[Ciné] Deux jours à tuer
« Deux jours à tuer » repose sur une malhonnêteté intellectuelle contenue dans son twist final que le spectateur le moins attentif et perspicace aura d’ailleurs deviné très vite. Cette révélation, si elle explique le besoin pour le personnage d’Antoine de tirer un trait sur les aspects les plus superficiels de son existence (course à l’argent et au confort) et de partir à la recherche de son père, ne justifie pas le jeu de massacre auquel il se livre en rejetant femme, enfants et amis dans un geste d’une grande violence.La première partie du film repose donc entièrement sur l’énergie de Dupontel à détruire méticuleusement et avec beaucoup de cynisme tout ce qu ’il a construit durant son existence : son emploi de publicitaire qui lui apparaît tout à coup dérisoire, sa vie de couple et de père de famille dans lesquels il ne se retrouve plus, son réseau d’amis où il ne voit plus qu’hypocrisie et mensonges. Cependant, si l’acteur s’en donne manifestement à cœur joie dans ce jeu de massacre, quelque chose ne fait pas sens et ôte toute crédibilité aux deux moments forts du film : la première scène de ménage et la scène du repas. Dans la première séquence entre Dupontel et Marie-Josée Croze, le couple prend un soin tout particulier à éviter que la vérité ne surgisse, tourne autour sans jamais visiblement vouloir la faire éclater. Le talent des comédiens n’est pas à remettre en cause, mais le texte qu’ils prononcent regorge d’hypocrisie visant à tromper le spectateur. Plus tard, la soirée d’anniversaire d’Antoine repose sur cette même stratégie d’évitement en vue de retarder la révélation du twist qui ne sera connu qu’à la toute fin du métrage. Cette longue séquence où le personnage de Dupontel règle tour à tour son compte à chacun de ses amis, si elle est particulièrement jouissive et drôle, repose néanmoins sur un malentendu qui ne la justifie cependant pas a posteriori.
La deuxième partie du film est davantage dans la veine du Jean Becker de « L’enfant des marais », celle du retour à la nature et de l’hédonisme. Elle s’inscrit de façon totalement contradictoire avec le début du film, sans jamais éviter tout à fait la caricature de l’opposition factice de la nature contre l’urbanisme, du confort contre la simplicité, de l’isolement contre la collectivité. Le réalisateur insiste parfois de façon lourde sur les gestes simples de la préparation d’un repas, à tel point qu’on se croirait dans une émission gastronomique de Jean-Luc Petitrenaud, avec le discours sous-entendu du bien manger comme source de bonheur. Tout cela n’est pas désagréable, même plutôt reposant, d’autant plus que le twist final, que l’on voit venir à la jumelle, n’est pas exploité de façon outrancière dans un but lacrymal. Jean Becker sait s’arrêter au bon moment pour éviter le pathos qu’aurait pu provoquer une telle révélation. Au lieu de cela, il conclut son film de façon discrète, presque modeste, laissant au soin de Serge Reggiani d’interroger le spectateur à la faveur du titre « Le temps qu’il reste », dans un générique qui laisse une grande trace d’émotion.
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