[Dvd] La dernière maison sur la gauche

Publié le par Frédéric RACKAY

« La dernière maison sur la gauche » fait partie de ces films véritablement cultes autour desquels flotte une rumeur d’œuvre insoutenable et transgressive, qui échauffe les esprits, provoque le débat, suscite dégoût ou fascination. Disponible depuis quelques temps dans un Dvd zone 1 édité par MGM, puis repris outre-Manche par Anchor Bay, le film de Wes Craven sort en France chez l’excellent Wild Side. Ce qui frappe d’abord à sa vision, c’est à quel point le réalisateur de « Scream » et « Nightmare on Elm Street » s’inspire de « La source » de Bergman,  au point d’en donner une sorte de remake officieux et trash. On retrouve dans « La dernière maison sur la gauche » les grandes lignes de force scénaristiques de la « Source », inspirées d’une fable médievale : le départ d’une jeune fille de bonne famille (riche propriétaire terrien/ médecin) partie accomplir un périple rituel (religieux/ générationnel) hors du domicile familial et qui va rencontrer des criminels en fuite/ des paysans qui vont la violer et l’assassiner sauvagement. Fin de la première partie. Dans le second acte, les coupables se retrouvent dans la demeure des parents de la jeune fille qui les identifient comme les meurtriers de leur enfant, et vont se venger brutalement du crime perpétré sur leur progéniture. Dans la « Source », que l’on peut déjà considérer comme une œuvre matricielle du genre du « rape and revenge », Bergman situait son histoire à un moment de l’Histoire où l’homme sortait d’une période d’obscurantisme, en mettant dos à dos le Christianisme au Paganisme, opposant la barbarie à l’humanité.




Wes Craven de son côté, inscrit son film dans une époque partagée entre une libération des mœurs héritée de la révolution sexuelle de la fin des années 60, et une période de crise économique et sociale, qui produit les délinquants tels qu’ils sont incarnés ici : sans repères, violents, prêts à tout pour défier la loi et l’autorité. Sauf que là où Bergman était irréprochable d’un point de vue moral et éthique dans sa mise en scène, Wes Craven ne manifeste pas autant de rigueur et prête le flanc à toutes les critiques tant sa représentation de la violence est dépourvue de déonthologie. Car on ne peut pas filmer le calvaire et le viol d’une jeune adolescente sans se poser la question du point de vue, de la distance et de la responsabilité en tant que cinéaste. Or, Wes Craven, certes aidé par une économie de moyen qui donne au film son côté documentaire trash, malsain et frontal, injecte dans les situations les moins appropriées des éléments de comédie hors de propos et une musique folk et country en parfait décalage avec l’horreur des images. Ainsi, si ce n’est pour se payer la tête des autorités, on ne comprend pas ce que vient faire le parcours burlesque de ces deux policiers grotesques, qui créent une distante ironique avec le sérieux du propos. De la même façon, si ce n’est de la complaisance, pourquoi Wes Craven filme-t-il la jeune adolescente nue sous sa douche dans le générique de début.C’est la critique principale que l’on peut faire à « La dernière maison sur la gauche », son côté jusqu’au boutiste qui crée le doute dans l’esprit du spectateur quant à la compassion éprouvée par Wes Craven envers les victimes, un soupçon quant à la légèreté avec laquelle il traite son sujet qui n’aurait jamais dû être permis s’il avait fait preuve de plus de rigueur.




Le double dvd collector édité par Wild Side fait partie de la collection des « Introuvables ». Il reprend une partie des suppléments des disques américains et anglais : le commentaire audio amusé de Wes Craven et de son producteur, Sean Cunningham, qui rient des défauts du film, un documentaire avec des interviews des acteurs qui se livrent à une sorte de règlement de comptes entre ceux qui défendent le film et ceux qui le critiquent, un court métrage de Wes Craven qui fait surtout office de document pour les complétistes et une version alternative du film de mauvaise qualité. Malgré ses défauts, « La dernière maison sur la gauche » se doit d’être vu par les amateurs de cinéma déviant, pour considérer son héritage sur toute une partie des « horror flicks » qui envahissent nos écrans aujourd’hui.


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G
Sublime ce nouveau designPar contre pour le film, je ne suis pas sur de craquer...
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