Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 11:03

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Par Frédéric RACKAY - Publié dans : Versatile
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 18:28
Le retour de Kathryn Bigelow après sept ans d'absence arrive à point nommé pour nous rappeler à quel point la réalisatrice dispose d'un point de vue unique sur le genre pourtant ultra codifié et testostéroné qu'est l' « actioner ». Alors que l'on parle de plus en plus de divertissements décomplexés, euphémisme cache-misère pour qualifier un cinéma décérébré  dont on se contente hélas régulièrement, l'ex compagne de James Cameron injecte au contraire du sens et de la réflexion dans le genre. Elle livre avec « Démineurs » un film immense qui réussit l'exploit d'être à la fois une machine à produire de l'adrénaline et de la tension et un formidable objet complexe et théorique.




Dès la première séquence, la réalisatrice installe son cadre de référence, les codes qui vont déterminer son projet de mise en scène. En filmant une opération de déminage en plein coeur de Bagdad, elle pose un système où l'action, le lieu et les personnages sont quasiment déréalisés à l'instar d'un jeu vidéo. Le robot démineur que l'on suit au début renvoie bel et bien à l'univers vidéo ludique tout comme la citation d'exergue, « War is a drug » qui pourrait aussi bien concerner les gamers compulsifs qui trouvent un exutoire dans les RPG (les Role Playing Games ») ou les « first person shooters ». Les soldats démineurs téléguident en effet cet accessoire sur une console à distance et s'échangent les manettes comme un joypad. Le territoire géographique est réduit à son minimum, ici un vaste terrain vague, quasi lunaire (impression renforcée par l'habit de protection des démineurs qui donne des allures d'astronaute aux soldats), dont la fonction est de délimiter des territoires de danger potentiel (la « killing zone », la zone de blast...) mais où le péril peut néanmoins surgir de partout (l'utilisateur du téléphone portable qui déclenche la détonation de la charge explosive). Si la mission centrale est de désactiver une bombe, le danger peut donc aussi être périphérique, sans qu'il soit pour autant possible de l'identifier comme tel. Dans la scène de la voiture, un caméraman filmant l'intervention de l'équipe de démineurs ou de simples autochtones deviennent de potentiels ennemis aux intentions hostiles . Même les personnages principaux sont réduits à l'état de silhouettes, Kathryn Bigelow prenant un plaisir manifeste à faire disparaître sans coup férir les rares têtes d'affiche traversant l'écran (Guy Pearce et Ralph Fiennes) tandis que les autres incarnent des archétypes à la caractérisation rudimentaire. Le Sergent William James (excellent Jeremy renner, déjà remarquable dans « 28 semaines plus tard », à surveiller !) n'existe par exemple qu'à travers le shoot d'adrénaline que lui procure chaque mission, il est inapte à la vie civile. La dernière image qui le montre revenir sur le théâtre des opérations après l'échec de son retour à une vie de couple normale s'inscrit comme un cycle auquel il ne peut se soustraire. Il ne faut surtout pas y voir une légitimation de la présence des troupes US en Irak, Kathryn Bigelow évitant soigneusement de faire un film politique sur ce conflit.

« Démineurs » est un film réflexif, théorique, quasi « Kubrickien » sur l'engagement des soldats dans un conflit armé. On pense notamment à « Full Metal Jacket » et à son dernier acte où une troupe de soldats, perdus dans une ville étaient pris pour cibles par un sniper embusqué. Les déambulations des personnages dans les rues faisaient écho à Jack Nicholson cherchant la sortie du labyrinthe de « Shining ». Si Kathryn Bigelow cherche manifestement cette forme de « film cerveau », cérébral, « Démineurs » n'est cependant pas abstrait. C'est un vrai film de guerre avec sa recherche de tension, de suspens et de spectaculaire. Si l'on s'interroge au début sur la capacité de la cinéaste à renouveler l'intérêt du spectateur surtout en l'absence d'uns structure scénaristique forte, il faut in fine reconnaître qu'elle évite la répétition en variant intelligemment les climats, alterne le dehors et le dedans, le centre et la périphérie, les scènes de déminages pures avec une séquence de sniping inouïe où la mise en scène se joue admirablement du champ/ contre champ, de la durée du plan et de la géométrie du cadre.  Allez, permettons-nous une facilité pour conclure : ce film est une bombe !
Par Frédéric RACKAY - Publié dans : Ciné
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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /Juin /2009 19:48
Lorsque JJ Abrams a commencé à communiquer sur sa conception de « Star Trek », le réalisateur a avoué sa méconnaissance de l'univers de la série, ses codes, sa philosophie particulière pour  en annoncer une relecture qui s'adresserait au plus grand nombre, trekkies purs et durs et néophytes curieux. Rien de tel pour provoquer une levée de bouclier chez les fans de la première heure, et accessoirement gardiens du temple, soucieux d'être trahis et de voir l'objet de leur adoration dénaturé au profit du grand public. On sait aujourd'hui que si « Star Trek XI » conçoit une certaine fidélité aux personnages, à la structure sociale et politique de la saga originale, le reste n'a plus grand chose à voir, sacrifié sur l'autel du jeunisme et d'un humour souvent hors de propos dans un tel contexte.

