[Dvd] L'incroyable destin d'Harold Crick

Publié le par Frédéric RACKAY

Puisque la jaquette d’ « Harold Crick » fait explicitement le lien avec le « Truman Show » de Peter Weir, poussons la comparaison plus loin en mettant en parrallèlle les carrières respectives de Will Ferrell et Jim Carrey. Les deux acteurs se sont illustrés dans de nombreuses comédies à tendance régressives, à base d’humour puéril et décomplexé. « Ricky Bobby » et « Les patins de la gloire » d’un côté, « Dumb and dumber » et les « Ace Ventura » de l’autre. Des films qui mettent en scène des situations comiques a priori navrantes ,  dont le spectateur ne sait pas s’il doit en rire sans en avoir honte, avant de se laisser finalement happer par le délire, l’effet de sidération passé. Malgré de véritables cartons au box-office américain, les deux acteurs ont voulu, en plus du succès public qu’ils ont obtenu, gagner la reconnaissance de leurs pairs avec des films dits « sérieux » où ils pourraient livrer des prestations dramatiques et prouver leurs réels talents de comédiens. Ce fut donc « The Truman Show » pour Jim Carrey et « Harold Crick » pour Will Ferrell.

Sauf que. Si Jim Carrey a complètement prouvé l’étendue de son jeu par la suite à la faveur d’un « Man on the moon » exceptionnel ou dans un  « Eternal Sunshine of the spotless  mind » décalé, Will Ferrell ne semble pas capable de notre point de vue de porter un film seul sur ses épaules. Il a systématiquement besoin d’un alter ego comique pour exister : Ben Stiller et Owen Wilson dans « Zoolander » ou Sacha Baron Cohen dans « Ricky Bobby », qui lui vole carrément la vedette dans le rôle de Jean Girard, pilote de circuit homo français qui lit Camus et boit son expresso en pilotant son bolide !

(de haut en bas : Will Ferrell se demande ce qu'il fabrique ici, le spectateur aussi, le charme de Maggie Gyllenhaal ne peut pas sauver une philosophie à la Forrest Gump, Emma Thompson se la joue artiste)
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Poursuivons la comparaison entre « The Truman Show » et « Harold Crick ». Les deux films fonctionnent sur le mode de la fable où le personnage principal tente d’échapper à sa condition en découvrant que sa vie n’est qu’un leurre, une émission de télé réalité dans un cas, une histoire déjà écrite dans l’autre. Le pitch de « Harold Crick » est astucieux : le personnage principal entend un beau matin la voix off qui lui raconte sa vie et lui annonce sans coup férir sa mort prochaine. Harold Crick va alors tenter de se soustraire à ce destin programmé en trouvant celle qui écrit le cours de sa vie et qui est justement en panne d’écriture pour imaginer sa disparition. Cependant, le film va systématiquement tomber dans le cliché sur-signifiant pour illustrer son propos sur l’auto détermination ou la création artistique. Pour exprimer la platitude de la vie d’Harold Crick, contrôleur des impôts casanier, le réalisateur utilise des effets spéciaux inutiles (façon cuisine Ikea de « Fight Club ») qui pointe la répétitivité de sa vie, et des décors désincarnés blancs qui disent l’absence d’humanité de sa fonction. A contrario, la fille dont il tombe amoureux a abandonné ses études le jour où elle s’est aperçue qu’elle pourrait davantage faire le bonheur autour d’elle grâce aux cookies qu’elle confectionne amoureusement. On n’est pas loin de sombrer dans une philosophie à la « Forrest Gump » (« La vie, c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), que le charme lumineux de Maggie Gyllenhaal ne parvient pas à sauver.  Quant à Emma Thompson, écrivain en panne d’inspiration, elle joue l’artiste avec toute une batterie de tics caricaturaux, cheveux sales, tendances maniaco-dépressives, intérieur blanc immaculé pour signifier à la fois le syndrome de la page blanche et le rôle de deus ex machina. Tout cela, à défaut d’être convaincant, est excessivement lourd de symbole alors que le film se voudrait philosophique et spirituel. Dans ces circonstances, aucun bonus présent sur le dvd ne viendra finalement nous convaincre du contraire, des interviews promotionnelles aux scènes coupées qui n’élèvent pas le niveau. Quant aux qualités techniques du dvd, on se demande si les éditeurs ne veulent pas nous  faire passer de façon autoritaire aux supports haute définition tant l’image semble ici recouverte d’un léger voile altérant les couleurs et la netteté.
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Publié dans Dvd

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