[Dvd] Sisters
La récente vague de remakes de films d’horreur et du cinéma fantastique a surtout été l’occasion de réactualiser des classiques des années 60 et 70 avec un mode d’expression visuel plus conforme aux attentes du public jeune d’aujourd’hui (montage épileptique, acteurs « teenage », violence décomplexée). L’expérience n’est pas systématiquement malheureuse (« The hills have eyes », « House of wax »…) même si le fait de s’attaquer à des monuments a priori incontournables pouvait ressembler à un acte sacrilège (« Massacre à la tronçonneuse », « Halloween »…). L’idée de refaire « Sœurs de sang » de Brian DePalma paraissait en soi une idée incongrue tant le film du réalisateur de « Scarface » contenait un appareil de mise en scène inspiré d’Hitchock dont la ressussée aurait équivalu à du plagiat pur et simple. DePalma récitait en effet son manuel du parfait élève en déclinant les motifs du meurtre à l’arme blanche de « Psychose », du voyeurisme de « Fenêtres sur cour » et du double de « Vertigo ». Pour refaire « Sœurs de sang », il fallait donc envisager tout autre chose, sortir des rails tutélaires du maître du suspens pour se diriger vers une autre direction. Réinterpréter en somme, sans répondre aux trompettes de la modernité à tout prix.
Douglas Buck l’a parfaitement compris. Le réalisateur de l’excessivement antipathique « Family Portraits » fait le choix d’évacuer tout l’aspect théorique de la mise en scène de DePalma pour n’en conserver fidèlement que la structure scénaristique et lui insuffler en sous-texte les thématiques qui lui sont propres. Ainsi, son « Sisters », plutôt que de viser une forme paroxystique, fait le choix de la sobriété et se focalise davantage sur les personnages. Certes, le réalisateur réinvente astucieusement le split screen de DePalma à la faveur d’un écran d’ordinateur de surveillance dont l’image est divisée en quatre, mais le propos de Douglas Buck n’est pas d’organiser des climax systématiques.





On est plus proche d’un cinéma d’horreur « arty », voire auteurisant qui évoque autant le Lucky Mc Kee de « May » que deux figures référentielles très fortes, Cronenberg et Polanski. La scène où le jeune docteur embrasse la cicatrice « vaginale » de Lou Doillon pourrait tout droit sortir de « Crash », le thème de la gémellité renvoie directement à « Faux Semblants » tandis que la folie féminine fait penser à « Répulsion ». Douglas Buck s’impose donc d’autres référentiels qui lui sont plus proches et qui lui permettent de prolonger les obsessions de « Family Portraits » : la place des femmes, l’identité, la perte et le deuil, la pression patriarcale voire l’inceste. On reconnaît aussi sa fascination graphique pour le sang dans un dernier quart d’heure en forme d’hommage au giallo, où le réalisateur en recouvre allègrement ses personnages dans une effusion décomplexée assez stupéfiante (on se souvient aussi de la femme de « Prologue » qui se coupait les lèvres aux ciseaux pour attirer l’attention de son mari).
La distribution est au diapason : Stephen Rea, vu dans « V pour Vendetta » est aux antipodes du jeu excessif de William Finley (inoubliable Winslow Leach dans « Phantom of Paradise ») dans le film de DePalma, Chloé Sevigny, égérie underground de Larry Clark et Vincent Gallo apporte la caution indépendante au projet et Lou Doillon son physique troublant au profit d’un rôle ambivalent. « Sisters » n’est donc pas un objet honteux qu’il faudrait soustraire au regard du spectateur, dommage qu’il n’ait pas bénéficié d’une sortie en salle que sa réputation dans les festivals aurait justifié. Heureusement, il fait l’objet d’un direct-to-video grâce à WildSide qui édite ce titre dans un coffret regroupant l’original de DePalma (dans son édition « pocket ») et sa relecture par Douglas Buck sur un disque techniquement très honorable (toujours de très beaux menus comme d’habitude chez l’éditeur) et complété par deux suppléments. La deuxième partie de la rencontre Douglas Buck/ Nacho Cerda (d’une durée de 16 minutes) , qui évoquent ensemble leurs angoisses de réalisateur et une interview de 26 minutes de Douglas Buck (« Les liens du sang ») où ce dernier revient sur son parcours, ses influences (Bergman et Cronenberg), les origines du projet « Sisters » et son amitié avec Gaspard Noé et les difficultés de casting (le désistement de Aria Argento et de Anna Mouglalis remplacées in extremis par Lou Doillon).