Quand McG est annoncé pour donner une suite à la trilogie  « Terminator », il sait qu'il ne bénéficie d'aucune crédibilité au sein du noyau dur des fans de la saga. Le réalisateur, responsable des deux adaptations ciné des « Drôles de Dames », est tout au mieux un habile clippeur capable de produire un humour au énième degré, guère plus. Ne se sachant pas légitime, McG adopte une stratégie strictement inverse à celle de JJ Abrams, pour témoigner aux films de Cameron son plus grand respect et sa volonté de rester fidèle à la trilogie originale. « Terminator Renaissance » se situant dans un contexte radicalement différent des précédents volets et obéissant à un « production design » en rupture avec celui de Cameron, McG ne manque aucune occasion de lancer des clins d'oeil appuyés aux fans de la première heure. Répétitions des tagglines les plus manifestes (« Come with me if you want to live », « I'll be back », les enregistrements audios de John et Sarah Connor), du score original (le fameux thème musical lors du générique qui reprend en 3D le concept de base du premier film), le morceau des Guns'N'Roses), la façon dont Kyle Reese recherche son fusil, le climax dans le cadre d'une chaine de production industrielle... jusqu'à l'apparition en CGI de « Governator » himself, dans un cameo attendu et plutôt efficace. Les signes de bonne volonté sont manifestes, mais cela suffit-il à faire de ce « Terminator Begins » un bon film ? Oui et non.




Oui, car contrairement au troisième opus qui n'apportait rien de neuf à la saga, « Terminator Renaissance » a l'ambition de prolonger la mythologie en mettant des images sur la guerre du futur opposant les hommes aux machines, dont Cameron nous avait donné un aperçu à la faveur de « flash forwards » oniriques. Soldats prostrés dans des sous-sols tandis qu'à la surface, des tanks roulent sur les squelettes des victimes, les robots sillonnant les airs ou avançant laser au poing, tirant sur toute forme de vie humaine.... L'économie de série B du premier film ne permettait qu'une vision réduite du futur, mais dont la modestie des moyens faisait toute la force paranoïaque et anxiogène.  Pour « Renaissance », McG convoque de multiples références, notamment du cinéma catastrophe (« La guerre des Mondes » de Spielberg) et post apocalyptique et à « Mad Max 2- Le défi » en particulier. L'enfant muet en écho du « feral kid », la vision primitive de la résistance, la course poursuite sur une route qui traverse un paysage désertique, le chef d'oeuvre de George Miller est cité explicitement sans que jamais, McG en tutoie le niveau. Plus surprenant, le clin d'oeil à John Sturges lors d'un saut en moto au dessus de barbelés pourrait inscrire « Renaissance » dans une généalogie qui le situerait comme un remake escatologique  de la « Grande Evasion ». Quant aux risque de concurrence aux « Transformers » de Michael Bay et au « Dark Knight » de Chris Nolan que laissaient supposer la bande annonce,  ils sont vite évacués pour ne se résumer qu'à la séquence de la station service (robot géant) et à une course-poursuite (en « batpod »-like) qui ne tombent cependant pas dans le piège de la compilation opportuniste.

