[Dvd] Batman begins

Publié le par Frédéric RACKAY

Avouons que l'hypothèse d'une relance de la franchise Batman en 2005 n'avait pas de quoi nous exciter outre mesure. Parce que si la version de Burton était arrivée à un moment où les super héros n'avaient pas encore envahi massivement les écrans, l'inflation d'adaptations des comics de la Marvel ou de DC Comics aujourd'hui provoque une indigestion chez le spectateur, le passage au cinéma s'étant réalisé pour le meilleur (X Men, Spider-Man) mais surtout pour le pire (Hulk, Elecktra, les Quatre Fantastiques), et la systématisation des recettes ayant banalisé la démarche (les super pouvoirs vécus comme une malédiction, la marginalisation du super héros, les écueils psychologiques inévitables, le nemesis systématique...).

Tim Burton avait pourtant manifesté une grande compréhension de l'univers de Batman, celui-ci rejoignant le sien propre, peuplé de freaks dans un univers gothique reconnaissable entre mille. Toutefois, lorsqu'il s'agissait de faire le spectacle, Burton échouait à donner de l'ampleur à son récit, sa caméra plantée six pieds sous terre plombant définitivement les séquences d'action, les effets spéciaux n'étant en outre pas ceux qu'ils sont aujourd'hui. De plus, le choix de Mickael Keaton pour interpréter le « dark knight » fut l'objet de critiques légitimes, tant l'acteur manquait de charisme jusqu'à se faire voler la vedette par ses ennemis (le Joker, le Pingouin). Sa quasi gémellité avec Julien Lepers nous faisait craindre à nous autres français que l'acteur ne sorte à tout moment les fiches de « Questions pour un champion » !

Que dire enfin des suites désastreuses de Joel Schumacher et des choix hasardeux de ses interprètes, Val Kilmer et George Clooney, de l'orientation flashy des épisodes suivants qui ruinèrent définitivement la franchise. Même les spectateurs les plus attentifs essaient encore de résoudre l'énigme incompréhensible du Sphynx dans Batman Forever. En vain. Batman avait subi les pires outrages, dont on ne supposait pas qu'il puisse se relever.

Il fallait donc bien repartir sur des bases nouvelles s'affranchissant du passé pour remettre la franchise sur les rails, ainsi que les talents conjugués d'un scénariste spécialisé dans l'adaptation de comics à l'écran, et d'un réalisateur vierge de toute expérience associée aux super héros pour ressusciter une légende aussi excitante que celle de Batman. Disons-le d'emblée, le pari est réussi au-delà de nos espérances, et enterre les essais précédents, les renvoyant directement au rang de brouillons mal dégrossis.

David Goyer livre donc ici un script d'une richesse et d'une densité rarement égalées pour un film de cette ampleur, choisissant de revenir aux origines de la légende, et d'expliquer par le détail le mythe fondateur de Batman. Si le héros masqué n'apparaît qu'au bout de trois quarts d'heures, chose inhabituelle dans une telle production, c'est pour s'attarder en préambule sur le parcours de Bruce Wayne, et les raisons qui l'ont poussé à endosser ce costume de chauve souris, qui lui inspire une peur qui cristallise en elle toutes les autres : celle de ne pas être à la hauteur de son père, de ne pas en être le digne héritier, de ne pas trouver le moyen de venger son assassinat, d'être incapable de nettoyer Gotham city de la vermine politique qui la ronge. En endossant un costume à l'image de    sa terreur la plus profonde, Bruce Wayne accomplit le geste fondateur du mythe Batman, celui qui lui permettra d'accomplir sa mission à la faveur d'un alias qui lui ressemble. Si l'aspect psychologique est de toute évidence privilégié, il n'exclut cependant pas le spectacle de se dérouler mais interdit toutefois l'existence d'un ennemi aussi charismatique que le Joker. Bruce Wayne/ Batman est bel et bien le personnage central du film. Il ne se détermine pas comme dans le film de Tim Burton par rapport à son ennemi dont il est le double positif, mais bien par rapport à un trauma personnel dont la résolution va déterminer son existence. La peur, sujet central qui détermine la psychologie de son personnage principal, est aussi par effet de contamination, le moyen qu'emploie son ennemi pour laver Gotham de tous ses pêchés. Toute l'intelligence du scénario est également là, dans cette utilisation antagoniste de la peur comme expiation/ punition, qui renvoie à des thèmes empruntés aux Saintes Écritures, qui indique le niveau d'exigence que ses créateurs ont voulu donner à ce Batman-là !



