[Série Tv] Lost, saison 1
Ne tournons pas autour du pot : Lost mérite amplement le succès international qu'il a connu en 2005 partout où il a été diffusé. Évacuons d'entrée les quelques menus défauts pour nous concentrer plus tard sur les multiples qualités de ce programme.
Parmi ce qui fâche a priori, le sentiment spontané d'avoir à faire à une série qui concède beaucoup au politiquement correct, avec sa galerie de personnages d'origines ethniques et sociales différentes : parmi les survivants de ce crash aérien échoués sur une île mystérieuse, on retrouve ainsi un noir, deux coréens, un arabe, un obèse et un handicapé. On pense a priori au calcul trop manifeste pour être parfaitement honnête, d'autant plus que la majorité des personnages pourrait figurer dans une revue de mode : yeux bleus, bien charpenté(e)s, belles gueules portant bien la barbe de trois jours et le marcel. Cependant, et heureusement pour la réussite de la série, il ne faut pas s'arrêter à ces détails d'ordre esthétique et "politique". Lost va bien au-delà des apparences, joue constamment sur les faux semblants, creuse la surface pour explorer l'ombre et les secrets de chacun.
Le sentiment que Lost est un programme hors du commun s'impose dès le pilote et sa séquence inaugural traumatique, digne d'une production pour le grand écran. Un homme allongé se réveille dans la jungle, rejoint une plage où gît un morceau de fuselage d'avion déchiqueté. Les survivants du crash aérien qui vient de se produire courent dans tous les sens, hurlent. Un passager rescapé est littéralement happé par le moteur qui explose. A la faveur d'une mise en scène chaotique et d'une bande son oppressante (cris des survivants, bruit sourd des réacteurs), l'atterrissage ne se fait en douceur ni pour les personnages, ni pour le spectateur.

La série repose sur trois ressorts scénaristiques qui permettent de maintenir constamment l'intérêt du spectateur : l'organisation des rescapés et l'interaction des personnages entre eux (l'aspect
Kho Lanta du programme), le mystère de l'île et les secrets qu'elle semble receler (une forme invisible hostile se manifeste rapidement), et les flash backs sur le passé des principaux protagonistes. Chaque épisode se focalise en effet sur un personnage particulier et son passé avant le crash. Il y a Jack, le médecin qui n'a pas tout à fait réglé ses comptes avec son père, Locke, ancien paralytique en quête d'aventure, Kate, fuyarde poursuivie par la police pour d'obscures raisons, Sawyer, arnaqueur de talent et de circonstance qui cherche à se venger de celui responsable de la mort de ses parents, le couple coréen Sun/ Jin, empêtré dans les traditions et les accointances mafieuses du père de la jeune fille, Hugo, gagnant d'un loto « maudit », Boone et Shanon, frère et soeur aux relations troubles, Sayid, ancien soldat de la garde républicaine irakienne en quête de rédemption, Charlie, rocker accro à la came et la foi et Michael, qui vient d'obtenir la responsabilité légale de son fils de 11 ans, Walt. Les histoires personnelles de chacun de ses personnages dessinent systématiquement des motifs ayant à voir avec le pardon, la rédemption, la foi, et font écho avec les événements se déroulant sur l'île, de telle façon qu'il est permis de supposer que leur présence sur celle-ci n'est pas fortuite et que cette expérience de naufragé est une épreuve, le moyen pour chacun de régler ses comptes avec le passé. La richesse de la série provient donc à la fois de son pitch astucieux, mais surtout de la qualité de la caractérisation de chaque personnage, dont aucun n'est absolument unilatéral (a contrario de ceux de Desperate Housewives qui sont prisonniers de stéréotypes). Ainsi, le salaud le plus manifeste va révéler ses failles intimes, tandis qu'un autre dont on ne soupçonne pas le passé s'avère être un criminel en fuite. Les plus hostiles à la série diront que ces retournements de situations sont aussi un procédé, ainsi que le gimmick de l'oeil qui s'ouvre au début de chaque épisode, en tout cas, il faut avouer que cette multitude d'histoires personnelles et intimes tantôt réservent de grands moments d'émotion (la découverte du passé de Locke, la scène de l'aéroport où Sun décide de rester avec son mari), tantôt flirtent avec le fantastique à la manière des meilleurs épisodes de la Quatrième Dimension (les chiffres maudits d'Hugo, la vision du médium qui anticipe la catastrophe aérienne). Il faut aussi souligner la qualité de l'interprétation dont on peut toutefois mesurer l'hétérogénéité. Si les deux personnages principaux, Jack et Kate nous paraissent cabotiner chacun dans leur registre, on apprécie davantage le jeu d'Hugo, de Locke ou de Sun, auquel on doit les plus beaux moments d'émotion de la série.

