[Ciné] Enfermés dehors
Pour son troisième film en tant que réalisateur, Albert Dupontel convoque la figure de Charlot le vagabond pour en donner une version contemporaine, urbaine et sociale. Comme dans « Les Lumières de la ville », son alter ego d'Enfermé Dehors, SDF shooté à la colle voit son destin basculer le jour où il assiste au suicide d'un policier dont il emprunte l'uniforme « pour rendre service ». Comme dans le film de Chaplin, il va tomber amoureux d'une femme qu'il voudra aider en lui ramenant sa fille confisquée par ses beaux parents. Sauf que la femme en question n'est pas marchande de fleurs. Elle travaille dans un sex shop où elle vend à ses clients les plus pointus le director's cut de la « liposucion d'une anorexique » !Car si Dupontel abandonne l'humour trash et provocateur de Bernie, il n' a pas l'intention de se calmer pour autant : Enfermés Dehors est à ce titre un gros morceau de cinéma survolté, énervé, où la caméra est en perpétuel mouvement, où les corps sont soumis aux pires outrages. Le film se situe donc dans une filiation directe avec la BD et le cartoon, évoquant notamment Tex Avery. Dupontel organise en outre, au sein de ce maelström d'images et de sons de vrais moments de poésie tels la berceuse d'une mère à sa fille relayée par les hauts parleurs des pompiers, et un exercice de circulation très particulier où Dupontel stoppe avions et nuages pour faire passer une nuée d'oiseaux migrateurs. C'est bien là où se trouve la spécificité de metteur en scène de Dupontel : être dans la capacité de faire se cohabiter une virtuosité technique et des audaces visuelles avec un regard plein de tendresse pour ses personnages, dont est exclu tout jugement et manichéisme.En effet, son talent de mise en scène, Dupontel le soumet à un propos social qui évite la caricature. S'il épingle à la fois le monde de la finance, du commerce (hilarantes séquences de destruction de l'épicerie du coin où le gérant modifie au tippex les dates de péremption des produits) de la police et de la publicité (brillante idée des affiches vivantes) pour les mettre tous à dos, il le fait en évitant de les condamner absolument. Tous les personnages sont attachants, y compris cet affairiste trahi par son propre frère et qui va trouver une forme de rédemption en reprenant une chaîne de viennoiserie qu'il ouvrira exclusivement aux SDF du coin. La joyeuse galerie de miséreux est emmenée par une Yolande Moreaux absolument irrésistible dans chacune de ses scènes de comédie et la distribution gravite autour de vraies gueules de cinéma telles que Jackie Berroyer, Gustave de Kervern, Bruno Lochet, Philippe Duquesneet les caméos surprises de Terry Gilliam et Terry Jones, véritables cautions monthy pythonesques à cette entreprise.
Si Dupontel n'a hélas pas toujours les moyens de ses ambitions (le film n'évite pas un côté fauché mais peut-on lui en vouloir pour ça ?), s'il ne fait pas systématiquement mouche, Enfermé dehors est une vraie alternative au cinéma comique consensuel, un vrai bol d'oxygène défoulatoire et providentiel dont on aurait tort de passer à côté.
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