[Série Tv] Masters of Horror - 3ème partie
La série « Masters of Horror » permet de se faire côtoyer les talents les plus récents du genre, mais aussi constitue une réelle opportunité de reprendre des nouvelles avec des réalisateurs ayant davantage officié dans les années quatre-vingt. C'est le cas de John Landis qui réalise ici un « Deer Woman » inspiré d'une légende indienne : une femme-cerf séduit des hommes qu'elle tue ensuite à coup de sabots sauvages. L'inspecteur Dwight Farraday, spécialisé dans les attaques d'animaux est chargé d'enquêter sur une série de crimes qui pourraient être perpétrés par cette créature légendaire. John Landis adopte un ton distancié, voire parodique qu'il appose au récit. Il donne l'impression de ne pas croire une seule seconde à son scénario pour le tourner en pure dérision. Ainsi cette séquence de spéculation où l'inspecteur de police s'imagine la scène du meurtre dans des scénarios plus invraisemblables les uns que les autres. La distanciation qu'il opère nuit cependant à l'intérêt du spectateur. La conduite de l'enquête et la résolution du récit ne semblent avoir aucune espèce d'importance. John Landis s'intéresse davantage à ses personnages et notamment aux seconds rôles et l'épisode permet les retrouvailles entre John Landis et Brian Benben, le Martin Tupper de la série culte « Dream On », où de nombreux inserts de séries B venaient illustrer les pensées du personnage principal. Le réalisateur témoignait alors d'une véritable déférence envers les films dont il empruntait le matériau pour l'intégrer dans sa fiction. Dommage que dans Deer Woman, il ne se serve plus du prétexte fantastique que pour tourner son sujet en dérision pure, son segment n'a pour ainsi dire pas sa place dans une telle anthologie.Si un nom surgit spontanément à l'évocation du terme « Master of Horror », c'est bien celui de John Carpenter, tant il a marqué de son empreinte le genre du cinéma d'horreur et du fantastique, de The Thing à Christine, de Fog à Prince des Ténèbres. Autant de chefs d'oeuvre inoubliables et intemporels qui ont marqué l'imaginaire des spectateurs et continuent d'effrayer les nouvelles générations qui les découvrent. Il apparaissait donc évident que le réalisateur participe à cette anthologie. Cependant, s'il fait autorité de façon incontestable dans le genre, l'épisode qu'il réalise pour la série, "Cigarette Burns", ne révolutionne pas la donne, même s'il se révèle ambitieux sur le fonds. La recherche de la bobine d'un film légendaire et maudit, « La fin absolue du monde » (en français dans le texte), permet à John Carpenter une réflexion sur son genre de prédilection, le cinéma d'horreur, et de son impact sur le public, d'un point de vue cinématographique, historique, sociologique, mythique. Il englobe ainsi les exploitants de salle spécialisées, les collectionneurs, les critiques, les « nerds » à la recherche du moindre morceau de pellicule d'un film d'Argento, mais aussi les réalisateurs de snuff movies. Cependant, l'évocation systématique de la « Fin absolue du monde », de la légende qui l'entoure (la projection du film a provoqué de scènes de barbarie lors d'un festival à Sitgès) finit très vite par désintéresser ou faire sourire malgré l'effet de contamination qu'il produit sur ceux qui tentent de s'en approcher (le fameux « cigarette burn », la brûlure de cigarette qui indique sur une pellicule la fin de la bobine, gagne ici la réalité pour provoquer des béances dans le réel et basculer dans la folie). Seuls quelques effets gores assez audacieux viennent saisir le spectateur à la gorge, in extremis. Au final, si Carpenter réalise un segment ambitieux sur le fonds, il se révèle néanmoins décevant sur la forme.
Si John Carpenter était le nom qui s'imposait naturellement pour réaliser un épisode des « Masters of Horror », a contrario, celui de William Mallone ne fait pas force d'évidence. Sa biographie sur le site officiel de la série nous indique qu'il a réalisé quelques programmes télévisés, rien de plus glorieux à son palmarès. Pourtant, il faut avouer que la vision de « Fair haired child » permet d'entrevoir un certain talent chez le bonhomme. Son épisode témoigne d'une maîtrise certaine des codes du genre, narratifs, dramaturgiques, plastiques, qui puise occasionnellement à la fois dans la littérature ((le thème de la noyade) et le cinéma gothique (les flash backs qui évoquent irrésistiblement Tim Burton et son imagerie). William Mallone distille habilement ses effets, maintient le mystère ce qu'il faut, dirige ses comédiens vers l'outrance et le surréalisme, utilise brillamment son décor et la musique dans son récit. Tour cela pour une relecture du monstre tragique, thème classique du genre qui trouve ici une belle illustration.
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