[Ciné] Le vent se lève

Publié le par Frédéric RACKAY

Ceux pour qui la Palme d’Or se doit de distinguer un courant novateur du cinéma, audacieux et original, auront sans doute été déçus par le Palmarès du Festival de Cannes 2006 , qui a récompensé « Le Vent se lève ».
 
Il y a pourtant de quoi se satisfaire de cette récompense. On peut l’interpréter de deux façons : comme le couronnement de toute une carrière de cinéaste, celle de Ken Loach, 70 ans et 24 films au compteur, qui a produit une œuvre en marge de systèmes, avec une économie de moyens garantissant son intégrité, humaniste et politique, donnant toujours la parole aux petites gens, aux classes opprimés.  C’est aussi un prix qui vient saluer un grand sujet qui fait écho politiquement aux événements actuels, les éclaire de sa valeur historique  : le thème de l’occupation, de la résistance, renvoie de façon manifeste à ce qui se passe en Irak et le jury de Cannes, comme celui qui avait donné la Palme à Fahrenheit  9/11 a sans doute voulu ancrer son palmarès dans une réalité actuelle, pour susciter la réflexion, provoquer le débat, éveiller les consciences. Certes, toutes ces raisons ne sont pas des raisons forcément justes our récompenser un film dans le plus grand festival du monde, et les motifs purement cinématographiques convoqués par Tarantino pour justifier sa Palme au brûlot de Michael Moore n’avaient pas forcément convaincus. Disons simplement que « Le vent se Lève » mérite amplement sa récompense, un point c’est tout.
 
En évoquant les actions d’un groupe de l’IRA dans l’Irlande des années 20, Loach retourne à un sujet historique de la même façon qu’il avait abordé la guerre d’Espagne dans « Land of Freedom ». Le réalisateur procède dans un premier temps en choisissant de privilégier le groupe au profit des individualités : il n’isole pas de personnage spécifique pour en faire  le protagoniste principal, pas plus qu’il ne fait le choix de « romantiser » les événements. On ne comprend pas immédiatement les liens qui unissent ces membres de l’IRA, Loach privilégie le groupe, et touche d’une certaine façon à un cinéma « fordien » qui saisit les mouvements collectifs plutôt que les destinées individuelles. Dans cette première partie, Loach évite en outre tout didactisme qui aurait alourdit le film de considérations purement scolaires, sans pour autant que le spectateur ne soit perdu face aux événements historiques. Si l’on ne comprend pas exactement les motifs qui poussent le groupuscule à agir, c’est que les personnages sont eux-mêmes déchirés entre la stricte obéissance à l’idéologie de l’IRA et la déshumanisation qu’il subissent à force d’en respecter les règles les plus catégoriques. La séquence où le personnage de Damien  doit abattre un jeune homme de 16 ans parce qu’il a trahi la cause est bouleversante et sa conséquence, le « Je ne ressens plus rien » sans équivoque quant aux effets d’un tel embrigadement.

Dans sa seconde partie, « Le vent se lève » se veut davantage démonstratif voire plus pédagogique en mettant au centre du récit le conflit fratricide entre Damien, qui refuse tout accord avec l'ennemi anglais et son frère qui accepte le traité de ralliement à la Couronne. C'est le déchirement politique de tout un pays qui est signifié ici de façon dramatique mais en évitant cependant l'émotion à tout prix ou le sentimentalisme. Loach, grâce à une mise en scène classique et rigoureuse, et une direction d'acteurs toujours juste, rend compte de l'absurdité de la situation sans tomber non plus dans le film à thème. Il atteint un universalisme qui méritait bien une Palme d'Or, « Le vent se lève » ayant les allures d'un futur grand classique indémodable.
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Publié dans Ciné

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