[Dvd] The Fountain

Publié le par Frédéric RACKAY

Malgré la versatilité de son contenu, qui permet les interactivités les plus originales et les bonus les plus variés, le DVD demeure la plupart du temps l’espace d’une langue de bois tenace, l’outil de mensonges par omission qui jettent systématiquement un voile sur les difficultés de production,  les divergences artistiques ou les pressions des studios.

Dernière victime en date « The Fountain », le film de Darren Aronofski dont tout le monde a pu suivre par médias interposés les aléas de la réalisation. Prévu initialement pour être tourné en Australie avec Brad Pitt et Cate Blanchett dans les rôles principaux, le film est interrompu pour cause de démission de son acteur principal, qui préfère enfiler la jupette d’Achille dans le « Troie » de Petersen.  Budgété à 90 millions de dollars, le film voit son coût quasiment divisé par trois suite au départ de la star « bankable », pour être porté à 38 millions de dollars.

Le double dvd collector qui vient de sortir chez TF1 Video ne dit rien de cet accident de parcours, malgré son disque complet de suppléments, dont un making of divisé en 6  parties dont chacune détaille une partie de la production. C’est celle intitulée « Australie » qui retient surtout l’attention puisqu’on y découvre le tournage d’un film qui ne verra jamais le jour (à la manière de « Lost in la Mancha »), malgré la construction de décors pharaoniques et l’utilisation d’une multitude de figurants censés donner un côté épique au film. L’arrêt brutal du tournage ne nous sera signifié que par l’extrait vidéo d’une réunion de production où le réalisateur annonce à son équipe la fin des prises de vue. Aucune explication n’est donnée, le nom de Brad Pitt jamais prononcé… Le restant du making of, sous la forme d’un journal de tournage est plus conventionnel. Il capte des instants de plateaux où l’on découvre les méthodes de travail du réalisateur, sa direction d’acteur, et où les techniciens s’expriment sur leurs intentions, notamment concernant les décors et la lumière. Le module consacré aux effets spéciaux signifie explicitement l’économie de moyens à laquelle était réduite la production alors que la comparaison film/ storyboard nous dit l’exigence artistique toujours élevée d’Aronofski qui ne transige pas avec sa vision malgré la coupe drastique de budget. Cependant, l’essentiel de l’interactivité se basant sur les aspects les plus techniques du film, on se dit qu’une vraie édition collector du film reste à faire.

Sur son blog, Darren Aronofski incite ses fans à signer une pétition pour que l’éditeur Criterion, reconnu pour la qualité éditoriale de ses dvds s’empare du projet. Il prévoit également d’enregistrer un commentaire audio qui sera téléchargeable gratuitement et dans lequel on espère l’entendre s’exprimer librement sur son film.

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Une telle obstination à vouloir aller au bout de son projet, voilà un beau sujet de réflexion autour de « The Fountain », qui pourrait constituer la ligne éditoriale d’une édition définitive à venir.

Car dès les premières minutes du film, il est absolument évident que « The Fountain » va souffrir d’un déficit de spectaculaire, d’épique qui nuit au projet et en réduit le souffle romanesque à la portion congrue. Décors étriqués, figuration modeste, casting réduit, tout semble réduit à la baisse de ses ambitions. C’est dommage, mais ça n’est pas le plus gênant. Ce qui contrarie le plus, c’est cette philosophie « new-age » que véhicule le film . Il faut être sensible à des sentences du type « Together we will live forever » pour en goûter la saveur, sinon, il faudra accepter tout un salmigondis autour de légendes maya, d’arbre de la vie,  de fontaine de jouvence plutôt difficile à avaler. Un bon point : Aronofski, en dépit d’une structure s‘étalant sur trois époques, propose un montage d’une grande lisibilité, mais malheureusement contrarié par une mise en scène trop explicite qui appuie lourdement le propos sur le deuil. Jeu sur l’ombre et la lumière, décors hivernaux, parallèle entre l’inquisition et la maladie,  Aronofski n’y va pas avec le dos de la cuillère dans le symbolisme. Paradoxalement, le film émeut davantage dans les séquences les plus simples, intimes, quand il filme en gros plan le visage de Rachel Weisz (sa femme dans la vie) sans aucun artifice. C’est dans ces instants de vérité portés seulement par son actrice que « The Fountain » touche à l’émotion, débarrassé de tout l’attirail philosophico-mystique que le réalisateur a construit autour.
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Publié dans Dvd

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