[Dvd] Surveillance

Publié le par Frédéric RACKAY

Jennifer Lynch n’est pas la fille de David pour rien. Après un premier film sous influence parentale, à tel point qu’elle empruntait sa Sherilyn Fen d’actrice à son papa, elle parvient avec « Surveillance », son deuxième opus, à s’affranchir des référents lynchiens-père de belle façon. En effet, si « Surveillance » est un film dérangé, malsain, obscène et grotesque, il ne fait pas appel aux ressorts lynchiens classiques basés sur l’onirisme, le fantastique, le surgissement de l’irréel dans le quotidien. Ce n’est pas un « film-cerveau » comme peuvent l’être « Lost Highway », « Mulholland Drive » ou « Inland Empire ». Jennifer Lynch instaure au contraire son univers en s’installant dans la réalité d’un bout de territoire perdu au fin fonds des Etats-Unis, traversé par une route sur laquelle il vaut mieux ne pas croiser les autorités locales . Celles-ci sont en effet plus enclines à effrayer les automobilistes en tirant dans leurs pneus et en les humiliant au jeu du bon flic/ mauvais flic qu’à faire respecter l’ordre et la loi. C’est dans la folie de ces personnages que la réalisatrice parvient à provoquer chez le spectateur le malaise et une perte des repères moraux, d’autant plus que la structure à point de vue éclatée, à la Rashomon, interdit une interprétation unique du récit. Jennifer Lynch prend le temps de construire ses séquences, de faire monter tout doucement la tension, installer le malaise.




On sent bien que « Surveillance » est un film à twist, qu’une révélation inattendue va venir bouleverser nos maigres certitudes. L’intelligence de Jennifer Lynch est d’injecter ce fameux twist plus d’un quart d’heure avant la fin, comme une forme de pied de nez qui nous dirait qu’elle ne se repose pas uniquement sur cet artifice de scénario. Au contraire, il permet de franchir une étape supplémentaire dans la folie douce. À ce stade-là, le spectateur a soit déjà décroché, soit est capable de suivre encore plus loin ce délire grotesque qui heureusement, épargne le seul symbole de pureté dans le film. Comme tout film à twist , la seconde vision est l’occasion pour le spectateur de vérifier les indices éparpillés çà et là qui permettent d’anticiper le retournement final. Jennifer Lynch a bien sûr pris soin d’alerter les spectateurs les plus vigilants, mais « Surveillance » ne s’appuyant pas essentiellement sur ce cet aspect purement ludique de la recherche de signes annonciateurs, il supporte aisément les visions répétées.




Le dvd comprend un bonus court mais passionnant intitulé « Jennifer Lynch sous Surveillance », qui s’articule essentiellement autour de la conférence de presse du film au 61ème Festival de Cannes. La réalisatrice revient sur son parcours très douloureux suite à l’expérience de « Boxing Héléna », que Madonna puis Kim Basinger avaient refusé, cette dernière ayant perdu un procès pour avoir rompu l’accord verbal donné à Jennifer Lynch. Avec beaucoup d’émotion, Jennifer Lynch revient sur l’accueil resérvé à son premier film il y a douze ans, la naissance de sa fille qu’elle a élevé seule, ses problèmes de santé et d’alcool. Bill Pullman et Julia Ormmond analysent tous les deux de brillante manière le thème de la « surveillance », la façon dont tout le monde joue un rôle pour la caméra de l’autre. La violence est aussi au centre des propos de l’actrice principale, sur la nature intrinsèquement violente de la nature humaine, la façon dont on la condamne chez les autres alors qu’on ne la voit pas surgir en nous. Les deux acteurs, qui ont chacun tourné avec David et Jennifer Lynch (dans « Lost Highway » et "INLAND EMPIRE »), reviennent sur les méthodes de travail différentes du père et de la fille. Deux scènes coupées complètent les bonus (une scène d’amour et l’agression du premier couple victime des tueurs sur la route) ainsi qu’une fin alternative et la sempiternelle bande-annonce.


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