L'aspect fantastique de la série et le mystère qui règne sur l'île ont bien sûr contribué à son succès. La présence invisible et inquiétante, très tôt révélée dans le programme est l'objet de toutes les conjonctures de la part du spectateur qui a tout loisir de l'interpréter à sa manière, en fonction de la multitude d'indices disséminés ça et là par des scénaristes malicieux. On peut ainsi se demander alternativement si cette île n'est pas une forme de purgatoire où les naufragés, tous morts, doivent subirent des épreuves pour accéder à une autre étape. Ces apparitions invisibles ne sont-elles pas le fruit de la conscience de chacun, la matérialisation de leurs peurs les plus profondes, comme semble le suggérer l'apparition d'un ours blanc tout droit issu de la bande dessinée que feuillette régulièrement Walt. Quelle est l'importance de cet adolescent dans la série, au regard du dernier épisode qui laisse supposer qu'il joue un rôle manifeste dans ces événements ? Faut-il porter du crédit à l'attention accordée aux chiffres dans la série ? Aucune réponse n'est évidemment apportée à tous ces questionnements légitimes, le scénario adoptant un strict équilibre entre la délivrance d'indice adressés au spectateur et un mystère qui reste de toute façon nébuleux et sur lequel il ne revient pas de façon trop systématique pour ne pas mettre notre patience à l'épreuve, au contraire d'une série comme Carnivàle, dont le secret, relancé trop systématiquement, finissait au final par désintéresser complètement, atteignant l'effet inverse à celui escompté.

Ce sera le grand enjeu de Lost sur la durée : son cliffhanger, absolument redoutable, nous laisse dans une attente insoutenable de la suite. Par contre, il faudra bien que le programme lève le voile sur ses secrets, tout en continuant à nous captiver de la même façon que cette première saison. Un véritable défi pour les scénaristes, et un espoir démesuré pour le spectateur.
Parmi ce qui fâche a priori, le sentiment spontané d'avoir à faire à une série qui concède beaucoup au politiquement correct, avec sa galerie de personnages d'origines ethniques et sociales différentes : parmi les survivants de ce crash aérien échoués sur une île mystérieuse, on retrouve ainsi un noir, deux coréens, un arabe, un obèse et un handicapé. On pense a priori au calcul trop manifeste pour être parfaitement honnête, d'autant plus que la majorité des personnages pourrait figurer dans une revue de mode : yeux bleus, bien charpenté(e)s, belles gueules portant bien la barbe de trois jours et le marcel. Cependant, et heureusement pour la réussite de la série, il ne faut pas s'arrêter à ces détails d'ordre esthétique et "politique". Lost va bien au-delà des apparences, joue constamment sur les faux semblants, creuse la surface pour explorer l'ombre et les secrets de chacun.
Le sentiment que Lost est un programme hors du commun s'impose dès le pilote et sa séquence inaugural traumatique, digne d'une production pour le grand écran. Un homme allongé se réveille dans la jungle, rejoint une plage où gît un morceau de fuselage d'avion déchiqueté. Les survivants du crash aérien qui vient de se produire courent dans tous les sens, hurlent. Un passager rescapé est littéralement happé par le moteur qui explose. A la faveur d'une mise en scène chaotique et d'une bande son oppressante (cris des survivants, bruit sourd des réacteurs), l'atterrissage ne se fait en douceur ni pour les personnages, ni pour le spectateur.

