[Ciné] V pour Vendetta

Publié le par Frédéric RACKAY

A la vision de V pour Vendetta, on comprend sans mal le choix des executives de la Warner de repousser la sortie du film pour éviter de coïncider avec le deuil des attentats de Londres en juillet dernier. On a d'ailleurs du mal à imaginer qu'un tel film, à la fois subversif et audacieux ait pu voir le jour dans le cadre d'une production de studio en pleine période post-11 septembre.

Car si la bande dessinée dont le film est l'adaptation était une réaction à la politique thatcherienne, il trouve une résonance toute particulière aujourd'hui avec l'administration Bush, les attentats du World Trade Center et tout ce qui s'en suivit.

Le film se déroule dans une Angleterre vivant sous le joug d'un état fasciste et opprimant face auquel se dresse un mystérieux opposant masqué, V, qui appelle à l'insurrection et à la lutte armée pour faire tomber le régime. Inutile de chercher, par quelque bout qu'on le prenne, ce personnage de V est une figure radicale du terrorisme, « mal » incarné par son masque ricanant au travers duquel se cristallise non pas une personne mais une idée révolutionnaire, qui dépasse le lieu et l'époque. Si les auteurs ont pris soin de situer le film dans une Angleterre futuriste et fascisante, où les opposants et les homosexuels sont opprimés et où le chancelier renvoie à la figure éructante d'Hitler, avec ses  emprunts manifestes à Orwell et son 1984 et au Terry Gilliam de Brazil, l'évocation d'une attaque virale fomentée par les représentants du régime pour s'assurer la prise du pouvoir en instaurant un régime basé sur la peur fait penser aux attentats du 11 septembre et à l'actualité récente.  Ce personnage de V est toutefois ambigu. Son combat se justifie par la vengeance (il est le seul cobaye survivant d'expériences biologiques) et revêt un côté romantique (il laisse une rose sur chacun  des corps assassiné). Mais les auteurs n'en ont pas fait un super héros pour autant. Le film étant produit par les frères Wachoswki, V n'évite cependant pas les balles comme le Néo de Matrix (même s'il dispose de belles capacités à manier l'arme blanche) et se voit affublé d'un alter ego en la personne de Eevey, incarnée par Nathalie Portman, figure modératrice du combat mené par V.  Malgré cela, le discours reste  radical et trouve sa conclusion dans l'explosion du parlement, siège des élus et de la prise de pouvoir (douce cependant) du peuple portant le masque de V, soit une petite armée de révolutionnaire en puissance !

La rumeur voulant que les frères Wachoswki aient réalisé plusieurs scènes clés du film, faut-il pour autant considérer V pour Vendetta comme la suite directe de la trilogie Matrix ? Oui et non.
Le film trouve écho en nombreux points avec les idées véhiculées par son prédécesseur (la figure    du héros personnifiant l'espoir de V et de Néo) et même avec Bound et ses amours saphiques (la lettre de Valérie,  trouvée par Nathalie Portmann dans sa cellule). V pour Vendetta a cependant moins recours aux effets spéciaux numériques que Matrix et obtient son cachet gothique d'un « production design » misant avant tout sur les décors que sur la surenchère pyrotechnique. Le film est en effet avant tout verbal, fait référence à Shakespeare en plusieurs occasions et au Comte de Monte Christo sans être pour autant anti spectaculaire. James McTeigue, dont c'est la première réalisation s'en sort plutôt pas trop mal à la faveur de plusieurs séquences réussies dont l'incarcération de Eevey et sa libération (« Puisque tu n'as plus peur de rien, tu es libre », « Dieu est dans la pluie ») et la prémonition du détective avec son montage alterné sur la révolution en marche.

Le film  s'expose cependant à la foudre de Alan Moore, scénariste du comics éponyme qui a pris l'habitude de renier en bloc les adaptations filmées de ses bandes dessinées. Si le bonhomme a beaucoup de talent, il faut lui reconnaître aussi un ego sur dimensionné pour porter des jugements aussi hâtifs. Car si ses scenarii sont réputés littéralement inadaptables de part leur complexité (From Hell notamment) et leur écriture littéraire, admettons qu'un film comme V pour Vendetta réussit la gageure au delà de nos espérances.
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Publié dans Ciné

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