Si un soin tout particulier a été apporté à l'écriture de Batman begins, sa direction artistique choisit également de trancher radicalement avec l'orientation gothique de Burton ou fluo de Schumacher.  L'idée est de donner une version réaliste de Batman, tant dans le design de Gotham City, qui emprunte à l'architecture de grandes métropoles comme New York ou Tokyo, mais aussi dans l'arsenal d'accessoires qu'utilise Batman, issu de prototypes militaires développés par la société Wayne. La bat-mobile devient donc une sorte de tank sur-équipé et ultra mobile. Certains regretteront peut être ces partis pris réalistes, plus matures, mais ils correspondent davantage à la volonté affichée de proposer un spectacle adulte, complexe et dense.

Dans ce contexte, la mise en scène de Christopher Nolan, qui n'a jamais réalisé de blockbuster de cette envergure, est un miracle en soi. A la faveur d'un montage nerveux, porté par une musique sous tension de Hans Zimmer, il réussit la combinaison du drame psychologique et du grand spectacle, produisant des scènes de pure anthologie, telle cette course poursuite en batmobile, modèle du genre de part son découpage et sa construction, mais aussi de part l'enjeu dramatique qui y est associé et qui la justifie (injecter un antidote au personnage de Katie Holmes).

Il faut bien sûr souligner la qualité de l'interprétation : à renouveau du mythe, les auteurs ont fait le choix de faire incarner Batman non pas par une méga star, mais par un visage moins connu du grand public. Christian Bale se révèle instantanément un choix pertinent tant son interprétation est juste, conjuguant la qualité du jeu à des atouts athlétiques qui le rendent plus crédible que tous ceux qui ont endossé le costume avant lui. Il donne la réplique à des guest stars de prestige, de Michael Caine à Rutger Hauer, en passant par Gary Oldman et Liam Neeson, le seul choix malencontreux étant celui de Katie Holmes, incapable de donner une véritable incarnation à son personnage. Heureusement, cela ne porte pas préjudice à l'histoire d'amour contrariée qui rappelle directement celle de Spider-Man avec Mary Jane. Les deux films se terminent quasi à l'identique, avec l'impossibilité pour les personnages de vivre leur histoire d'amour, au détriment d'un dessein plus large. Les deux films se partagent en outre désormais le titre de meilleur film de super-héros jamais réalisés.

On attend la suite avec d'autant plus d'impatience qu'elle nous fait la promesse d'une rencontre Batman/ Joker, que l'on espère rien de moins que d'anthologie.


Le Dvd
Techniquement, cette édition se hisse à la hauteur des critères d'exigence les plus élevés. L'image est un modèle du genre, malgré les nombreuses séquences nocturnes, le transfert numérique est une perfection et la piste en VO 5.1 délivre ses effets multicanaux efficacement, soutenu par un canal de basses redoutable.

L'interactivité s'organise autour de menus reprenant des vignettes de la Bd. Il faut tourner les pages pour accéder aux différents modules, consacrés à tous les aspects de la production, et qui révèlent le gigantisme d'une telle entreprise.

Batman : l'aventure commence
Ce module revient sur la genèse du scénario au travers d'interviews de Chris Nolan et David Goyer, sur la conception des décors du film  (le production design), le secret que la production voulait maintenir autour du projet, pour que les spectateurs y portent un regard neuf.
Mais les anecdotes les plus intéressantes concernent le casting et notamment le choix de Christian Bale. L'acteur sortait du tournage de The machinist : Chris Nolan lui a conseillé de prendre autant de poids que possible pour convaincre les producteurs. Après plusieurs semaines d'entraînement intensif, l'acteur a fini par  atteindre les 100 kg, il était bâti comme un ours et non pas comme un acteur martial. Chris Nolan lui a rappelé qu'il devait tourner « Batman », et non pas « Fatman » !
Chris Nolan revient également sur l'attention apportée aux seconds rôles, avec comme inspiration principale le Superman de Richard Donner.

