[Ciné] Vicky Cristina Barcelona

Publié le par Frédéric RACKAY

Quatrième film déjà hors du territoire U.S. pour le plus européen des cinéastes américains. Si sa trilogie londonienne se justifiait par un système de classe très british qui lui permettait de traiter de l’ascension sociale de ses personnages, le décor barcelonais est l’occasion pour Woody Allen de mettre en conflit une certaine idée de l’artiste bohème espagnol avec le prototype de l’homo economicus yankee. Car le réalisateur semble avoir un problème avec les citoyens de son pays. Doug, le seul spécimen mâle américain de son dernier film, est en effet une caricature de golden boy sûr de lui, obsédé comme il se doit par l’argent et la réussite, matérialiste à l’extrême. Face à lui, Juan Antonio est un artiste peintre esthète et bon vivant, amateur de vin, de bonne chère, un jouisseur qui va séduire tour à tour deux touristes américaines venues passer l’été à Barcelone : Vicky, la future épouse de Doug et Cristina, son amie volage qui ne sait pas quoi attendre d’une relation amoureuse. On l’aura compris, Woody Allen ne recule devant aucun cliché, ni dans la caractérisation de ses personnages, ni dans la vision très carte postale de Barcelone, qui ressemblerait presque à une visite touristique avec passage obligé au parc Güell et photographie chaleureuse et ensoleillée à l’appui. Pourtant, si « Vicky Cristina Barcelona » peut paraître uniquement frivole et léger dans le ton, le film est beaucoup plus sérieux et grave dans son propos.




Car ce qui est intéressant, c’est comment Woody Allen, qui choisit d’accueillir le spectateur via le poncif et le lieu commun, choisit de leur tordre le cou pour aborder des thèmes comme celui de l’engagement amoureux et de l’insatisfaction du cœur humain (Cristina, qui interrompe sa relation lorsque la "raison fait place aux sentiments"), des choix de vie (Vicky voit les certitudes de son mariage voler en éclat après une nuit dans les bras de Juan Antonio)…en résumé des mystères de l’amour. La voix-off qui soutient l’histoire sur le mode littéraire de l’éducation sentimentale, prend alors des accents ironiques et cruels et le marivaudage annoncé tourne à la fable féroce. Woody Allen épuise toutes les combinaisons possibles entre ses personnages, entre triolisme bohème et baiser saphique, pour revenir strictement au point de départ. Sauf que si en apparence rien n’a changé pour le couple d’amies au terme de cette pause estivale, celles-ci auront connu un véritable bouleversement de leurs valeurs et de leurs certitudes au contact de Juan Antonio qui a agi sur elle comme une sorte de révélateur, au même titre que la ville de Barcelone, qui devient un personnage à part entière. Il faut ici saluer l’extraordinaire performance de Javier Bardem dans le rôle du bel hidalgo : il évite systématiquement la caricature dans laquelle le personnage aurait pu basculer pour en faire quelqu’un de noble et droit, charismatique et généreux. Un rôle beau et émouvant.
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Publié dans Ciné

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