[Ciné] Les noces rebelles
Sam Mendes a toujours témoigné un fantasme kubrickien trop manifeste pour être tout à fait honnête. Avec « American Beauty », il s’essaie au pamphlet féroce avec dynamitage en règle de la culture WASP des suburbs américains. Mais malgré les références à « Lolita », le fascisme, la drogue, l’homosexualité et les sexualités refoulées, le film n’est en fait qu’un véhicule à Oscar, lisse et inoffensif, une version mainstream du « Happiness » de Todd Solondz, LA vrai satire cruelle et acide de la société américaine, sortie deux ans plus tôt. Avec « Jarhead », il reprend exactement la structure en trois actes de « Full Metal Jacket » : l’entraînement des soldats avec officier vociférant, l’arrivée sur la zone de combat, l’ennui et l’attente de l’affrontement avec l’ennemi, puis l’épreuve du feu, absurde.
On ne donnait donc pas cher de ces « Noces rebelles » dont l’argument marketing principal est la reformation à l’écran du couple mythique de « Titanic » : Leonardo Di Caprio et Kate Winslet. Pourtant, en adaptant un roman de Richard Yates publié en 1961 et en faisant coïncider de facto sa mise en scène avec un académisme de façade, Mendes gratte le vernis des conventions sociales de façon beaucoup plus subtile qu’il ne le faisait dans « American Beauty ». Point besoin d’un Kevin Spacey fumant son joint en rêvant de l’amie de sa fille pour dynamiter les fondamentaux de l’american way of life. Tout est là, contenu dans ce tableau à la Edward Hopper : un pavillon de banlieue et son jardin parfaitement entretenu, une ménagère s’occupant de son intérieur en attendant le mari parti gagner son salaire dans un emploi qu’il méprise. De la même façon que les toiles du célèbre peintre américain disaient l’ennui, la solitude, l’aliénation et la mélancolie des classes moyennes, Sam Mendes précipite le destin de son couple « modèle » en moins de cinq minutes Par la simple force de l’ellipse, le réalisateur nous fait les témoins de la rencontre amoureuse, puis de la perte des illusions et de la haine réciproque, dans un raccourci d’une cruauté et d’une violence sans merci.

La suite ne sera que rêves brisés, scènes de ménage, mensonges et infidélités. La force du film réside dans le paradoxe entre une mise en scène classique, voire académique et la force du propos qui dénonce un modèle érigé comme un fondamental. Chaque détail dans le cadre fait sens et renvoie à l’enfermement des personnages. On pense beaucoup à Douglas Sirk, le roi du mélo des années soixante, et notamment à « Tout ce que le ciel permet », dont Mendes emprunte la symbolique du miroir comme le reflet de ses incapacités et de ses faiblesses, et celui de la fenêtre comme obstacle entre le dedans et le dehors, la vie quotidienne et la vie rêvée. Dans ce réseau de mensonges et de faux-semblants, de voisinage bienveillant et d’amitiés hypocrites, le seul personnage qui ose dire la vérité est un fou que l’on sort de son asile le dimanche pour jouer le jeu de la convention social. Admirablement interprété par Michael Shannon, déjà excellent de »Bug » de William Friedkin, cette figure du marginal sociopathe agit cependant comme un véritable révélateur du vide sans espoir des existences (« hopeless emptiness »).
Dans ce « vide sans espoir », la seule séquence où la liberté parvient à s’exprimer est une scène de danse magnifique et émouvante avec Kate Winslet. Comme chez James Gray ou clin d’œil à « Titanic », la danse est ici synonyme d’abandon et d’abolition des conventions, des barrières sociales et morales. Autre référence à « Titanic », la scène d’amour dans une voiture qui suit , hélas grossière et sommaire, renvoie à la difficulté de vivre ses rêves et assouvir ses fantasmes. Dommage que Sam Mendes ne parvienne pas à traiter un événement spécifique du dernier acte du film, qui aurait du agir comme un climax mais autour duquel le réalisateur tourne sans vraiment savoir comment l’aborder. Ce léger flottement est heureusement rattrapé par une image finale d’une cruauté et d’une férocité sans appel, où l’on voit le mari d’un couple âgé baisser le son de son appareil auditif pour ne plus avoir à supporter les bavardages incessants de sa femme. Triste conclusion qui dit la solitude d’être dans un couple.
