[Ciné] Redacted

Publié le par Frédéric RACKAY

undefinedSans doute pas un hasard de la programmation mais davantage un indicateur de l’état du cinéma aujourd’hui et de son mode d’expression, « Cloverfield » et « Redacted » sont sortis à quelques jours d’intervalle en France. D’un côté, les codes du film de monstre passés à la moulinette d’un traitement à la « Blair Witch », captation caméra à l’épaule et effet immersif garanti pour le spectateur. De l’autre, un réalisateur unanimement reconnu pour avoir toujours utilisé la grammaire cinématographique dans l’objectif de manipuler son auditoire, Brian De Palma, qui revient sur un épisode sordide de la guerre en Irak (le viol d’une fille de 14 ans et le meurtre de sa famille par un groupe de GI’s) en utilisant les images issues des nouvelles technologies et des médias.

La démarche de De Palma n’a rien de surprenant si l’on considère sa filmographie et la façon dont le réalisateur a toujours injecté dans ses œuvres les images provenant de caméras de surveillance (celles de Swan dans « Phatom of the Paradise », de Tony Montana dans « Scarface », celles du casino de « Snake Eyes »), de reportages télévisés (« Snake Eyes » encore) ou de films dans le film (« Body Double », « Blow Out »…). « Redacted » peut donc être considéré comme une suite logique des obsessions du cinéaste et trouve une cohérence avec les nouveaux moyens de communications au travers desquels le spectateur reçoit l’actualité, qu’il s’agisse de YouTube ou Daily Motion, des blogs ou des réseaux câblés d’information en continu. On voit parfaitement ce qui peut intéresser le réalisateur dans ce geste théorique : interroger notre regard sur une même image vue par des prismes différents, adopter une attitude critique face à la manipulation des médias. Le gros barbu convainc-t-il pour autant dans son propos ? Pas vraiment.

On a tout d’abord l’impression avec « Redacted » que De Palma se répète puisque l’argument du viol en temps de guerre est strictement celui d’ « Outrages », film sur la guerre du Vietnam qu’il réalisa en 1990 et dans lequel Michael J Fox dénonçait les agissements de ses collègues de régiment au prix de sa propre vie. Son dernier opus pourrait donc presque être considéré comme le remake d’ « Outrages » qui, même s’il en reprend l’essentiel du propos (dans un contexte différent), en renouvelle cependant la forme. Mais pour dire quoi ? Qu’est-ce que De Palma veut signifier sur le conflit Irakien qui n’ait pas été dit, lu ou entendu partout ailleurs ? Que l’Amérique s’est fourvoyée en envoyant ses soldats s’enfoncer dans un bourbier inextricable ? Que l’ennui chez les soldats peut induire des comportements bestiaux et violents ? Que la communication entre les deux peuples, les occupants et les occupés est à ce point inexistante que l’incompréhension conduit à une escalade de violence dont on n’imagine pas l’issue ? Le réalisateur ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes et au lieu du pamphlet politique ne fait qu’envoyer un pétard mouillé sans impact véritable.

La démonstration est lourdement appuyée par un montage qui alterne les points de vue et les sources. Par exemple, pour illustrer le meurtre d’une irakienne à un check point par des marines, le réalisateur se pose d’abord du côté américain, qui tire sur une voiture forçant le barrage. Un flash de la télé irakienne à l’hôpital où est conduite la victime nous apprend que la femme était enceinte et que son mari la conduisait à la maternité pour accoucher lors de la fusillade.  La confrontation des perspectives n’est ni pertinente ni percutante, elle est juste caricaturale et grossière. Le matériel utilisé pour figurer les différentes sources qui composent le film, qui ont été tournées pour l’occasion, ne sont jamais crédibles et plutôt qu’une impression de véracité, c’est un sentiment de faux qui se dégage de « Redacted », alors que le film vise au contraire une reconstruction du réel.

On savait De Palma en perte d’inspiration suite à l’adaptation ratée du « Dahlia Noir », que l’on a excusée trop vite en justifiant de l’aspect inadaptable du chef d’œuvre d’Ellroy. On vient cependant à se demander si l’on n’a pas trop surestimé un cinéaste dont on préfère détourner les yeux de ses purges les plus manifestes (« Femme Fatale », « Mission to Mars », «Snake Eyes », « L’esprit de Caïn ») au pretexte qu’il est l’auteur de chefs d’œuvres incontestables (« Phantom of the Paradise », entre autres…).
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Publié dans Ciné

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