[Dvd] L'été du démon
« L’été du démon » est une adaptation d’un roman de Seichô Matsumoto. L’auteur est considéré dans son pays comme le Simenon local et il est vrai qu’au regard des éléments mis en place dans le film, on comprend la comparaison : description d’un petit monde provincial, peinture d’une profession (l’imprimerie), analyse sociale, intérêt pour les petites gens, fait divers domestique (une liaison extraconjugale) entraînant un personnage à aller au bout d’une logique qui le dépasse. Ici, il s’agit de Sokichi, imprimeur marié qui mène une double vie puisqu’il entretient à la campagne une femme dont il a eu trois enfants. Lorsqu’il cesse de lui envoyer de l’argent, celle-ci vient à la ville lui jeter sa progéniture à la face et s’enfuit sans laisser de nouvelles. La femme légitime de Sokichi, Ume, lui ordonne alors de se débarrasser des enfants par tous les moyens.
Yoshitaro Nomura, qui réalise l’adaptation, manifeste une grande minutie dans la peinture du quotidien de ses personnages au travail. Il décrit les gestes professionnels, la recherche de crédits auprès des banques, le contexte syndical, tout cela pour donner de la vérité au milieu qu’il représente, offrir de la matière vivante au spectateur, l’aider à mieux comprendre les mécanismes psychologiques qui se mettent en place. Tout cela concourt à ne pas porter de jugement définitif sur les actes des personnages, même s’ils manifestent beaucoup de cruauté et de violence (la scène où Sokichi essaie d’empoisonner de force son fils ou quand sa femme violente le cadet qui a gâché de la nourriture). Tout comme chez l’auteur des Maigret, la richesse de « L’été du démon » réside donc dans la complexité de l’étude comportementale qui nous est donnée d’observer, et l’ambiguïté des sentiments qui s’agitent. Nomura ajoute encore à la confusion en posant des questions qui ne sont pas solutionnées : les trois enfants sont-ils réellement la progéniture de Sokichi comme le met en doute sa femme, ou est-il manipulé par sa maîtresse ? Ume a-t-elle tué le plus jeune ou s’agit-il d’un accident ?




Yoshitaro Nomura utilise une mise en scène discrète et près de ses personnages quand il s’agit de dépeindre leur vie quotidienne, mais n’hésite pas à déployer une puissance visuelle et d’évocation quand nécessaire. Il a par exemple recours à un montage alterné saisissant entre une scène d’amour entre Sokichi et Ume, et le corps recouvert d’un drap de l’aîné des enfants décédés pour signifier la jouissance que procure à la femme la satisfaction de savoir l’enfant mort. Il utilise aussi une symbolique lourde quand Sokichi part abandonner sa petite fille à la tour de Tokyo : l’édifice érigé en plein milieu de la ville vient rappeler sans arrêt au père indigne la lâcheté de son acte. Enfin, Nomura évoque irrésistiblement Hitchcock lorsque Sokichi part avec son aîné pour se débarrasser de lui. On repense à l’adage du maître du suspens qui affirmait que tuer quelqu’un est long et laborieux, d’autant plus que certains plans (celui du fils face à falaise, filmé de dos), convoquent le souvenir de Vertigo (un plan identique de Kim Novack au pied du Golden Gate Bridge). L’association est d’autant plus aisée que la musique prend soudain des accents hermaniens qui ajoutent au lyrisme.
Le personnage de Sokichi, déjà pathétique, devient soudain tragique dans un final assez bouleversant où son propre fils le met en face de sa responsabilité de père. Nomura fait sienne la devise de Simenon : « Comprendre et ne pas juger » et donne avec Sokichi une représentation de ce que Simenon appelait « l’homme nu », tel qu’il se représente lui-même quand il se regarde dans la glace, en rupture avec la société, ballotté par le monde sans savoir où il le mène.
Proposée au tarif ultra-compétitif de 12,99 euros, l’édition pocket de « L’été du démon » est dépourvue de bonus mais ne fait pas l’impasse sur la qualité technique du Dvd. La copie est impeccable et le transfert numérique ne trahit aucun défaut majeur.
Yoshitaro Nomura, qui réalise l’adaptation, manifeste une grande minutie dans la peinture du quotidien de ses personnages au travail. Il décrit les gestes professionnels, la recherche de crédits auprès des banques, le contexte syndical, tout cela pour donner de la vérité au milieu qu’il représente, offrir de la matière vivante au spectateur, l’aider à mieux comprendre les mécanismes psychologiques qui se mettent en place. Tout cela concourt à ne pas porter de jugement définitif sur les actes des personnages, même s’ils manifestent beaucoup de cruauté et de violence (la scène où Sokichi essaie d’empoisonner de force son fils ou quand sa femme violente le cadet qui a gâché de la nourriture). Tout comme chez l’auteur des Maigret, la richesse de « L’été du démon » réside donc dans la complexité de l’étude comportementale qui nous est donnée d’observer, et l’ambiguïté des sentiments qui s’agitent. Nomura ajoute encore à la confusion en posant des questions qui ne sont pas solutionnées : les trois enfants sont-ils réellement la progéniture de Sokichi comme le met en doute sa femme, ou est-il manipulé par sa maîtresse ? Ume a-t-elle tué le plus jeune ou s’agit-il d’un accident ?
(ballotté entre deux femmes manipulatrices, Sokichi ne sait pas comment se débarasser de sa progéniture)




Yoshitaro Nomura utilise une mise en scène discrète et près de ses personnages quand il s’agit de dépeindre leur vie quotidienne, mais n’hésite pas à déployer une puissance visuelle et d’évocation quand nécessaire. Il a par exemple recours à un montage alterné saisissant entre une scène d’amour entre Sokichi et Ume, et le corps recouvert d’un drap de l’aîné des enfants décédés pour signifier la jouissance que procure à la femme la satisfaction de savoir l’enfant mort. Il utilise aussi une symbolique lourde quand Sokichi part abandonner sa petite fille à la tour de Tokyo : l’édifice érigé en plein milieu de la ville vient rappeler sans arrêt au père indigne la lâcheté de son acte. Enfin, Nomura évoque irrésistiblement Hitchcock lorsque Sokichi part avec son aîné pour se débarrasser de lui. On repense à l’adage du maître du suspens qui affirmait que tuer quelqu’un est long et laborieux, d’autant plus que certains plans (celui du fils face à falaise, filmé de dos), convoquent le souvenir de Vertigo (un plan identique de Kim Novack au pied du Golden Gate Bridge). L’association est d’autant plus aisée que la musique prend soudain des accents hermaniens qui ajoutent au lyrisme.
Le personnage de Sokichi, déjà pathétique, devient soudain tragique dans un final assez bouleversant où son propre fils le met en face de sa responsabilité de père. Nomura fait sienne la devise de Simenon : « Comprendre et ne pas juger » et donne avec Sokichi une représentation de ce que Simenon appelait « l’homme nu », tel qu’il se représente lui-même quand il se regarde dans la glace, en rupture avec la société, ballotté par le monde sans savoir où il le mène.
Proposée au tarif ultra-compétitif de 12,99 euros, l’édition pocket de « L’été du démon » est dépourvue de bonus mais ne fait pas l’impasse sur la qualité technique du Dvd. La copie est impeccable et le transfert numérique ne trahit aucun défaut majeur.
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