Douglas Buck l’a parfaitement compris. Le réalisateur de l’excessivement antipathique « Family Portraits » fait le choix d’évacuer tout l’aspect théorique de la mise en scène de DePalma pour n’en conserver fidèlement que la structure scénaristique et lui insuffler en sous-texte les thématiques qui lui sont propres. Ainsi, son « Sisters », plutôt que de viser une forme paroxystique, fait le choix de la sobriété et se focalise davantage sur les personnages. Certes, le réalisateur réinvente astucieusement le split screen de DePalma à la faveur d’un écran d’ordinateur de surveillance dont l’image est divisée en quatre, mais le propos de Douglas Buck n’est pas d’organiser des climax systématiques.





On est plus proche d’un cinéma d’horreur « arty », voire auteurisant qui évoque autant le Lucky Mc Kee de « May » que deux figures référentielles très fortes, Cronenberg et Polanski. La scène où le jeune docteur embrasse la cicatrice « vaginale » de Lou Doillon pourrait tout droit sortir de « Crash », le thème de la gémellité renvoie directement à « Faux Semblants » tandis que la folie féminine fait penser à « Répulsion ». Douglas Buck s’impose donc d’autres référentiels qui lui sont plus proches et qui lui permettent de prolonger les obsessions de « Family Portraits » : la place des femmes, l’identité, la perte et le deuil, la pression patriarcale voire l’inceste. On reconnaît aussi sa fascination graphique pour le sang dans un dernier quart d’heure en forme d’hommage au giallo, où le réalisateur en recouvre allègrement ses personnages dans une effusion décomplexée assez stupéfiante (on se souvient aussi de la femme de « Prologue » qui se coupait les lèvres aux ciseaux pour attirer l’attention de son mari).
La distribution est au diapason : Stephen Rea, vu dans « V pour Vendetta » est aux antipodes du jeu excessif de William Finley (inoubliable Winslow Leach dans « Phantom of Paradise ») dans le film de DePalma, Chloé Sevigny, égérie underground de Larry Clark et Vincent Gallo apporte la caution indépendante au projet et Lou Doillon son physique troublant au profit d’un rôle ambivalent. « Sisters » n’est donc pas un objet honteux qu’il faudrait soustraire au regard du spectateur, dommage qu’il n’ait pas bénéficié d’une sortie en salle que sa réputation dans les festivals aurait justifié. Heureusement, il fait l’objet d’un direct-to-video grâce à WildSide qui édite ce titre dans un coffret regroupant l’original de DePalma (dans son édition « pocket ») et sa relecture par Douglas Buck sur un disque techniquement très honorable (toujours de très beaux menus comme d’habitude chez l’éditeur) et complété par deux suppléments. La deuxième partie de la rencontre Douglas Buck/ Nacho Cerda (d’une durée de 16 minutes) , qui évoquent ensemble leurs angoisses de réalisateur et une interview de 26 minutes de Douglas Buck (« Les liens du sang ») où ce dernier revient sur son parcours, ses influences (Bergman et Cronenberg), les origines du projet « Sisters » et son amitié avec Gaspard Noé et les difficultés de casting (le désistement de Aria Argento et de Anna Mouglalis remplacées in extremis par Lou Doillon).
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