[Dvd] Le malin
Heureuse initiative de Carlotta que de regrouper au sein d’un même coffret deux films de la dernière période de John Huston, qui seront sans doute des découvertes pour qui ne connait du cinéaste que les grands classiques qu’il réalisa pour les studios, tels que « Le faucon maltais », « Quand la ville dort », « Le trésor de la Sierra Madre » ou «Les Désaxés ».

Pourtant, si un film comme « Le malin » a été conçu hors des studios, alors que le réalisateur était âgé de 73 ans et disposait d’une filmographie très inégale d’une quarantaine de titres, il ne fait cependant pas partie des œuvres que l’on qualifiera d’ « alimentaires » de John Huston, car il manifeste pour le sujet un intérêt évident. Sur le thème de la foi et de la récupération mercantile de la religion, « Le malin » suit le parcours d’Hazel Moses, personnage en révolte contre l’idée d’un Christ crucifié pour absoudre les pêchés de ses semblables, contre les prêcheurs vendus au Dieu Dollar, contre les charlatans qui exploitent la naïveté des fidèles pour leurs bénéfices personnels. Fascinant car doté d’une volonté et d’une énergie à toute épreuve, halluciné et obsessionnel, Hazel Moses est aussi paradoxal et perdu dans ses contradictions. Il se défend d’appartenir à une quelconque confession mais endosse le chapeau d’un pasteur et crée « l’église de la Vérité sans Jésus Christ crucifié ». Il refuse le Christ crucifié mais se met en quête d’une autre icône à idolâtrer. Il manifeste une confiance aveugle dans son automobile alors qu’il s’agit d’un véritable tas de ferraille. Mais surtout, il rejette les blessures et les cicatrices des autres alors qu’il va lui même s’infliger un martyr christique, en se mutilant avec des fils de fer barbelés et en s’aveuglant à la chaux vive. Brad Dourif est absolument exceptionnel dans ce rôle hors du commun. L’acteur est surtout connu pour son rôle de Billy dans « Vol au dessus d’un nid de coucou », mais a également joué chez Lynch («Dune ») et a prêté sa voix à la poupée « Chucky » dans la série de films d’horreur du même nom. Il apporte au personnage un regard et une posture habités par ses convictions, une démarche droite et résolue que John Huston suit régulièrement à la faveur de longs travellings latéraux à la steadicam. Autour de lui gravite une galerie de seconds rôles, qui témoignent d’une Amérique des paumés et des laissés pour compte. C’est Enoch Emmery, jeune homme convaincu de posséder « le sang sage, le don des prophètes » et qui va parler tous les jours aux singes du zoo et va serrer la main d’un gorille en costume comme un enfant . C’est Amy Wright, fille d’un prédicateur charlatan qui adopte l’icône momifiée de la nouvelle église d’Hazel comme son propre enfant. C’est Mary Nell Santacroce, logeuse en mal d’amour qui va subir le martyr d’Hazel pour combler sa propre solitude.


« Le malin » est un film d’une actualité qui le situe en dehors de toute époque. Quelques indices permettent de le dater, mais l’uniforme que porte Hazel Moses au début pourrait aussi bien être celui d’un soldat rentrant du front de la Seconde Guerre Mondiale que celui d’un GI au retour de la Guerre du Vietnam. Absence d’indicateurs temporels donc, mais aussi absence de repère moraux, le film est d’autant plus complexe que John Huston ne porte sur ses personnages aucune forme de jugement même s’il manifeste à l’évidence une certaine sympathie pour Hazel Moses. Il s’inscrit cependant dans la lignée des héros « hustonien », obstinés, mus par une foi qui les pousse à accomplir ce pour quoi ils croient, comme le Capitaine Hachab de « Moby Dick » ou Daniel Dravot, le personnage interprété par Sean Connery dans « L’homme qui voulait être roi ».
Excellente surprise pour ce film méconnu, la copie proposée par Carlotta est tout simplement somptueuse, exempte de tout défaut, bénéficiant d’une parfaite colométrie et d’un encodage jamais mis à mal. « Le malin » est complété par une introduction de Patrick Brion qui situe historiquement le film dans son époque et dans la carrière de John Huston, d’un segment plus analytique de Christian Viviani, critique à Positif et Maître de conférences à l’Université Paris I – Sorbonne et d’un extrait d’époque de l’émission « Ciné Regards » avec une interview du réalisateur.
Excellente surprise pour ce film méconnu, la copie proposée par Carlotta est tout simplement somptueuse, exempte de tout défaut, bénéficiant d’une parfaite colométrie et d’un encodage jamais mis à mal. « Le malin » est complété par une introduction de Patrick Brion qui situe historiquement le film dans son époque et dans la carrière de John Huston, d’un segment plus analytique de Christian Viviani, critique à Positif et Maître de conférences à l’Université Paris I – Sorbonne et d’un extrait d’époque de l’émission « Ciné Regards » avec une interview du réalisateur.
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