[Ciné] Notes sur les films de Juillet 2008

Publié le par Frédéric RACKAY

On finirait presque par ne plus s’en surprendre, mais de film en film, les studios Pixar ne cessent de suivre une courbe ascendante dans la qualité du spectacle, l’ambition du propos, et la précision de l’animation.  Avec bien sûr des réussites plus significatives (« Les indestructibles », « Ratatouille »), mais globalement, la concurrence est loin derrière, incapable de se hisser à un tel niveau. Avec « Wall E », on ne salue même plus la perfection de l’animation tant elle atteint un niveau de photo réalisme époustouflant. Non, ce qui épate le plus dans ce film, c’est à quel point les auteurs parviennent à concilier les impératifs du spectacle pour enfants, avec ses codes et ses passages obligés, avec une ambition thématique et référentielle qui laisse pantois d’admiration. Car si « Wall E » peut être vu d’un strict point de vue du divertissement comme une réussite incontestable, c’est bien dans le message sur l’écologie et sur l’avenir de notre espèce que le film surprend. Car le constat est sans concession et donne une vision très pessimiste de l’avenir de notre planète. Il reprend peu ou prou le discours de Kubrick dans « 2001 : l’Odyssée de l’espace », c’est-à-dire qu’une fois que l’homme aura conquis l’espace, ici pour fuir une terre laissée en l’état de poubelle, il lui faudra réapprendre les gestes essentiels tels que marcher ou manger. Les Terriens, réfugiés sur leurs vaisseaux spatiaux sont devenus dépendants des machines, sédentaires, bouffis et oisifs, comme de gros bébés cocoonés dans leur environnement high tech. C’est seulement une fois qu’il se décide à se remettre debout (ou qu’il coupe le cordon qui le relie à la machine chez Kubrick) que l’espoir renaît, et que l’Homme peut à nouveau envisager la préservation de son espèce (le fœtus astral dans « 2001… », le retour sur Terre dans « Wall E », avec son sublime générique de fin qui anticipe l’Histoire future de l’homme). Dis comme cela, le propos pourrait paraître excessivement cérébral ou réflexif, mais le message est porté par une histoire d’amour improbable entre deux robots dont les émotions sont uniquement soulignées par des globes oculaires mécaniques ou électroniques. C’est toute la force de « Wall E », réussir à concilier une réflexion essentielle avec un grand spectacle où l’émotion n’est pas absente, et où l’humour fait des merveilles, la première partie du métrage, sans paroles, renvoyant aux films muets de Chaplin, Tati ou Keaton. On en ressort des étoiles plein les yeux !




Jennifer Lynch n’est pas la fille de David pour rien. Après un premier film sous influence parentale, à tel point qu’elle empruntait sa Sherilyn Fen d’actrice à son papa, elle parvient avec « Surveillance », son deuxième opus, à s’affranchir des référents lynchiens-pères de belle façon. En effet, si « Surveillance » est un film dérangé, malsain, obscène et grotesque, il ne fait pas appel aux ressorts lynchiens classiques basés sur l’onirisme, le fantastique, le surgissement de l’irréel dans le quotidien. Ce n’est pas un « film-cerveau » comme peuvent l’être « Lost Highway », « Mulholland Drive » ou « Inland Empire ». Jennifer Lynch instaure au contraire son univers en s’installant dans la réalité d’un bout de territoire perdu au fin fonds des Etats-Unis, traversé par une route sur laquelle il vaut mieux ne pas croiser les autorités locales . Celles-ci sont en effet plus enclines à effrayer les automobilistes en tirant dans leurs pneus et en les humiliant au jeu du bon flic/ mauvais flic qu’à faire respecter l’ordre et la loi. C’est dans la folie de ces personnages que la réalisatrice parvient à provoquer chez le spectateur le malaise et une perte des repères moraux, d’autant plus que la structure à point de vue éclatée, à la Rashomon, interdit une interprétation unique du récit. Jennifer Lynch prend le temps de construire ses séquences, de faire monter tout doucement la tension, installer le malaise. On sent bien que « Surveillance » est un film à twist, qu’une révélation inattendue va venir bouleverser nos maigres certitudes. L’intelligence de Jennifer Lynch est d’injecter ce fameux twist plus d’un quart d’heure avant la fin, comme une forme de pied de nez qui nous dirait qu’elle ne se repose pas uniquement sur cet artifice de scénario. Au contraire, il permet de franchir une étape supplémentaire dans la folie douce. À ce stade-là, le spectateur a soit déjà décroché, soit est capable de suivre encore plus loin ce délire grotesque qui heureusement, épargne le seul symbole de pureté dans le film.

