[Dvd] J'ai toujours rêvé d'être un gangster

Publié le par Frédéric RACKAY

S’il ne fallait retenir qu’une seule image pour qualifier l’humour du film de Samuel Benchetrit, ce serait celle d’Edouard Baer, truand à la petite semaine, qui tente le casse d’une cafétéria en simulant l’utilisation d’un pistolet, main dans la poche, index pointé pour imiter le canon de l’arme. Ce petit jeu absurde et puéril tel que pratiqué dans les cours de récréation illustre à merveille le sous-titre : « Le meilleur film de gangsters ratés depuis les Tontons flingueurs ». Car de petites frappes inconséquentes, « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » en présente une galerie, du cambrioleur amateur aux preneurs d’otages maladroits. Si l’essentiel de l’histoire gravite autour d’un lieu unique, un restaurant perdu en bordure de national, la forme du film à sketches autorise une multiplicité de personnages et de petites saynètes. Mais le fait de chapitrer le film incite aussi le spectateur à hiérarchiser chacune des parties en fonction de ses préférences, et « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » n’échappe hélas pas au piège du film à sketches : il y a systématiquement un maillon faible qui déséquilibre le tout. Dommage qu’ici il s’agisse du dernier volet, le plus nostalgique, où quelques criminels vieillissants essaient de retrouver l’élan de leurs jeunes années en improvisant le vol d’une banque…qui a fait la place à un fast food !…L’histoire est tout juste rattrapée par l’interprétation de Jean Rochefort et l’utilisation appropriée d’un paysage urbain où se perdent nos quelques malfrats soumis aux affres d’une vessie capricieuse et d’une santé précaire. Le meilleur volet du film ? Assurément le deuxième, où deux preneur d’otages se lient d’amitié avec la jeune fille qu’ils ont kidnappée. Emporté par un duo d’acteurs exceptionnels, qui se régalent de situation de comédies hilarantes, c’est aussi le sketch où transpire le plus une forme de tendresse pour les personnages.




Mais si le sous-titre du film évoque son contenu, avec sa galerie de personnages décalés, il contient aussi son défaut  principal, son péché d’orgueil : un côté ultra référentiel qui donne l’impression de visiter la vidéothèque idéale de son auteur. Samuel Benchetrit s’inspire ainsi  manifestement de Lautner et Audiard dans ses dialogues, Tarantino dans les situations ou le montage, Jarmush pour le côté cool et décontracté de la mise en scène, Chaplin lors des flash-backs sous la forme des vieux films muets. Le vrai souci est qu’il ne parvient jamais à transcender ses sources d’inspiration, et que le mélange ne prend qu’en de trop rares occasions. L’exercice de style, aussi sympathique qu’il soit, est vain et relève davantage du plaisir coupable malgré un talent indéniable dans le cadrage, la photo en noir et blanc, l’utilisation de la bande son ou l’amour qu’il porte à ses comédiens.

Les suppléments s’articulent autour d’une série de scènes coupées très anecdotiques, qui ont mieux fait de rester sur la table de montage, introduites par un Samuel Benchetrit emprunté et peu à l’aise. On le retrouve avec un enthousiaste beaucoup plus communicatif dans un making of de 26 minutes où l’on assiste à tous les stades du projet, des réunions de travail aux scènes de tournage. Dommage que ce document ne se focalise que sur son réalisateur, on aurait aimé entendre les acteurs donner leur point de vue sur l’univers du film. Dommage aussi qu’aucun bonus ne revienne sur la magnifique affiche du film, le choix de sa photo, ce qu’elle raconte, car elle se démarque radicalement des posters marketing qui ornent régulièrement les flancs des bus et les colonnes publicitaires.
Publicité

Publié dans Dvd

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article