[Coup de coeur Ciné] Je vais bien, ne t'en fais pas

Publié le par Frédéric RACKAY

Lorsque Lili rentre de vacances en Espagne, elle découvre que son frère jumeau Loïc a quitté le domicile familial suite à une violente dispute avec son père. La jeune fille se heurte à l’indifférence de ses parents qui semblent considérer le départ de son frère comme un coup de tête passager mais la situation se prolongeant sans aucune nouvelle du garçon, Lili doit commencer à vivre avec son absence. Au bout de quelques semaines, elle commence à recevoir des cartes postées des quatre coins de la France où son frère  lui écrit « Je vais bien, ne t’en fais pas ».
 
Avec son argument qui aurait pu laissé craindre un simple psychodrame familial, Philippe Lioret réussit sans doute le plus beau film français de l’année, un véritable petit bijou d’émotion qui poursuit le spectateur très longtemps après la fin de la séance. Le réalisateur évite tous les poncifs inhérents à un tel sujet et porte un regard d’une grande justesse sur ses personnages, et réussit à la fois la peinture d’une vie de banlieue pavillonnaire et le portrait tout en finesse d’une adolescente d’aujourd’hui. Le film est entièrement construit en réponse au vide laissé par Loïc, son absence avec laquelle chacun doit réapprendre à vivre. Pour Lili dont Loïc est le frère jumeau, c’est à un véritable travail de deuil qu’elle doit se confronter : elle rejette d’abord toute relation avec les autres, refuse de se nourrir, tombe dans un cycle d’anorexie qui l’isole du monde. Puis elle passe dans une phase d’émancipation. Dans la chanson qu’il a écrite pour sa sœur avant son départ, Loïc disait « Lili, take another walk out of this fake world » . Ce monde dont il parle, c’est cette banlieue pavillonnaire, le « Truman show » comme il l’appelait. Des rues à l’identiques, des résidences au pareil, d’où Lili cherche à s’enfuir en prenant un petit boulot de caissière au Shoppi pour louer une chambre de bonne à Paris. En réaction au comportement de son père, banlieusard misérable, qui rentre tard le soir à cause des pannes de RER, passe son temps devant la télé tel un zombie, Lili construit sa nouvelle vie, renoue de srelations, apprend à aimer. Loïc, dans ses courriers, l’enjoint à « faire des rêves », insulte copieusement ce père qui n’a jamais écouté ses chansons. Sauf que le mystère qui pèse sur son départ est plus lourd qu’il n’y paraît. Le twist qui conclue le film, absolument bouleversant, n’est pas un simple procédé scénaristique. Il redéfinit totalement tout ce qui précède, invite le spectateur à reconsidérer les personnages avec un point de vue différent. Le père devient en la circonstance le personnage le plus tragique, émouvant du film.
 
Philippe Lioret filme ces instants de vie avec la distance qui convient à un tel sujet, ne surenchérit à aucun moment dans le pathos ou l’émotion à tout prix, avec une économie de dialogue justifié par les non dits, les sous entendus qui rongent le film, avec une interprétation au diapason. Mélanie Laurent est sublime dans le rôle de Lili. Elle est de chaque plan, donne vie à son personnage en évitant tous les clichés sur l’adolescence, porte en elle une souffrance et une émotion à fleur de peau qui reste à chaque moment d’une justesse absolue. Tout comme Kad Merad, personnage banal mais véritable bloc de douleur contenue,  dont l’indifférence apparente cache en réalité un secret trop lourd à porter pour un seul homme.
 
Lorsque les lumières se rallument à la fin, le film continue de travailler le spectateur.  Le chagrin des personnages devient le nôtre. Lioret n’a pas dévié de son cap, « Je vais bien, ne t’en fais pas » ne se finit pas dans un déferlement de larmes et de cris, mais avec une magnifique déclaration d’amour. Les larmes, c’est à nous de les verser maintenant
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Publié dans Ciné

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