[Dvd] Au-dessous du volcan

Publié le par Frédéric RACKAY

S’il y a un thème excessivement périlleux à traiter au cinéma, c’est bien celui de l’alcoolisme, la facilité consistant pour le metteur en scène à céder à l’imitation, à faire coïncider les mouvements de la caméra au sujet titubant. De surcroît, l’ivresse est un réel défi pour l’acteur qui doit absolument éviter la caricature pour être crédible aux yeux du spectateur.




« Au-dessous du volcan » évite tous les pièges inhérents à un tel sujet car John Huston filme les errances éthyliques de son personnage frontalement, avec le côté tragique et pitoyable de sa situation, mais sans exclure la noblesse et la beauté de son personnage, Geoffrey Firmin, ex consul perdu dans un petit bled du Mexique, et qui accomplit un long processus d’autodestruction à l’alcool pour oublier le départ de sa femme. Dans un plan célèbre au début du film, le réalisateur cadre les yeux de l’ivrogne de face, en gros plan, mais celui-ci observe déjà les ténèbres, regarde la mort en face, et dans les verres de ses lunettes de soleil se reflètent les crânes squelettiques des marionnettes de la fête des morts. Le contexte mexicain et de célébration traditionnelle des défunts donne au film une atmosphère fantasmagorique, quasi irréelle, qui rappelle d’ailleurs Sam Peckinpah et notamment « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia ». Le générique de début est à ce titre explicite, avec ses squelettes exécutant une danse morbide au bout de leurs fils, « Au-dessous du volcan » est l’histoire d’un homme déjà condamné, qui lutte dans le noir contre ses propres démons, mais dont la pantomime n’est qu’un acte de désespoir perdu d’avance.




Même quand la femme qu’il aime, Yvonne, sublime Jacqueline Bisset, revient, pénitente, prête à supporter son alcoolisme pour recoller les bouts de leur couple, Geoffrey Firmin préfère choisir l’enfer, « mon séjour naturel ». Dans un monologue d’une violence inouïe, il jette au visage de sa femme l’enfant qu’ils n’ont jamais eu, « noyés dans les gargouillis des douches vaginales » et la liaison qu’elle a eu avec son demi frère, Hugh, « chaud un singe, bavant comme un loup en rut ». Albert Finney est exceptionnel dans ce rôle beau et tragique, une de ces interprétations comme on en voit que très rarement. Il joue l’ivresse dans un subtil rictus de la lèvre, un écarquillement des yeux quand son regard se perd dans le gouffre, des brusques changements de gestuelles qui frisent la démence, le visage qui se ferme quand la souffrance est trop forte. Une performance de tous les instants dont on se souvient surtout de la voix, ce phrasé très aristocratique et britannique qui confère au personnage sa noblesse, sa dignité. Car c’est dans la modération que Geoffrey Firmin se révèle le plus mauvais, comme tous les grands alcooliques, il boit pour dessouler. Et signe sa perte en absorbant le mezcal, « la boisson des damnés », dans le bouge le plus mal famé et le plus sordide du fin fond du Mexique, au pied d’un volcan pas si éteint que ça, qui reçoit l’ultime geste d’auto destruction de l’ex consul comme une offrande. Chef d’œuvre absolu.




En double collector ou dans le coffret où il est associé au « Malin », « Au-dessous du volcan » bénéficie de suppléments riches et utiles, dont le plat principal est « Notes sur Au-Dessous du Volcan», un documentaire passionnant d’une heure réalisé par Gary Conklin qui capte le travail de John Huston sur le tournage du film tout en lui donnant abondamment la parole. Une interview audio de John Huston, une préface de Patrick Brion et un segment intitulé « L’ivresse lucide » complètent le programme en revenant sur les difficultés d’adaptation du roman de MalcomLowry (une soixantaine de projets avortés, un scénario de Gabriel Garcia Marquez à la poubelle !) et en situant le personnage de Geoffrey Firmin dans la galerie des héros hustoniens. Par rapport à l’édition américaine éditée par Criterion l’an dernier, nous perdons plusieurs commentaires audios exclusifs mais surtout une interview de Jacqueline Bisset et un long documentaire narré par Richard Burton sur l’auteur du roman et la façon dont sa vie lui a inspiré « Au dessous du volcan ». La copie proposée par Carlotta respecte le travail de John Huston, il ne s’agit pas d’un transfert systématiquement « propre », mais bel et bien dans l’ambiance et la tonalité du film.
Publicité

Publié dans Dvd

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article