On ne donnait donc pas cher de ces « Noces rebelles » dont l’argument marketing principal est la reformation à l’écran du couple mythique de « Titanic » : Leonardo Di Caprio et Kate Winslet. Pourtant, en adaptant un roman de Richard Yates publié en 1961 et en faisant coïncider de facto sa mise en scène avec un académisme de façade, Mendes gratte le vernis des conventions sociales de façon beaucoup plus subtile qu’il ne le faisait dans « American Beauty ». Point besoin d’un Kevin Spacey fumant son joint en rêvant de l’amie de sa fille pour dynamiter les fondamentaux de l’american way of life. Tout est là, contenu dans ce tableau à la Edward Hopper : un pavillon de banlieue et son jardin parfaitement entretenu, une ménagère s’occupant de son intérieur en attendant le mari parti gagner son salaire dans un emploi qu’il méprise. De la même façon que les toiles du célèbre peintre américain disaient l’ennui, la solitude, l’aliénation et la mélancolie des classes moyennes, Sam Mendes précipite le destin de son couple « modèle » en moins de cinq minutes Par la simple force de l’ellipse, le réalisateur nous fait les témoins de la rencontre amoureuse, puis de la perte des illusions et de la haine réciproque, dans un raccourci d’une cruauté et d’une violence sans merci.

La suite ne sera que rêves brisés, scènes de ménage, mensonges et infidélités. La force du film réside dans le paradoxe entre une mise en scène classique, voire académique et la force du propos qui dénonce un modèle érigé comme un fondamental. Chaque détail dans le cadre fait sens et renvoie à l’enfermement des personnages. On pense beaucoup à Douglas Sirk, le roi du mélo des années soixante, et notamment à « Tout ce que le ciel permet », dont Mendes emprunte la symbolique du miroir comme le reflet de ses incapacités et de ses faiblesses, et celui de la fenêtre comme obstacle entre le dedans et le dehors, la vie quotidienne et la vie rêvée. Dans ce réseau de mensonges et de faux-semblants, de voisinage bienveillant et d’amitiés hypocrites, le seul personnage qui ose dire la vérité est un fou que l’on sort de son asile le dimanche pour jouer le jeu de la convention social. Admirablement interprété par Michael Shannon, déjà excellent de »Bug » de William Friedkin, cette figure du marginal sociopathe agit cependant comme un véritable révélateur du vide sans espoir des existences (« hopeless emptiness »).
Dans ce « vide sans espoir », la seule séquence où la liberté parvient à s’exprimer est une scène de danse magnifique et émouvante avec Kate Winslet. Comme chez James Gray ou clin d’œil à « Titanic », la danse est ici synonyme d’abandon et d’abolition des conventions, des barrières sociales et morales. Autre référence à « Titanic », la scène d’amour dans une voiture qui suit , hélas grossière et sommaire, renvoie à la difficulté de vivre ses rêves et assouvir ses fantasmes. Dommage que Sam Mendes ne parvienne pas à traiter un événement spécifique du dernier acte du film, qui aurait du agir comme un climax mais autour duquel le réalisateur tourne sans vraiment savoir comment l’aborder. Ce léger flottement est heureusement rattrapé par une image finale d’une cruauté et d’une férocité sans appel, où l’on voit le mari d’un couple âgé baisser le son de son appareil auditif pour ne plus avoir à supporter les bavardages incessants de sa femme. Triste conclusion qui dit la solitude d’être dans un couple.
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