[Série Tv] "24 heures chrono", saison 6 - Episodes 1 à 4

Publié le par Frédéric RACKAY

À l’occasion de la diffusion de la saison 6 de la série sur Canal +, nous publions notre avis sur les quatre premiers épisodes, écrit au lendemain de la diffusion aux Etats-Unis et mis en ligne initialement sur le site Dvdalliance.

Redémarrer une saison de « 24 » est un sentiment mélangé d'excitation, d'addiction et de doute légitime sur les capacités des scénaristes à renouveler la franchise. Il faut dire que la saison cinq, la meilleure de la série, avait entièrement convaincu à la faveur d'une construction d'une intelligence sans faille qui ne laissait aucun répit au spectateur.

Pour rappel, nous avions laissé Jack Bauer en mauvaise situation au terme de la saison précédente. Enlevé par les chinois, torturé dans la soute d'un navire se dirigeant vers un camp de prisonnier perdu dans l'Est asiatique, l'agent de la Cellule Anti-Terroriste payait une nouvelle fois lourdement le prix des services rendus à son pays. Deux ans plus tard, les Etats Unis sont la cible d'attaques terroristes répétés qui plongent le pays dans une paranoïa anti-musulmane. Fayed, un terroriste notoire promet au gouvernement de livrer Assad, l'homme supposé à l'origine de ces attentats en échange de la vie de Jack Bauer. Wayne Palmer, le nouveau président des USA, négocie donc la libération de Bauer pour le donner en sacrifice à Fayed dans l'espoir d'une résolution de cette situation de crise. D'emblée donc, ce début de saison pose deux axes scénaristiques très forts : le retour de Jack Bauer après une captivité de deux ans, et le retour du terrorisme islamiste comme base de la menace.

Concernant Bauer, le twist final qui concluait la saison précédente et son retour immédiat dès le démarrage de la saison six aurait pu être vécu comme un gadget sans conséquence, un peu comme la tentative de meurtre sur le président Palmer à la fin de la troisième journée de la série. Cependant, dans ce vide d'inter-saison se joue au contraire tout ce qui concoure à la caractérisation du Jack nouveau, tel qu'on le découvre dans ces quatre épisodes. Un agent de la CIA toujours prêt au sacrifice si celui-ci a un sens, un patriote, mais un homme vidé, meurtri dans sa chair, qui parvient tout juste à articuler quelques mots à son retour, et dont les capacités de terrain et l'acuité d'esprit sont mises en doute par ses supérieurs. Il reprend très vite du service, bien sûr, mais demeure sans cesse au bord de la rupture. La scène qui prouve le plus manifestement l'état mental du héros est celle où il échoue à faire parler un ennemi sous la torture. « Je ne sais plus faire cela » avoue-t-il. « Ça reviendra » lui répond-on. On ne peut pas avoir été torturé pendant deux ans dans une geôle chinoise pour reproduire soi-même de telles atrocités par la suite. Le nouveau Jack Bauer est donc plus humain, plus le super héros qui a sauvé l'Amérique en de multiples occasions.

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Le contexte de terrorisme islamiste est un ressort scénaristique déjà utilisé précédemment dans la série. À tel point que « 24 heures chrono » a été accusé de donner une image négative et univoque de la communauté musulmane. La série étant diffusé sur Fox Channel, la chaîne de Rupert Murdoch, soutien de George Bush et de son action en Irak, l'accusation avait du poids et jetait un voile de soupçon sur les véritables intentions de la série. Justifier le patriot act ? Légitimer la politique américaine en Proche-Orient en surfant sur la vague de peur post 11 septembre ? Le personnage du Président Logan, apparu au milieu de la saison quatre, a balayé tous ces doutes. Systématiquement dépassé par les événements, incapable de prendre la bonne décision à tel point qu'il s'avère moins sagace que sa propre femme supposée dérangée psychologiquement, Logan est en fait un alter ego manifeste de George Bush et de son absence de jugement. La charge politique a atteint son comble dans la saison précédente où le portrait de la fonction présidentielle n'en ressortait pas grandi. Donc, « 24 heures chrono» ne roule pas pour Bush, c'est tant mieux. Le contexte politique de cette sixième saison, s'il met en évidence la persécution musulmane qui tourne à la chasse aux sorcières, n'est en fait pas aussi clair que cela et se révèle même d'une ambiguïté troublante. Si le voisin Ahmed est d'abord présenté comme une innocente victime de la vindicte populaire, il se révèle en fait être un agent dormant complice des attentats. Si les centres de détentions provisoires enferment sans distinction de présumés coupables, on y trouve également des combattants islamistes prêts à passer à l'action. Lorsqu'un chauffeur de bus refuse d'ouvrir ses portes à un Arabe, c'est un passager islamiste qui actionne sa ceinture explosive pour tuer de pauvres innocents. Heureusement, dans ce flou idéologique, la lumière pourrait venir d'un terroriste repenti venu sur le territoire américain pour négocier avec les factions islamistes les plus radicales une paix avec l'Occident. Jack Bauer en fait son allié envers et contre tous, ce qui laisse supposer que c'est dans cette voie de la pacification que se dirigera cette saison.

En tout cas, les quatre premiers épisodes de cette saison six, s'ils démarrent sur les chapeaux de roue, n'atteignent pas les sommets paroxystiques de la saison précédente. Ils prennent davantage le temps de poser le contexte, d'introduire les nouveaux personnages et de décrire la situation politique d'un pays en état de crise. L'action y a bien sûr sa place, reprenant les ingrédients incontournables des journées précédentes : prises d'otages, courses-poursuites, filatures, soutien logistique et satellite de la CAT, éléments désormais assimilés par le spectateur au risque d'un sentiment de déjà-vu. Le quatrième épisode nous fait mentir : de mémoire, ce sont les quarante minutes les plus tétanisantes de la série depuis son début. Un double twist absolument énorme à ce point que l'on se demande comment les scénaristes vont pouvoir rebondir et nous conduire jusqu'au 24 e épisode. Nous étions pourtant habitués aux rebondissements les plus extravagants, « 24 heures chrono » nous assène une vérité qui pourrait faire office de loi pour cette série : ici, tout est possible, même le pire.
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Publié dans Série Tv

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