[Ciné] Halloween (2007)

Publié le par Frédéric RACKAY

Si de nombreux classiques du cinéma fantastique et d’horreur ont fait l’objet de remakes récemment (« Massacre à la tronçonneuse », « L’armée des morts », « House of Wax », « La colline a des yeux »), aucun de ceux-ci n’a provoqué une telle polémique que la nouvelle version d’ « Halloween » par Rob Zombie.  Sans doute l’initiative de refaire le chef d’oeuvre de John Carpenter a cristallisé tout à coup le manque d’originalité des studios qui, au lieu de produire du neuf, puisent de plus en plus souvent dans leur back-catalogue pour remettre au goût du jour les classiques d’antan à destination du public d’aujourd’hui. Si certains de ces remakes sont loin d’être honteux, voire surpassent l’original, le procédé se systématise à un tel point qu’on se demande s’il est possible de produire de la matière neuve et originale de nos jours. Le cas d’ « Halloween » est d’autant plus particulier que le film est unanimement considéré comme un monument du genre, qu’il a inauguré la mode du slasher, et que John Carpenter jouit d’un statut de maître du cinéma d’horreur, dont la mise en scène a servi de matrice à de nombreux cinéastes en herbe qui ont appris beaucoup de « Fog », « New York 1997 » ou de « The Thing ». Est-ce que ça veut dire pour autant qu’il vaut mieux autoriser à toute une floppée de séquelles de vider l’ « Halloween » original de sa substance plutôt que de  permettre à un réalisateur talentueux, Rob Zombie, d’en proposer sa propre vision ? Le réalisateur de « La maison des 1000 morts » et de « The devil’s rejects » semblait effectivement être l’homme de la situation tant il a prouvé avec ses deux premiers films qu’il était capable de réveiller un genre moribond.

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Mais là où réside réellement le problème avec ce « Halloween 2007 », c’est que Rob Zombie, plutôt que d’en réaliser un remake au sens strict, a fait le choix de revenir aux racines du mal en humanisant le personnage de Michael Myers, puis dans sa seconde partie, de refaire le film de Carpenter avec son lot de morts violentes. C’est cette approche qui a valu à Rob Zombie de subir les attaques des sites internet ayant lu le script avant même le premier tour de manivelle. Et c’est là d’où vient le contresens majeur qu’il peut y avoir entre les deux films. Chez Carpenter, Michael Myers n’est qu’un masque de folie pure, le mal incarné dépourvu de toute psychologie. En donnant au jeune psychopathe un background social et familial qui justifierait ses actes, Rob Zombie aurait pu contredire l’intention de Carpenter de laisser tout cela hors champs. La folie meurtrière de Myers n’en était que plus brutale, aveugle, et c’est ce qui faisait la force du film original. Pourtant, la première partie de « Halloween 2007 » est contre toute attente la plus réussie. Si le trauma du jeune Myers est expliqué de façon caricaturale par un beau-père violent, une mère strip teaseuse et une sœur allumeuse, la première moitié du film culmine dans le massacre de la famille le soir de la fête des morts. La séquence est d’une violence assez inouïe, appuyée par une bande son saturée qui ajoute au malaise. L’épisode en hôpital psychiatrique établit quant à lui la relation entre Myers et le Docteur Loomis, absente aussi du film de Carpenter, mais qui explique la peur panique de ce dernier quand son patient s’évade. Jusque-là, Rob Zombie se démarque de l’ombre de Carpenter pour apporter une vision propre au mythe Michael Myers, quelque chose de nouveau et de différent.

C’est quand le film rentre dans les rails de son modèle, dans sa deuxième moitié, qu’il échoue à transcender le matériau original.Car Zombie cherche en 50 minutes à refaire ce qui prenait à Carpenter 90 minutes : le massacre de la nuit de la Toussaint.  Là où « Halloween » version 76 prenait son temps pour poser le contexte, décrire les personnages, faire monter le suspens, jouer sur les effets d’apparitions/ disparitions du tueur, Zombie s’interdit une telle mise en place, faute de temps. Il joue sur la violence brute de Michael Myers, présenté ici comme un géant duquel se dégage une force hors du commun. Lors du meurtre du routier après l’évasion, la mise à mort est filmée en contre-plongée pour signifier encore davantage la puissance physique du personnage, avec une caméra qui donne l’impression de trembler sous les assauts du tueur. Carpenter ne s’appuyait pas sur le physique du psychopathe, mais au contraire installait la tension par son absence du cadre, la simple éventualité de son irruption dans le plan pour tuer. Deux intentions diamétralement opposées qui provoquent des effets contradictoires chez le spectateur. Là où le film de Carpenter faisait naître une tension continuelle, les meurtres réalisés par Rob Zombie deviennent répétitifs et dénués d’enjeux dramatiques.

C’est d’autant plus dommage qu’il est évident que Rob Zombie manifeste un respect profond du film de Carpenter. Il reprend certaines scènes quasiment à l’identique, des lignes de dialogue (« La mort arrive dans votre ville », prononcé de façon très théâtrale à la fois par Donald Pleasence et Malcom McDowell) et de multiples détails proviennent directement de la version de 1976. L’exemple le plus évident est la reprise du film « The Thing » d’Howard Hawks, montré sur un écran de télévision dans les deux versions. On sait que John Carpenter en réalisera plusieurs années plus tard un remake fabuleux avec Kurt Russell (il mettra aussi en scène un nouveau « Village des Damnés » et « …L’homme invisible »). Pour Rob Zombie, reprendre pareillement le film de Hawks revient à légitimer sa démarche, à justifier le fait qu’aucune œuvre ne peut se soustraire à un éventuel remake, toute respectée et considérée qu’elle soit. Sauf qu’avoir voulu faire à la fois le « Michael Myers Begins » sur le mode du « Batman » de Chris Nolan et « Halloween – Le remake » en moins de deux heures, Rob Zombie se disperse et rate à moitié son film. Ou le réussit en partie. C’est selon.
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Publié dans Ciné

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