[Ciné] Rec
[Rec] pourrait changer la donne car son duo de réalisateurs, Jaume Balaguero et Paco Plaza a décidé de ne pas s’approprier le vieil adage qui dit que c’est « dans les vieux chaudrons qu’on fait la meilleure soupe » pour appliquer à leur film un traitement franchement radical, celui de la caméra subjective embarquée. Le procédé, hérité du « Projet Blair Witch », trouve ces temps-ci matière à s’exprimer puisque entre «Cloverfield », « Redacted » et avant « Diary of the dead », le prochain Romero, ce ne sont pas moins de quatre films en l’espace de quelques semaines qui utilisent ce dispositif économique mais néanmoins excessivement efficace car totalement immersif. Le postulat de base de [Rec], celui d’un reportage « live » d’une petite station de télé locale dans une caserne de pompier, permet en outre d’introduire le spectateur dans l’histoire de façon plus crédible que dans « Cloverfield ». Car le fait de tenir la caméra tout le long et de capter chaque moment obéit ici à une contrainte exigée par la fonction médiatique de l’outil vidéo : obtenir le meilleur reportage possible, avec un maximum d’images chocs. Les réalisateurs ne poussent pas plus loin la critique des médias ou de la télé-réalité et c’est tant mieux car ce n’est pas le sujet du film. L’objectif est simple : foutre une trouille considérable aux spectateurs et il faut avouer que dans le genre, le film atteint ses objectifs. Les attaques des « zombies » sont diablement efficaces même si le procédé du hurlement hystérique plein micro et du chaos caméra embarqué est certes facile à mettre en œuvre.
Heureusement, Balaguero et Plaza ne s’arrêtent pas à cela et construisent leur film comme un véritable terrain de jeu qui évoque irrésistiblement l’expérience vidéo ludique. L’espace est ici volontairement réduit pour mettre les personnages et le spectateur continuellement sous tension, là où « Cloverfield » se servait d’une surface plus étendue, l’île de Manhattan pour organiser le parcours de ses héros. [Rec] convoque ainsi la référence incontournable d’un « Resident Evil », où il s’agit de faire appel à sa faculté de mémorisation, de trouver un itinéraire pour passer à un niveau supérieur, trouver des clés pour ouvrir des portes, fouiller dans le décor pour trouver des indices.
[Rec] trouve donc naturellement sa place dans un cinéma d’horreur soucieux de renouveler le genre. Il s’inscrit dans une suite logique du meilleur du cinéma de genre actuel, au côté d’un « 28 semaines plus tard », aussi un film de « contaminés » avec lequel il partage l’urgence de la mise en scène, et « Cloverfield » pour le procédé de la caméra subjective. Attention cependant à la systématisation du dispositif. Car si l’effet de sidération est ici total, il pourrait totalement retomber s’il venait à se normaliser.
Publicité