La série repose sur trois ressorts scénaristiques qui permettent de maintenir constamment l'intérêt du spectateur : l'organisation des rescapés et l'interaction des personnages entre eux (l'aspect
Kho Lanta du programme), le mystère de l'île et les secrets qu'elle semble receler (une forme invisible hostile se manifeste rapidement), et les flash backs sur le passé des principaux protagonistes. Chaque épisode se focalise en effet sur un personnage particulier et son passé avant le crash. Il y a Jack, le médecin qui n'a pas tout à fait réglé ses comptes avec son père, Locke, ancien paralytique en quête d'aventure, Kate, fuyarde poursuivie par la police pour d'obscures raisons, Sawyer, arnaqueur de talent et de circonstance qui cherche à se venger de celui responsable de la mort de ses parents, le couple coréen Sun/ Jin, empêtré dans les traditions et les accointances mafieuses du père de la jeune fille, Hugo, gagnant d'un loto « maudit », Boone et Shanon, frère et soeur aux relations troubles, Sayid, ancien soldat de la garde républicaine irakienne en quête de rédemption, Charlie, rocker accro à la came et la foi et Michael, qui vient d'obtenir la responsabilité légale de son fils de 11 ans, Walt. Les histoires personnelles de chacun de ses personnages dessinent systématiquement des motifs ayant à voir avec le pardon, la rédemption, la foi, et font écho avec les événements se déroulant sur l'île, de telle façon qu'il est permis de supposer que leur présence sur celle-ci n'est pas fortuite et que cette expérience de naufragé est une épreuve, le moyen pour chacun de régler ses comptes avec le passé. La richesse de la série provient donc à la fois de son pitch astucieux, mais surtout de la qualité de la caractérisation de chaque personnage, dont aucun n'est absolument unilatéral (a contrario de ceux de Desperate Housewives qui sont prisonniers de stéréotypes). Ainsi, le salaud le plus manifeste va révéler ses failles intimes, tandis qu'un autre dont on ne soupçonne pas le passé s'avère être un criminel en fuite. Les plus hostiles à la série diront que ces retournements de situations sont aussi un procédé, ainsi que le gimmick de l'oeil qui s'ouvre au début de chaque épisode, en tout cas, il faut avouer que cette multitude d'histoires personnelles et intimes tantôt réservent de grands moments d'émotion (la découverte du passé de Locke, la scène de l'aéroport où Sun décide de rester avec son mari), tantôt flirtent avec le fantastique à la manière des meilleurs épisodes de la Quatrième Dimension (les chiffres maudits d'Hugo, la vision du médium qui anticipe la catastrophe aérienne). Il faut aussi souligner la qualité de l'interprétation dont on peut toutefois mesurer l'hétérogénéité. Si les deux personnages principaux, Jack et Kate nous paraissent cabotiner chacun dans leur registre, on apprécie davantage le jeu d'Hugo, de Locke ou de Sun, auquel on doit les plus beaux moments d'émotion de la série.

L'aspect fantastique de la série et le mystère qui règne sur l'île ont bien sûr contribué à son succès. La présence invisible et inquiétante, très tôt révélée dans le programme est l'objet de toutes les conjonctures de la part du spectateur qui a tout loisir de l'interpréter à sa manière, en fonction de la multitude d'indices disséminés ça et là par des scénaristes malicieux. On peut ainsi se demander alternativement si cette île n'est pas une forme de purgatoire où les naufragés, tous morts, doivent subirent des épreuves pour accéder à une autre étape. Ces apparitions invisibles ne sont-elles pas le fruit de la conscience de chacun, la matérialisation de leurs peurs les plus profondes, comme semble le suggérer l'apparition d'un ours blanc tout droit issu de la bande dessinée que feuillette régulièrement Walt. Quelle est l'importance de cet adolescent dans la série, au regard du dernier épisode qui laisse supposer qu'il joue un rôle manifeste dans ces événements ? Faut-il porter du crédit à l'attention accordée aux chiffres dans la série ? Aucune réponse n'est évidemment apportée à tous ces questionnements légitimes, le scénario adoptant un strict équilibre entre la délivrance d'indice adressés au spectateur et un mystère qui reste de toute façon nébuleux et sur lequel il ne revient pas de façon trop systématique pour ne pas mettre notre patience à l'épreuve, au contraire d'une série comme Carnivàle, dont le secret, relancé trop systématiquement, finissait au final par désintéresser complètement, atteignant l'effet inverse à celui escompté.

Ce sera le grand enjeu de Lost sur la durée : son cliffhanger, absolument redoutable, nous laisse dans une attente insoutenable de la suite. Par contre, il faudra bien que le programme lève le voile sur ses secrets, tout en continuant à nous captiver de la même façon que cette première saison. Un véritable défi pour les scénaristes, et un espoir démesuré pour le spectateur.
Publicité