[Ciné] Le secret de Terabithia

Publié le par Frédéric RACKAY

Au petit jeu du marketing trompeur, « Le secret de Terabithia » risque de ne pas sortir gagnant. Avec son affiche évoquant un ersatz bessonien d’ « Arthur et les Minimoys », une campagne promo qui insiste lourdement sur le fait que le film est produit par les créateurs de « Narnia » et sa bande-annonce orientée exclusivement sur les séquences à effets spéciaux, le spectateur a de grandes chances de ne pas s’y retrouver. « Terabithia » n’est rien de tout ça. Il est bien supérieur à la somme de tout ce avec quoi on pourrait le confondre. Le film évoque davantage Peter Jackson et « Créatures célestes » pour le thème de l’imaginaire enfantin et Rob Reiner et son « Stand by me » pour l’évocation du deuil dans un contexte pré-adolescent.

Plutôt que de succomber à l’appel des effets spéciaux à tout prix, le film prend d’abord le temps de poser le décor, en l’occurrence une petite ville rurale de l’Amérique profonde, assez peu visité dans le cinéma de récente mémoire. « Terabithia » décrit le quotidien de deux jeunes, Jess et Leslie, qui pour échapper à la réalité, s’inventent un monde imaginaire dans le quel ils se réfugient. Le film utilise un système d’opposition classique dans sa structure scénaristique. Jess est issu d’une famille très modeste et nombreuse. Son père n’encourage jamais les qualités artistiques de son fils qui manifeste pourtant beaucoup de talent en griffonnant des croquis dans son carnet. Il ne s’adresse presque exclusivement à son fils que pour lui ordonner de faire ses corvées. À l’inverse, Leslie est la fille unique d’un couple d’écrivains, qui dispose de beaucoup plus de libertés et entraînera son ami dans son monde imaginaire, le royaume de « Terabithia », situé dans la forêt, de l’autre côté d’une rivière qu’on traverse en se balançant au bout d’une corde. Ce monde issu de l’esprit des jeunes amis se manifeste sous la forme d’effets spéciaux discrets qui s’intègrent toujours dans l’environnement naturel, et qui ne durent que le temps de surgissements assez brefs. Cet enchantement vient contrebalancer l’ordinaire du quotidien de Jess et Leslie : la famille, le bus, l’école où seuls les disciplines artistiques permettent de s’évader (les cours de musique).  Le film oscille donc entre réalisme social (sans jamais tomber dans le misérabilisme ou le mélo) et le merveilleux, le féerique.



Mais le plus étonnant pour un film malgré tout destiné à un jeune public, c’est la rupture qu’il opère dans son dernier tiers en abordant de front le thème du deuil. « Terabithia », déjà peu conventionnel dans son refus de céder à toute facilité, quitte les rails du divertissement purement familial pour accéder à la maturité. Le film devient alors récit d’apprentissage, traite du passage à l’âge adulte en évitant méthodiquement de sombrer dans le pathos qui menaçait de ruiner son sujet. Au lieu de cela, le film atteint une forme d’état de grâce porté par une réalisation plutôt discrète mais qui réserve cependant de beaux moments de mise en scène et surtout par une interprétation parfaite. La petite Annasophia Robb, déjà vue dans « Charlie et la chocolaterie », rayonne et émeut à la fois. Elle est la révélation de ce film, et manifeste un tempérament d’actrice qui promet un bel avenir.

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Publié dans Ciné

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