[Dvd] Eros + Massacre
Dans l’immense rétrospective que consacre le centre Pompidou à Kijû Yoshida et la collection de DVD que lui dédie Carlotta, « Eros + Massacre » peut être considéré comme le Mont Everest du cinéaste, une forme d’apogée artistique et stylistique incontournable pour qui veut s’intéresser à son œuvre, mais aussi un sommet à atteindre pour le spectateur, qui exigera de lui patience, persévérance et courage. Car que l’on ne s’y trompe pas, si le film est à l’évidence un chef d’œuvre de beauté plastique et formelle aussi bien qu’une œuvre intellectuellement audacieuse et exigeante, « Eros + Massacre » en laissera sans doute plus d’un sur le carreau en raison de sa durée (3 h 39) et de sa construction qui multiplie les époques, les personnages et les points de vue.
Le film se concentre sur la vie de Sakae Ôsugi, anarchiste du début du siècle qui fut en son temps le chantre de l’amour libre qu’il mit en application en vivant avec trois femmes. Ses théories et son mode de vie lui vaudront d’être assassiné par un militaire lors du tremblement de terre de Tokyo en 1923 et la confusion qui en suivit. Le parcours d’Ôsugi est mis en résonance avec celui d’Eiko Sokutai, une jeune étudiante de 20 ans dans les années 60. Les deux histoires se mêlent, s’entrecroisent et se recoupent à la faveur d’un montage d’une rare audace qui interroge la façon dont un homme et ses théories peuvent survivre à une époque en trouvant son écho un demi-siècle plus tard. Mais si les structures éclatées sont devenues monnaie courante pour nombre de réalisateurs à la recherche d’originalité gratuite, Oshida porte le procédé à un niveau rarement atteint. Il organise la circulation des idées, de la temporalité et des personnages en procédant à des raccords qui lient les époques, en composant un jeu de rimes visuelles et sonores, en faisant surgir en 1960 les personnages du début du siècle. Chacune des périodes décrites dans le film obéit à un traitement spécifique de la mise en scène. Les séquences de l’ère Taishô sont filmées de façon classique tandis que celles se déroulant dans les années 60 correspondent à une forme beaucoup plus libre et décomplexée, jusqu’au jeu des acteurs (souvent à la limite de l’hystérie) qui prononcent des sentences absconses et s’affranchissent de tous codes.
Carlotta propose deux montages du film, celui de la version cinéma de mai 70 et la version longue du film, vue uniquement au festival du cinéma d’Avignon en 1969. Ce montage propose une cinquantaine de minutes supplémentaires par rapport à la version exploitée en salle au Japon, censurée sur demande d’une des protagoniste du film, députée influente et ancienne amante de Sakae Ôsugi. La copie est de très bonne facture, avec des blancs très prononcés voire brûlés, et du grain occasionnel sur certaines séquences. Le seul supplément, « Yoshida ou l’éclatement du récit », donne la parole au réalisateur, ainsi qu’à Jean Douchet et Mathieu Capel, qui reviennent tous sur le contexte social et politique dans lequel a été tourné le film, celui d’une contestation étudiante remettant en cause le pouvoir japonais d’après-guerre, conservateur et accusé d’une trop grande proximité avec les Etats-Unis
Le film se concentre sur la vie de Sakae Ôsugi, anarchiste du début du siècle qui fut en son temps le chantre de l’amour libre qu’il mit en application en vivant avec trois femmes. Ses théories et son mode de vie lui vaudront d’être assassiné par un militaire lors du tremblement de terre de Tokyo en 1923 et la confusion qui en suivit. Le parcours d’Ôsugi est mis en résonance avec celui d’Eiko Sokutai, une jeune étudiante de 20 ans dans les années 60. Les deux histoires se mêlent, s’entrecroisent et se recoupent à la faveur d’un montage d’une rare audace qui interroge la façon dont un homme et ses théories peuvent survivre à une époque en trouvant son écho un demi-siècle plus tard. Mais si les structures éclatées sont devenues monnaie courante pour nombre de réalisateurs à la recherche d’originalité gratuite, Oshida porte le procédé à un niveau rarement atteint. Il organise la circulation des idées, de la temporalité et des personnages en procédant à des raccords qui lient les époques, en composant un jeu de rimes visuelles et sonores, en faisant surgir en 1960 les personnages du début du siècle. Chacune des périodes décrites dans le film obéit à un traitement spécifique de la mise en scène. Les séquences de l’ère Taishô sont filmées de façon classique tandis que celles se déroulant dans les années 60 correspondent à une forme beaucoup plus libre et décomplexée, jusqu’au jeu des acteurs (souvent à la limite de l’hystérie) qui prononcent des sentences absconses et s’affranchissent de tous codes.
Mais ce qui éblouit le plus dans « Eros + Massacre », c’est l’extraordinaire beauté plastique de l’œuvre, le sens du cadrage de Yoshida qui compose chacun de ses plans de façon géométrique, en construisant des lignes de fuite au milieu desquelles les personnages inscrivent leur place au millimètre. On pourrait isoler quasiment chacun des photogrammes du film pour se convaincre de la science de la composition supérieure de Yoshida, ce qu’illustrent sans équivoque les captures de cet article. « Eros + Massacre » est bel et bien une œuvre unique et inclassable et Yoshida un artiste total, dont l’exigence pourrait trouver un écho chez un cinéaste comme Alain Resnais. On pense en effet souvent à «L’année dernière à Marienbad », « Hiroshima mon amour » ou « Je t’aime, je t’aime » à la vision d’ « Eros + Massacre », de par leur thématique et leur style commun, froid et excessivement cérébral.
Carlotta propose deux montages du film, celui de la version cinéma de mai 70 et la version longue du film, vue uniquement au festival du cinéma d’Avignon en 1969. Ce montage propose une cinquantaine de minutes supplémentaires par rapport à la version exploitée en salle au Japon, censurée sur demande d’une des protagoniste du film, députée influente et ancienne amante de Sakae Ôsugi. La copie est de très bonne facture, avec des blancs très prononcés voire brûlés, et du grain occasionnel sur certaines séquences. Le seul supplément, « Yoshida ou l’éclatement du récit », donne la parole au réalisateur, ainsi qu’à Jean Douchet et Mathieu Capel, qui reviennent tous sur le contexte social et politique dans lequel a été tourné le film, celui d’une contestation étudiante remettant en cause le pouvoir japonais d’après-guerre, conservateur et accusé d’une trop grande proximité avec les Etats-Unis
Publicité