[Ciné] A bord du Darjeeling Limited
La suite est du même niveau, pour qui est sensible à l’univers singulier du cinéaste, dans lequel « A bord du Darjeeling Limited » s’inscrit naturellement. Le spectateur se retrouve en terrain familier, avec une famille d’acteurs qu’on retrouve de films en films, cet humour décalé qui mélange le comique et le tragique dans le même instant, une mélancolie qui traverse l’œuvre de part en part, une élégance formelle avec des partis pris photographiques très forts, et une accessoirisation tenant lieu de caractérisation des personnages (le bandage d’Owen Wilson fait suite au béret de Jason Schwartzman dans « Rushmore », au bandeau de tennis de Ben Stiller dans « La famille Tenenbaum » et au bonnet rouge de Bill Murray dans « La vie Aquatique »). Mais ce qui détermine le plus le cinéma de Wes Anderson, c’est son obsession de la cellule familiale en faillite, incarnée ici par trois frères embarquant pour un voyage initiatique en Inde afin de se réconcilier suite au décès de leur père. Le train, s’il a de façon explicite une fonction psychologique dans l’évolution du parcours intime des personnages, ne conduit cependant pas le film sur des rails toutes tracées. Car si dans la première partie, les trois frères reproduisent à l’identique le mode de fonctionnement qui les as séparés (Francis, l’organisateur, fait même imprimer un planning plastifié pour que chacun se conforme au programme et invente des rituels auxquels chacun doit se conformer scrupuleusement), il faudra que le train se perde pour que l’inattendu surgisse sous la forme d’un enterrement traditionnel. Ces funérailles symboliques d’un petit indien mort par noyade, sont aussi l’occasion pour les trois frères d’enterrer le souvenir du père et leur propre enfance dont aucun n’est réellement sorti. Une forme de passage à l’âge adulte en quelque sorte. Il faudra en effet que Jack, Francis et Peter réussissent le rituel de la plume de paon et jettent derrière eux les lourds bagages du père décédé pour quitter leur statut d’éternels adulescents et acceptent leur condition d’hommes (le statut de père de Peter).
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