[Ciné] Juno
Présenté par facilité marketing comme le « Little Miss Sunshine » de 2008 , « Juno » vaut beaucoup mieux que cette comparaison de circonstance. On voit parfaitement ce qui peut amener à faire le lien entre les deux films : leur succès public inattendu, le caractère indépendant de leur production, leur galerie de personnages décalés qui pose un regard différent sur la société américaine. Mais ces similitudes a priori auraient tout aussi bien pu jouer en défaveur de « Juno » tant « Little Miss Sunshine », au-delà de son aspect sympathique, avait tout du faux film modeste, plus roublard qu’honnête, avec ses personnages stéréotypés et strictement fonctionnels (le père winner contrarié, le grand père héroïnomane, le fils introverti, le beau-frère homo dépressif), et sa glorification convenue de la marge et des outsiders. Comparaison n’est pas raison, donc. Parlons de « Juno », qui ne calcule pas son honnêteté, ni ne tombe dans les schémas simplistes pour s’attirer la sympathie du spectateur.Pourtant, le sujet de « Juno », une ado enceinte de 16 ans qui cherche une famille d’adoption pour son enfant, avait de quoi laisser craindre le pire à la fois dans le pathos et dans la caractérisation de la jeune rebelle dont on redoutait l’aspect « tête à claque ». Or, si Juno n’a pas sa langue dans sa poche et dispose d’une solide tendance à la répartie, la qualité d’écriture de Diablo Cody (ex strip teaseuse et romancière) et la justesse d’interprétation d’Ellen Page font largement passer la pilule. Son personnage est à la fois sensible mais jamais mièvre, manifeste un côté acide mais jamais dépourvu de tendresse, est farouchement indépendante mais finalement en quête d’amour. Un vrai personnage féminin de cinéma comme on n’en voit finalement pas tant, auquel l’actrice de « Hard Candy » prête une énergie et un charme incomparables. Dans le registre de la comédie indépendante, plutôt qu’à « Little Miss Sunshine », « Juno » fait davantage penser aux premiers films de Hal Hartley, « The Unbelievable truth » et « Trust me » et à son actrice principale, (feue) Adrienne Shelly qui cherchait dans ces films sa place dans la vie et dans la société. Mais là où le cinéma de Hal Hartley lorgnait du côté Godard et n’hésitait pas à aller vers l’absurde et le grotesque des situations, le film de Jason Reitman vise au contraire la vérité et la justesse. Ce qu’on en commun les deux réalisateurs en revanche, c’est une vraie capacité à proposer une bande son en parfaite adéquation avec leurs sujets, avec une préférence pour un rock « low fi », Sonic Youth en tête. La bande originale de « Juno » est un vrai bonheur euphorisant, dont l’écoute répétée prolonge le plaisir du film longtemps après la séance.
« Juno » est donc une vraie réussite, d’autant plus que le film déjoue le programme annoncé a priori du roman d’apprentissage classique. Car alors qu’on croyait que la maternité de la jeune ado allait la conduire vers le monde des adultes, représenté ici par la famille d’adoption, Juno retourne au contraire in fine vers celui de l’adolescence et de l’innocence retrouvée. Le personnage déceptif du père d’adoption, adulescent contrarié, mari qui ne trouve pas sa place, incapable de supporter ses responsabilités, amateur de mangas, de films d’horreur et de noisy pop, est celui qui va faire prendre conscience à Juno de l’hypocrisie des adultes, de la supercherie de la vie de couple, et conduire la jeune femme à accepter à la fois son âge et lui permettre de trouver sa place au sein de la structure familiale recomposée. Il est intéressant d’ailleurs de constater la façon dont Jason Reitman oppose deux modèles familiaux : celui des banlieues pavillonnaires où les façades des maisons bourgeoises abritent le mensonge alors que les quartiers populaires sont synonymes d’authenticité, de vie et de communication décomplexée. D’ailleurs, si l’on devait juger un film sur la qualité de ses seconds rôles, « Juno » décrocherait le pompon. On est tout d’abord ravis de revoir Allison Janney, la CJ Gregg de « West Wing » et Jennifer « Sydney – Alias – Bristow » Garner dans de jolis rôles, ainsi que JK Simmons, patron hystérique du « Daily Bugle » dans les « Spider-Man », ici père de famille attentionné et soucieux du bonheur de sa fille.
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