On rentre dans les films de certains réalisateurs en territoire connu, avec l’impression familière d’y retrouver des thèmes récurrents, des motifs répétés ou déclinés à l’infini. Avec Hong Sang Soo, on peut affirmer a priori sans se tromper que l’on aura affaire à des hommes lâches, apathiques et indécis, qu’il y sera question de triangles amoureux et que les personnages se saouleront lors d’une séquence de beuverie. « Night and day » ne nous fait pas mentir, on y retrouve la petite musique connue de « La femme est l’avenir de l’homme » ou de « Turning gate ». Sauf que cette fois-ci, le contexte parisien apporte une petite touche supplémentaire de burlesque , de décalage culturel bienvenus. Car en déracinant son personnage principal, en le propulsant dans  les rues de la capital, le réalisateur installe une forme de décor de théâtre dans lequel déambule son héros rohmerien, manifestement perdu avec son sac de supermarché en guise de portefeuille, dessinant un itinéraire géographique et mental de ses incertitudes et de ses indécisions. Hong Sang Soo observe cela avec son regard détaché habituel, enchaîne les saynètes rythmées sur le mode du journal intime, avec légèreté et élégance. Dommage qu’in fine, il ne sache pas comment conclure son film dans un dernier acte inutile qui gache un plaisir jusque-là inconditionnel.

Avouons que nous n’attendions pas « L’incroyable Hulk » avec beaucoup d’espoir et d’impatience. Parce que le précédent film d’Ang Lee n’avait pas convaincu, loin de là, avec ses choix artistiques douteux (le monstre vert fluo bondissant comme une puce pour se déplacer, le combat avec le caniche mutant !!!), son casting hors de propos (Eric Bana et Jennifer Connelly, très bons par ailleurs se demandaient manifestement ce qu’ils faisaient là)  et sa psychologie de bazar. Et surtout parce que nous n’attendions pas grand-chose d’un film de Louis Letterier, incarnation d’un système bessonnien dont on exècre le populisme assumé. Disons-le tout net : nous nous étions trompés, car cette séquelle aux aventures du géant vert est une excellente surprise sur le front des adaptations de Comics. Le film s’articule habilement autour de trois actes parfaitement menés, avec un basculement franc du côté de la bande-dessinée sans cesse retardé pour laisser la place aux enjeux psychologiques (la fuite de Bruce Banner qui revient aux origines du comics et de la série, l’amour contrarié avec Betty Ross, la relation conflictuelle de celle-ci avec son père). Hulk redevient dans ce contexte un monstre tragique à l’instar d’un Frankenstein auquel il est fait manifestement fait référence. Bien sûr, l’action se déploie à la faveur de plusieurs morceaux de bravoure où le géant vert retrouve enfin sa hargne, davantage en cohérence avec l’esprit de la franchise, d’autant plus qu’il est confronté ici à un Némésis à sa dimension. Alors, n’exagérons rien, Louis Letterier fait toujours preuve de beaucoup de carences en tant que cinéaste, il suffit de comparer la séquence de course-poursuite du début avec celle aux enjeux dramatiques similaires dans les rues de Tanger dans le dernier « Jason Bourne » pour se convaincre que Letterier n’a pas le talent d’un Greengrass, et le combat titanisque final manque un peu de lisibilité pour convaincre complètement. Mais ne boudons pas notre plaisir, « L’incroyable Hulk » laisse augurer d’une suite jouissive si l’on considère le caméo final inattendu.

Autre super héros, ou plutôt anti-héros : « Hancock » témoigne lui des affres d’un « production hell » qui aboutit à un film complètement bancal, déséquilibré, sans véritable cohérence entre ses deux parties où rien ne vient faire la jointure. D’un film au mauvais esprit revendiqué qui finit dans le politiquement correct, « Hancock » essaie dans son second acte de greffer une mythologie trop grande pour lui, et qui surtout arrive comme un cheveu sur la soupe au regard de ce qui précède. Non pas que cette deuxième moitié soit mauvaise, c’est juste qu’elle est totalement inappropriée et incohérente avec l’humour un peu insolent du début. Dommage. Ni super-héros, ni anti-héros, Po, le panda de « Kung Fu Panda » conduit le spectateur dans un dessin animé au discours certes convenu, celui d’un rite initiatique où celui auquel on ne croit pas finit pas triompher. Mais ici, c’est l’univers référentiel qui séduit davantage, avec ses clins d’œil aux films de la « Shaw Brothers » en particulier et au cinémà d’arts martiaux japonais en général On est bien au-dessus de l’anthropomorphisme affligeant d’un « Madagascar » mais encore loin de la perfection d’un « Wall E ».
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Publié dans Ciné

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