[Preview Ciné] Dead Silence

Publié le par Frédéric RACKAY

James Wan, tout malin et roublard qu’il est, n’en est pas pour autant un opportuniste. Le réalisateur du premier « Saw » a en effet crée la hype autour de son film en entourant sa réalisation d’un parfum marketing désormais bien rôdé : film de fin d’étude doté d’un petit budget, première séquence tournée sur fonds personnels pour convaincre les producteurs d’investir, promesse d ‘un twist redoutable d’efficacité, passage dans les festival pour faire monter le buzz, « Saw » a au final été le succès que l’on sait. Le film, s’il proposait un pitch audacieux et était à l’origine d’une nouvelle figure de croquemitaine désormais légendaire, échouait à convaincre dans le registre pur de la mise en scène. Effets clippesques hérités du petit écran, montage ultra cut, éclairages aux néons façon 80’s, James Wan ne manifestait pas un talent remarquable de metteur en scène et n’a d’ailleurs pas réalisé les deux suites qui forment aujourd’hui la première trilogie du « Jigsaw », pour n’occuper quel le fauteuil de producteur exécutif.



James Wan revient avec un nouveau pitch a priori simplissime puisqu’il repose une nouvelle fois sur un jeu de masques, mais cette fois, celui des marionnettes de ventriloques, et utilise la peur qu’elles peuvent paradoxalement exercer sur certains. Objets du théâtre pour enfants, ces pantins arborent en effet un faciès effrayant, avec leurs yeux exorbités, leur teint de cire livide et cadavérique, une bouche grotesque les figeant dans un rictus moqueur, et cette voix gutturale comme sortie d’outre-tombe. Si ces poupées sont au centre de la malédiction du film, James Wan est suffisamment malin pour avoir compris qu’il ne pouvait pas faire reposer entièrement son intrigue autour d’elles, et a construit tout un univers hérité des grands classiques de l’horreur.

Tout d’abord, la principale originalité du film vient de ce fameux « dead silence » éponyme, qui se manifeste lorsque les marionnettes s‘apprêtent à tuer. Le silence se fait autour de la victime, les sons disparaissent pour ne laisser entendre que les infra basses, comme lorsqu’on écoute avec des boules quiés ou un casque intra-oriculaire sur les oreilles. Ces séquences permettent un beau travail de sound design qui va a contrario des fondamentaux du genre qui en rajoutent normalement dans l’instrumentation anxiogène et les effets visant à surprendre le spectateur.

Ensuite, James Wan utilise le décor d’une ville sinistrée, Raven’s Fair comme le contexte d’une malédiction ayant provoqué la disparition mystérieuse de nombreux habitants. Le film évoque l’atmosphère et le gameplay de « Silent Hill » dans la façon dont sont explorés les lieux - un théâtre abandonné, une morgue, le cimetière, une immense bâtisse de style baroque – chaque nouvel indice découvert par le héros le conduisant à un nouveau niveau. Mais on pense plutôt au jeu de la Konami plutôt qu’à son adaptation à la prétention crasse réalisée par Christophe Gans. Car là où le réalisateur du « Pacte des Loups » cherche la référence systématique pour justifier son travail, James Wan, lui, préfère rendre un hommage sincère, appliqué souvent, mais parfois inspiré aux classiques des films d’horreur de la Universal (pour laquelle il travaille maintenant). Il tombe encore dans les travers d’une mise en scène aux effets faciles (quelques raccords tape à l’œil inappropriés) mais à la faveur d’un twist dont il a le secret, parvient à convaincre de ses progrès depuis « Saw ». Fans de Tatayet, s’abstenir.
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Publié dans Ciné

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