[Dvd] Lady Chatterley

Publié le par Frédéric RACKAY

L’aventure « Lady Chatterley » aura finalement été une magnifique  histoire pour Pascale Ferran. Entre une sortie en novembre dernier, accompagnée d’un accueil critique dithyrambique et d’un beau succès public, le prix Louis Delluc qui lui fut décerné, le film a été un véritable triomphe lors de la dernière cérémonie des César avec cinq des statuettes les plus prestigieuses, puis un passage sur Arte qui a assuré à la chaîne sa plus belle audience de l’année. Ce que l’on retiendra le plus dans tout cela, c’est le fameux discours de la réalisatrice quand elle reçut le César de la Mise en Scène, où elle poussa un coup de gueule contre le système d’indemnisation des intermittents du spectacle, le financement des films en France qui privilégie les grosses productions, et l’absence de politique gouvernementale culturelle. Mais dans un autre de ses discours cette soirée-là, Pascale Ferran, visiblement émue d’être récompensée par ses pairs, a évoqué les difficultés à tourner « Lady Chatterley » en raison d’un budget serré et s’est souvenue du dernier jour de tournage où l’équipe n’a même pas pu faire une petite fête pour l’occasion.




Le making of du dvd reflète bien l’économie de moyen avec laquelle a dû faire l’équipe de tournage. Très réduite, seulement une vingtaine de techniciens, presque familiale (d’après Jean-Louis Coulloc’h), chacun faisait le double de ce qu’il était censé faire. Le making of donne la parole à cinq des membres de l’équipe, qui ont été interviewés pendant le tournage, alors que Pascale Ferran est interrogée a posteriori. Chacun, depuis son poste, donne son point de vue sur le film et ce sont ces points de vue individuels, ces visions qui au final construisent ce que la réalisatrice appelle « la culture du film », le fait de prendre des décisions et d’en rejeter d’autres. On assiste dans ce making of à l’extrême pragmatisme dont a dû faire preuve l’équipe : on voit Gabrielle Roux (première assistante mise en scène) aller chercher chez son propriétaire le chien qui sera dans le film celui de Parkin. On voit également Renaud Fély (repéreur, 2ème assistant mise en scène réalisateur) faire des repérages pour une scène, ce qui veut dire imaginer comment le plateau pourra s’accommoder des véhicules qui viendront stationner, des tentes qu’il faudra installer, du matériel qu’il faudra acheminer. Ce qui fait en fait le quotidien d’une production telle que celle de « Lady Chatterley ». On voit également le tournage d’une scène où Jean-Louis Coulloc’h semble avoir du mal à trouver la bonne interprétation, pendant que Marina Hands avoue à Pascale Ferran la fatigue qui l’empêche de rentrer complètement dans son rôle.




Ces propos dont nous sommes les témoins sont complétés par des entretiens croisés dans lesquels l’actrice principale confirme la difficulté du tournage, sa fatigue croissante qui allait a contrario du cheminement du personnage de Constance qui va vers l’éclosion. Dans ces entretiens, Pascale Ferran, Jean-Louis Coulloc’h, Marina Hands et Hippolyte Gorardot disent leurs rencontres, comment  ils sont arrivés sur le film, les premières répétitions, le travail de préparation des scènes d’amour. À ce sujet, Pascale Ferran dit avoir voulu procéder d’une façon documentariste, c’est-à-dire en les captant sans savoir comment les monter par la suite. Une nouvelle fois, on se rend compte que tous ont la même vision du film puisque Marina Hands dit que dans ces scènes, « le geste doit continuer à raconter le dialogue », pendant que Pascale Ferran tient quasi textuellement les mêmes propos. Une belle complémentarité entre une réalisatrice et son actrice.




Mais le meilleur supplément de ce dvd reste les scènes commentées. Point de commentaire audio sur toute la durée du film en effet, mais des scènes sélectionnées par des membres de l’équipe qui expliquent leurs choix et en quoi ces séquences sont significatives.

Ainsi, Roger Bohbot (co-scenariste), choisit  la scène où Constance assiste à la sortie des mineurs, qui raconte la métamorphose du regard du personnage sur la classe ouvrière en baissant la vitre de l’auto (qui représente une frontière invisible) et en soutenant le regard d’un mineur.

Edwin broyer (machiniste) choisit la scène où les deux amants courent nus sous la pluie. Il explique qu’il a dû installer un travelling de 80 mètres, que  les acteurs voulaient être seuls sur le plateau mais que malheureusement, tous les techniciens ont dû y assister  pour manœuvrer les jets d’eau, et que l’équipe s’est servie du travelling comme manège à la fin du tournage de la scène.

Pascale Ferran commente la scène qui conclue la première jouissance de Constance, sous l’arbre. Elle explique que dans chacun de ses films, une ou deux scènes sont des points de rendez-vous, des scènes qui l’émeuvent à chaque vision, qui « dépassent les paramètres de leur propre fabrication ». Cette scène en fait partie : elle ne devait pas être filmée ce jour-là pour des raisons de météo, mais finalement, c’est une des scènes préférée de la réalisatrice qui avoue cependant « ne l’avoir pas vue venir ».

Hipolyte Girardot, avec beaucoup d’humour, commente la scène de «cascade du film », où Clifford conduit son fauteuil motorisé. Il analyse son rôle comme celui d’un impuissant qui soumet celui qu’il sait être l’amant de sa femme. Quand Parkin inspecte le moteur du fauteuil, il « va voir dans le trou du cul de Clifford ». Pour l’acteur, c’est le moment où le rapport de Clifford aux machines devient plus humain.

Julien Hirsch (chef opérateur), commente la scène où Constance est submergée d’émotion en prenant un oisillon dans sa main, d’un point de vue surtout technique. Il explique que le choix de la caméra à l’épaule se justifie par le fait que l’émotion naît du « tout » (les oiseaux, les  mains, la carnation de la peau), et qu’en l’absence de contrainte pour les acteurs, il fallait trouver le bon axe, la bonne distance pour capter l’émotion et aller chercher le spetits détails. Pour lui, dans cette scène, Constance manifeste une forme d’angoisse dépressive face à sa propre existence, le fait qu’elle ne pourra pas avoir d’enfants avec son mari.

Jean-Pierre Laforce (mixeur) revient sur son travail sur le son dans la première scène où Constance franchit la barrière de la forêt, Mathilde Muyart (monteuse) explique comment elle a monté la première scène d’amour et Béatrice Thiriet (compositeur) revient sur la musique du film en expliquant que ce qui l’a le plus émue dans le film, ce sont les scènes de séparation. Le moins intéressant est le commentaire de Jacques Mandelbaum (critique)  qui récite également une préface au film sur le premier disque.

Les bandes annonces du film et de « Petits arrangements avec les morts » complètent la liste des suppléments, ce qui n ous fait nous demander : quand auront nous la chance de voir en dvd « L’âge des possibles », le précédent film magnifique de Pascale Ferran et surtout, la version télévisée de « Lady Chatterley » diffusée sur Arte en juin dernier, et qui propose plus de quarante minutes supplémentaires.


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Publié dans Dvd

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