[Ciné] Diary of the dead
Ah ! la fameuse justification politique du mort-vivant ! Elle permet à des magazines qui n’y entendent rien au cinéma fantastique et a fortiori au cinéma d’horreur de s’y intéresser (on pense à Télérama, les Cahiers, Positif voire les Inrocks) en sortant la grosse artillerie analytique sous le biais de l’explication sociologique, médiatique, contestataire, culturelle etc. Sauf que si ce prisme pouvait sans mal s’appliquer à la trilogie originale des «Morts Vivants » de Romero, lire tout le zèle que mettent ces périodiques à défendre « Diary of the dead » fait plutôt sourire. Car le film, qui se voudrait novateur sur la forme du reportage « live » caméra à l’épaule, a le désavantage d’arriver après « Cloverfield » et « [Rec] », tous deux largement plus pertinents, et que le discours de Romero sur la responsabilité des images et la force médiatique sent le réchauffé et nous est asséné avec une subtilité toute pachydermique. Le plus ennuyeux est que Romero ne va pas jusqu’au bout de sa logique de journal filmé en caméra subjective puisqu’il introduit une seconde caméra qui lui permet d’insérer du champ/ contre-champ pour un découpage tout ce qu’il y a de plus classique. Alors cela satisfera sans doute ceux à qui les images instables de « Cloverfield » et « [Rec] » ont filé la nausée. Mais du coup, « Diary of the dead » perd instantanément l’immédiateté, la tension provoquée par la proximité du danger, qu’une véritable caméra subjective aurait sans nul doute instaurée.De plus, la caractérisation des personnages est très grossière et doublée d’un humour de série Z, avec par exemple ce vieil alcoolique qui débite régulièrement des sentences qui rivalisent chacune au titre de la crétinerie la plus totale. Quand l’humour ne se fait pas involontaire, lorsqu’on entend, au bout d’une heure de métrage, prononcer par l’un des personnages pris au piège dans une grange et s’interrogeant sur les bruits de l’extérieur : « Mais qu’est ce que cela peut-il bien être ? »…Je ne sais pas moi ? Godzilla ? Freddy Kruger ? Michael Myers ? Là, on atteint un sommet qu’occupe la réplique culte du personnage de la mère dans « Amityville ». qui, après plus d’une heure de phénomènes paranormaux, finissait par se dire : « Il se passe quelque chose de pas normal ici ». Bien vu, ma grande !
Alors au rayon des réjouissances gores, y-a-t-il tout de même de quoi se mettre sous la dent ? Si peu finalement, serait-on tenté de dire…Hormis le crâne d’un zombie fondant sous l’effet d’un acide et la méthode « amish » d’extermination des morts-vivants, pas grand-chose.On est loin du grand safari de « Zombie » et ses fameux plans subjectifs « lunettes de fusil » qui mettaient le spectateur littéralement en situation de déclencher la détente comme dans un vaste video-game. Car si Romero n’est plus aussi pertinent aujourd’hui, il le fut en son époque et a déjà réalisé son film sur le mode du reportage. C’était « La nuit des Morts Vivants » en 1968 et le cinéaste faisait alors passer un vrai message racial (sur les afro-américains) et politique (sur la guerre du Vietnam) aujourd’hui encore percutant. Dommage alors qu’il soit totalement dépassé par toute une nouvelle génération de cinéastes qui a su renouveler la forme et le discours du cinéma d’horreur pour procurer au spectateur de nouvelles sensations inédites, que Romero est désormais incapable de provoquer. Quand le maître se fait surpasser par ses élèves.
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