans, on attendait de pied ferme des nouvelles de son réalisateur, Lucky McKee et de sa magnifique interprète principale, Angela Bettis. « Sick girl » est justement l'occasion de ses retrouvailles qui confirment sans nul doute possible l'immense talent du bonhomme et de sa muse. Cet épisode est le meilleur de la série, rien de moins, et rivaliser de la sorte avec des maîtres incontestés tels que Dario Argento ou Tobe Hooper n'est pas un mince exploit. Tout comme dans May, Angela Bettis interprète une sorte de freak incapable de lier de liens sociaux avec quelqu'un d'autre que ses directs collègues de travail. Ici, elle joue une entomologiste, Ida Teeter, qui vit sa passion des insectes jusqu'à en faire une large collection dans son appartement, la condamnant à n'y inventer personne. Jusqu'au jour où elle tombe amoureuse d'une jeune femme partageant sa passion, Misty, mais dont la liaison va être contrariée par un spécimen un peu intrusif, qui va se servir de son amante pour y coloniser sa progéniture. Si May et Ida partagent des caractéristiques communes, Angela Bettis interprète ces deux personnages de façon diamétralement opposée : noire et inquiétante d'un côté, excessive et burlesque de l'autre. Il faut voir l'actrice parler à ses insectes ou feindre la maladresse pour se persuader de l'immense talent de son jeu. De la même façon, Lucky McKee brode une mise en scène opposée à celle de « May », sous influence « argentesque ». il flirte ici avec la comédie slapstick pour nous donner une forme de parabole sur l'amour lesbien et un plaidoyer en faveur des couples homosexuels à élever des enfants, certes décalé, mais terriblement jouissif. Une grande réussite qui conclut cette première saison de belle façon.
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Publié dans Série Tv

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