[Ciné] Walk the line

Publié le par Frédéric RACKAY

Il est intéressant de s'amuser au petit jeu des différences entre Walk the line et Ray, les deux films étant sorti à seulement quelques mois d'écart, cet exercice est d'autant plus significatif. Les deux films sont des biopics qui s'inspirent de l'itinéraire de deux vedettes de la musique américaine, l'une du blues, internationalement connue, Ray Charles, l'autre de la country music, Johnny Cash, davantage célébrée localement et dont l'histoire est moins familière pour  nous.



Les deux scénarios sont battis sur le même canevas : trauma d'enfance avec la perte accidentelle d'un frère, découverte par les studios, le succès, les tournées, les infidélités conjugales, la drogue, puis la rédemption. Le récit de ces carrières permet également une reconstitution de l'Amérique de l'époque, sans qu'hélas aucun thème social ne soit réellement abordé de front (celui de la ségrégation dans Ray est un peu timide, et le conservatisme religieux est à peine suggéré dans Walk the Line alors que June Carter était une vraie bigote !).

Ce qui fait vraiment lien entre ses deux films finalement, c'est la façon dont les parcours des deux chanteurs sont lissés pour en dissimuler les aspérités les moins avouables, en faire des clients potentiels aux Oscars et toucher un maximum de spectateurs. De telle façon d'ailleurs que les fans de Ray Charles ou de Johnny Cash seront  loin d'y trouver leur compte. C'est d'autant plus dommage qu'à aucun moment, les auteurs n'évoquent jamais de vraie façon le thème de la création, ni n'essaient d'établir le lien entre la drogue et l'art dans lequel ils ont excellé. Sans doute trop dérangeant.

Au lieu de ça, les réalisateurs se contentent d'un mise en scène purement décorative, et à aucun moment réellement inspirée. Heureusement, du côté de l'interprétation, tout ceci est largement plus satisfaisant, Jamie Foxx tout comme Joaquin Phoenix étant à proprement parler habités par leurs rôles, jusqu'à opérer une forme de mimétisme surprenant avec les personnages qu'ils incarnent. Les deux ont d'ailleurs interprété eux-mêmes les titres figurant sur la bande originale. Les morceaux musicaux satisferont sans doute plus les amateurs de Johnny Cash car ils sont davantage nombreux et plus complets alors que dans Ray, aucun passage musical ne proposait l'intégralité des titres, frustrant le spectateur en attente de séquences « live ».

Au final, il faut se résoudre à penser que les biopics de chanteurs sont définitivement moins inspirées que celles de sportifs. En effet, pour des « Great Balls of Fire », « La bamba », « Ray » ou « Walk the line » peu convaincants, combien de « Raging Bull » ou de « Ali » qui flirtent avec le chef d'oeuvre. On peut en tirer la conclusion que la boxe possède une cinégénie qui convient mieux au grand écran. On peut aussi penser que n'est pas Martin Scorcese ou Michael Mann qui veut.
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Publié dans Ciné

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