[Ciné] Exilé

Publié le par Frédéric RACKAY

18708679.jpgAffirmer que « Exilé » puise son inspiration du côté du western revient à prononcer un euphémisme tant Johnnie To fait référence au cinéma de Sam Peckinpah et Sergio Leone dans son dernier film Dès les premières minutes, il est manifeste que le procédé filmique qu’il organise trouve son équivalence à l’identique dans la séquence d’ouverture d’ « Il était une fois dans l’Ouest ». Arrivée des protagonistes dans un lieu quasi désert (la gare dans le film de Leone, une rue chez To), iconisation des protagonistes à la faveur d’accessoires vestimentaires (les imperméables renvoient aux fameux caches poussières), organisation de l’espace et des déplacements, absence de dialogues. Tout passe par la mise en scène, la longueur des plans, la précision du cadre, les mouvements d’appareil qui aboutissent au terme d’une introduction leonesque à un gunfight tel que nous y a habitué le réalisateur de « The Mission » et « PTU», ultra chorégraphié, opératique. Survient alors un événement qui rappelle l’une des plus belles scènes de cinéma de l’an passé dans « Children Of men » et le cessé-le-feu imposé par la simple présence d’un nourrisson qui fait taire les armes. Cette séquence en appelle une autre, celle de la réconciliation des deux camps autour d’un repas improvisé. Le vrai sujet du film s’écrit alors dans ce moment de complicité partagé : amitié indéfectible, amour filial, nostalgie des vieilles valeurs familiales et d’un code d’honneur  hérité des samouraïs, camaraderie bon enfant.

Après son diptyque « Election », Johnnie To revient en effet à un style « old school » en opposition au déploiement high-tech d’un « Breaking News ». Dans « Election », la succession mafieuse s’organisait autour de la chasse d’un totem, symbole des valeurs ancestrales du Milieu. Dans « Exilé », tout respire également la fin d’une époque, des décors au style colonial de la ville de Macao à la veille de sa rétrocession à la Chine, à la trahison des porte-flingues par des chefs mafieux davantage concernés par des alliances de circonstance. On pense bien sûr à la « Horde Sauvage » de Peckinpah, chant du cygne du genre, western crépusculaire qui marquait la fin définitive d’une époque. Johnnie To applique à « Exilé » le même traitement au film de mafia, y compris en ce qui concerne les personnages féminins (uniquement mamans ou putains) et dans une certaine forme d’humour picaresque (les tueurs à gage s’amusent comme de grands enfants).

Dans sa deuxième partie, « Exilé » quitte le contexte urbain pour s’aventurer en campagne et met en scène une chasse à l’or inattendue mais qui ancre définitivement le film dans le genre du western, tout en lorgnant du côté du Kitano de « Sonatine ». Cet ultime acte suicidaire est le geste final d’une bande d’amis dépassés par le monde qui les entoure, trahis par leurs commanditaires, évoluant dans un environnement hostile. Le gunfight final, véritable chef d’œuvre définitif du genre, voit tous ses protagonistes s’agiter comme dans un ballet morbide, à l’image de fantômes : le sang jaillit en geyser, personne ne cherche à se cacher pendant que les balles fusent, aucun survivant ne peut échapper à un tel massacre. Dans ces derniers moments, « Exilé » devient presque un film abstrait, conceptuel, qui écrit le dernier chapitre d’un genre qui se meurt.
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Publié dans Ciné

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