[Ciné] Hot Fuzz

Publié le par Frédéric RACKAY

La sortie du quatrième « Die Hard » au début de l’été a agi auprès des amateurs de cinéma d’action comme une « madeleine de Proust », les fans de la première trilogie mettant en scène John Mc Lane se disant que finalement, c’était mieux avant. Et de se remémorer cette époque bénie où John Mc Tiernan réinventait le genre avec son anti-héros propulsé dans des aventures spectaculaires, à la fin des années 80. Cette décennie a vu ce qui s’est fait de mieux dans le genre du buddy movie (les quatre « Arme Fatale », « 48 heures » et sa suite), de la comédie d’action (les « Flics de Beverly Hills ») et de l’actioner pur et dur (« Speed », « Point Break », « Terminator 2 »…). La décennie suivante a vu le genre, à la faveur des progrès dans le domaine des effets spéciaux, muter vers quelque chose de plus en plus improbable, à base de courses-poursuites en voitures numériques et de cascades sur fonds d’incrustations douteuses. Certains, comme Tony Scott, ont décidé de s’aventurer sur le terrain de l’exploration pure et dure (avec des films comme « Man on fire » ou « Domino »). D’autres ont fait le choix de dépenser beaucoup d’argent dans un maximum d’explosions et de destructions massives comme Michael Bay et son « Bad Boys 2 », véritable sommet dans le genre du blockbuster décomplexé, haï par beaucoup, secrètement vénéré par quelques fans éprouvant un plaisir coupable.

Simon Pegg et Edward Wright revendiquent explicitement leur filiation à « Bad Boys 2 » dans leur dernier film, « Hot Fuzz ». Les Anglais avaient déjà signé avec « Shaun of the dead » un hommage aux films de zombies de George Romero, qui manifestait à la fois une belle connaissance des règles du genre et un profond respect des films dont ils s’inspiraient pour organiser leur détournement à la sauce humour british. Cette fois, Simon Pegg et Edward Wright appliquent le même traitement aux films d’action spectaculaires, genre culturellement peu représenté au pays de Ken Loach et du cinéma-vérité. Les Anglais font en effet depuis toujours un complexe face à leurs grands frères américains dans le registre du cinéma d’action, préférant davantage les films de gangsters (les films de Guy Ritchie) aux excès pyrotechniques.

« Hot Fuzz » respecte donc strictement les codes du genre, les gimmicks de mise en scène des productions Bruckheimer pour les appliquer à une histoire 100 % british. Car attention, nous ne sommes pas ici dans une parodie comme dans les « Y-a-t-il un flic » ou « Hot Spot », qui exagèrent les codes jusqu’à la caricature. « Hot Fuzz » est plutôt une forme de détournement des règles du cinéma d’action dans un contexte culturel anglais très fort. Ou comment le cinéma de John Woo, Mc Tiernan, Bigelow, Cameron, Bay, rencontre le particularisme littéraire, télévisuel, et cinématographique britanniques. Les références sont en effet nombreuses aux livres d’Agatha Christie, à la série « Chapeau Melon et Bottes de Cuir », à l’humour second degré des Monty Python.

Le résultat est étonnant, mais surtout, échappe au vide qui menace d’ordinaire les films au second degré, car les auteurs ont pris soin d’écrire un vrai scénario qui dans sa première partie, pose les enjeux, le contexte et les personnages pour ensuite permettre un déferlement d’action digne d’Hollywood. « Hot Fuzz » offre ainsi au moins deux courses poursuite à pied et un gunfight final dans les rues d’un village anglais, absolument jouissifs et qui n’ont rien à envier au meilleur du cinéma d’action américain. Le film réjouira donc les amateurs cinéphiles qui se plairont à débusquer dans telle punchline une référence à tel film, mais peinera à convaincre les fans de films d’action purs tant celle-ci tarde à se manifester en fin de bobine. « Hot Fuzz » s’adresse davantage à la première catégorie de spectateurs. Tant mieux, c’est celle dont nous faisons partie.
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Publié dans Ciné

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