Page 2 : une courte interview de David Goyer autour du secret autour de l'écriture du scénario et des fuites sur internet.

Cape et Masque
Ici est évoquée la conception du costume de Batman qui doit être effrayant pour remplir son rôle toute en ayant un côté  animal, organique et un aspect symbolique. Il devait à la fois être une tenue de combat et mouler le corps, avoir un côté sexy. Nous découvrons le moulage en atelier. Le masque quant à lui, devait être expressif, la colère se lit dans les yeux, et la cape conserver son aspect romantique, notamment lorsque le personnage est accroupi comme une gargouille.



Page suivante : le concepteur des effets spéciaux nous présente un « plan-preuve » d'une version numérique de Batman, pour justifier de la qualité d'une reproduction numérique d'un personnage.

Gotham City s'élève
Les décors de Gotham ont nécessité 100 jours de construction, dans d'immenses hangars à dirigeables, l'équivalent de 8 des plus grands plateaux de Los Angeles. Ils sont inspirés de l'architecture de New York et Chicago. Les décorateurs ont reconstitué plusieurs quartiers de Gotham grandeur nature, ainsi qu'un pont et une autoroute, avec tous détails associés : le revêtement des routes, panneaux de signalisation, la vapeur qui sort des égouts . Impressionnant de gigantisme !
La Batcave a posé le défi de l'éclairage et a nécessité d'être inondé pour refléter la lumière.
Le manoir Wayne, quant à lui devait refléter la richesse de la famille. Un manoir au nord de Londres a été choisi pour ses intérieurs blancs, proche d'un mausolée.

Page suivante : la Batmobile et la répétition des cascades (sans commentaires)

Le chemin de la découverte
Ici est évoqué l'exil de Bruce Wayne avant qu'il n'endosse le costume de Batman. L'action était censée se dérouler dans le Bhoutan, dans l'Himalaya, mais le tournage y étant impossible, les séquences du monastère ont été tournées en Islande, qui correspondait au paysage que l'équipe voulait tourner, avec notamment un lac gelé sous un glacier, qui a fondu le lendemain des prises de vue du combat entre Christian Bale et Liam Neeson ! La glace craquait déjà pendant le tournage ! Les images du tournage de l'ascension de Bruce Wayne vers le monastère rendent compte de conditions climatiques et logistiques très difficiles, ainsi que la séquence de glissade, tournée sur une vraie falaise.

Menu caché : Ra's Al Ghul : fiche d'identité qui renvoie à un sous menu « alliés et mentors » avec les fiches de Lucius Fox, Alfred, Lieutenant Gordon, Rachel et Henri Ducard (problème de navigation, le logo Batman renvoie à la PREMIERE PAGE du menu !)

Former le corps et l'esprit
Chris Nolan explique qu'il ne voulait pas utiliser de câbles dans les combats pour leur donner plus de force et de violence. Un nouvel art martial a été utilisé : le keysi, une méthode développée pendant 20 ans à partir d'autres styles de combat. Cette technique utilise beaucoup l'environnement et les réactions de l'adversaire. On apprend également que Christian Bale a réalisé la totalité des 16 combats du film.

La genèse de Batman
Les inspirations provenant des comics et les différentes sources ayant inspiré le trou narratif pendant lequel Bruce Wayne disparaît. Abondamment illustré par les planches originales des comics originaux, ce module évoque la collaboration de Jim Lee et Frank Miller à la série All Star.

Galerie d'art : US, Internationale et « Explorations » (affiches et projets d'affiches)

Le voltigeur
La conception de la Batmobile devait révéler l'aspect réaliste du film. Inspiré d'un humvee et d'un avion furtif, le véhicule a nécessité 8 semaines pour sa conception, du chassis à l'habitacle, en passant par les essieux. Toutes les cascades ont été prévues sur piste pour anticiper les problèmes, voir les réactions de la voiture. La course poursuite a été tournée à Chicago à plus de 130 km/h ! Aucun effet spécial n'a été utilisé pour les propulsions comme celle où la voiture entre dans la Batcave, qui a vu l'utilisation d'un canon à nitrogène.
Publicité

Publié dans Dvd

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article