[Série Tv] Desperate Housewives, saison 1

Publié le par Frédéric RACKAY

Véritable buzz télévisuel de 2005 (carton d'audience outre-Atlantique,  présence des actrices dans les rubriques people de la presse, récompenses en pagaille), Desperate Housewives est arrivé chez nous précédé d'un plan media annonçant rien de moi que la révolution de la série télé,  l'enterrement en règle du soap opéra, la nouvelle norme de qualité en la matière. « Vous allez voir ce que vous allez voir...! » nous disait – on...

Si la période est effectivement très faste pour les séries télé ces temps-ci (les Sopranos, 24, West Wing, Six Feet under pour ne citer que les meilleures), on ne peux qu'adopter un comportement de méfiance légitime lorsque tous les superlatifs sont prononcés autour du même programme. Concernant Desperate Housewives, on ne s'était pas trompé : la série déçoit.

L'histoire commence avec le suicide d'une mère de famille habitant le quartier résidentiel de Wisteria Lane. Ce geste inexpliqué fournit le prétexte à une forme d'étude des moeurs autour des résidants de ce quartier et à une intrigue « policière » sur les raisons qui ont poussé cette femme a priori sans histoire à commettre l'irréparable. Car le credo de la série est bien le suivant : au delà des apparences et de la représentation sociale, chacun a des secrets cachés, que le scénario se propose de découvrir et de mettre à jour.  Le postulat de départ est séduisant, la voix off de la défunte, emprunté au Mankiewicz de « Chaînes Conjugales » ou au Billy Wilder de « Sunset Boulevard » place la série sous  de prestigieuses références. Hélas, Desperate Housewives échoue très vite à tenir ses promesses.

La caractérisation des personnages est l'aspect le plus problématique du programme. L'histoire s'intéresse à quatre amies chacune stéréotypée à outrance et immédiatement prisonnière d'un cliché qui autorise tous les lieux communs qui y sont associés. Susan est une jeune divorcée qui vit avec sa fille adolescente et manifeste une maladresse systématique, attire les catastrophes les plus invraissemblables. Lynette est la mère de quatre enfants hyper actifs (ils se servent de casseroles comme de percussions, jouent au hockey dans le salon) qui consacre sa vie à son foyer et son mari après avoir travaillé avec succès dans la publicité. Bree est le modèle de la femme d'intérieure, psycho rigide, maniaque au stade le plus élevée (elle prépare chaque soir un repas qui relève davantage du réveillon que de la simple collation, termine d'astiquer l'argenterie alors qu'elle apprend les nouvelles les plus terribles, finit de faire le lit quand il s'agirait de conduire son mari mourant à l'hôpital). Gabriel, enfin, ancienne mannequin mariée pour l'argent à un riche entrepreneur qu'elle trompe avec son jardinier. Vénale à l'excès, elle est capable de tout pour  satisfaire sa fièvre dépensière.   On peut le constater, aucun lieu commun ne nous est épargné et jamais le programme prévu par les scénaristes ne dévie d'un pouce pour se laisser contaminer par l'émotion ou la surprise.  La série n'est certes pas dépourvue de rebondissement, mais ils sont à ce point systématisés qu'ils en deviennent banals pour ne plus intéresser le spectateur. Pire, certaines sous intrigues  sont ponctuellement mises à l'écart pour ressurgir et trouver leur résolution  à la faveur d'un twist qui contredit a posteriori l'intérêt qu'elle avaient plus tôt dans l'histoire. Par exemple : (début de spoiler) lorsque la mère de Carlos vient espionner Gabriel pour découvrir son adultère et qu'elle parvient enfin à ses fins, elle est renversée en voiture par  le fils de Bree qui trouvera la protection de sa mère. Mama Solis, plongée dans le coma, se réveille au bout de plusieurs semaines et avant d'avoir pu dire la vérité à son fils, décède dans une chute à l'hôpital. Cette suite d'événements est caractéristique de la construction scénaristique de la série : une sous intrigue qui se déroule sur plusieurs épisodes (l'enquête de Mama Solis pour découvrir le mensonge de sa belle fille), désamorcée pour un rebondissement qui suspend provisoirement les événements (le coma) pour se conclure à l'occasion d'une circonstance comique (la chute de Mama Solis dans les escaliers de l'hôpital) qui remet en jeu l'intérêt de ce qui précède. (Fin du spoiler). La multiplicité des pistes voulues par les scénaristes trouvent donc leur limite dans la difficulté de résolutions de celles-ci. En outre, le rythme systématique de comédie appliquée à la série, la voix off qui observe les événements depuis l'au-delà sur un ton de constante dérision ne s'adapte pas aux épisodes les moins drôles, et finit par nuire  à l'ensemble.  Car si Desperate housewives envisageait de gratter le verni des conventions pour révéler les pires secrets de ses personnages, elle ne fait en fait que poser un regard par le trou de la serrure pour n'observer finalement que des comportements de mensonges, d'adultère, de préférences sexuelles déviantes, de rivalités amoureuses, de déception de coeur qui ne la distingue pas de n'importe quel soap. La simple évocation de l'homosexualité ou de préférences sado masochistes a peut être quelque chose de transgressif outre-Atlantique, elle ne provoquera chez nous qu'un intérêt relatif ou poli, d'autant plus que l'intrigue policière autour du suicide et des secrets relatifs ne suffisent pas à maintenir l'attention du spectateur, ne passionne jamais.

Pour toutes ces raisons, Desperate Housewives échoue donc à nous captiver dès sa mi-saison malgré les notes d'intention de son créateur, Marc Cherry qui a essuyé le refus de la chaîne cryptée HBO à laquelle il avait dans un premier temps proposé le concept de la série. « Sans doute  ma série ne comportait pas assez de grossièretés » l'a-t-on entendu dire en interview. Cette simple phrase résume dans le même temps la confiance démesurée de celui-ci pour une idée qui ne différencie en rien sa création du tout venant de la production ordinaire et sa totale incompréhension face à ce qui qui fait l'absolue réussite artistique de ses concurrents (Six Feet Under, Sopranos).

A vouloir se croire plus malin que tout le monde, on finit par perdre toute mesure et perspective : Desperate Housewives est une série agréable mais devant laquelle on a sérieusement l'impression de perdre son temps  D'ailleurs, l'illusion n'aura tenu qu'un temps : la deuxième saison diffusée actuellement sur les networks américains accuse un sérieux tassement de ses chiffres d'audience.
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Publié dans Série Tv

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