Si le film n'est donc pas le naufrage tant redouté, il souffre cependant d'un montage très aléatoire où les coupes les plus sombres en altèrent le rythme et l'architecture scénaristique. Dès la première scène de la découverte du labo expérimental de Skynet, John Connor en ressort sans que l'on sache exactement ce qui a bien pu s'y dérouler. Si le spectateur peut imaginer le massacre laissé hors champ, on se doute qu'il s'agit davantage d'une coupe pure et simple plutôt que d'une ellipse maladroite. Le film trace ainsi sa route, handicapé systématiquement par des béances dans le script, tel l'absence d'explication des expériences menées sur les humains par Skynet. Plus problématique, ce charcutage en règle exclut toute caractérisation des personnages qui ne sont réduits qu'à des figures aux motivations incertaines. On a ainsi beaucoup de mal à croire dans la relation entre Marcus et Moon Bloodgood et surtout, l'interprétation de Christian Bale est tout à fait hors de propos. Jouant sans cesse sur l'intensité nerveuse, à la limite de l'antipathie, il campe un John Connor loin du charisme messianique que l'on avait en tête.
Par Frédéric RACKAY - Publié dans : Ciné
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 12:38
Le monde des triades a toujours inspiré de nombreux cinéastes  en raison de leur aspect cinégénique et fantasmatique. Il faut dire que cet univers de société secrète à vocation criminelle, qui s'apparente en de nombreux points à la mafia américaine, a quelque chose de fascinant avec ses lois spécifiques, ses raisons historiques et ses liens avec la société, ses traditions, ses figures hautes en couleur et folkloriques. Dans « Election », Johnnie To isole un événement spécifique de la vie des triades, l'élection du nouveau chef local, pour  en  révéler les enjeux financiers, les luttes de pouvoir, la lutte entre la tradition et les velléités séparatistes.

Les deux prétendants au pouvoir sont Lok, garant des traditions qui président à ce microcosme, calme, méthodique, il est opposé à Big D, qui, battu par le vote, va tout faire pour obtenir le siège tant convoité à force de violence et de corruption. Ce dernier est interprété de façon quasi hystérique par un Tony Leung Ka Fai qui cabotine au possible dans ce rôle survolté. Il faut dire que le récit faisant intervenir de nombreux personnages, leur caractérisation, réduite au minimum, autorise tous les excès dans le jeu des acteurs et dans celui-ci en particulier, obsédé par le pouvoir et l'argent. 



Le film prend à un moment donné la direction d'une forme de chasse au trésor : celui qui possédera un bâton ancestral que se relaient les nouveaux chefs, deviendra le patron. C'est l'occasion de sortir de Hong Kong où se déroule le film, de mettre en suspens le dialogue et le verbe pour des séquences d'action, de poursuite et de duels au sabre qui ne font cependant pas oublier que « Election » n'est pas un film d'action stricto sensu. Aucun coup de feu n'est échangé, Johnnie To abandonne les fusillades opératiques de « Full time Killer » ou « The Mission », les plans séquences virtuoses de « Breaking news ». Si on tue dans « Election », c'est à l'arme blanche, en enfermant la victime dans une caisse pour la faire dévaler une falaise, en utilisant un rocher pour écraser un crâne, en poussant sa victime sous les roues d'une voiture.  Si on sent bien que Johnnie To a mis un point d'honneur à mettre de côté les gunfights, cela ne signifie pas pour autant que sa mise n'est pas moins travaillée et réfléchie. Il utilise toujours des mouvements d'appareil discrets mais plutôt pour isoler un moment de communion collective (la cérémonie du thé ou celle d'intronisation du nouveau boss), utilise de brillante façon la cinégénie particulière de la ville de Hong Kong (les berlines noires qui roulent dans la nuit avec les reflets des néons sur la carrosserie...). Le montage est nerveux, la photographie fait la part belle aux clairs obscurs, « Election » est un modèle de film du genre, et un sommet dans la carrière de Johnnie To.




Publié dans la collection que TF1 Vidéo consacre à Johnnie To, « Election » propose un transfert en tout point conforme aux partis pris artistiques, images sombres et bleutées, et une bande son plutôt discrète, le film étant avant tout très verbeux. Un court making of complète le programme de ce dvd disponible soit à l'unité, soit en coffret avec sa suite.
Par Frédéric RACKAY - Publié dans : Dvd
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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 18:56
Affirmer que « Exilé » puise son inspiration du côté du western revient à prononcer un euphémisme tant Johnnie To fait référence au cinéma de Sam Peckinpah et Sergio Leone dans son dernier film Dès les premières minutes, il est manifeste que le procédé filmique qu’il organise trouve son équivalence à l’identique dans la séquence d’ouverture d’ « Il était une fois dans l’Ouest ». Arrivée des protagonistes dans un lieu quasi désert (la gare dans le film de Leone, une rue chez To), iconisation des protagonistes à la faveur d’accessoires vestimentaires (les imperméables renvoient aux fameux caches poussières), organisation de l’espace et des déplacements, absence de dialogues. Tout passe par la mise en scène, la longueur des plans, la précision du cadre, les mouvements d’appareil qui aboutissent au terme d’une introduction leonesque à un gunfight tel que nous y a habitué le réalisateur de « The Mission » et « PTU», ultra chorégraphié, opératique. Survient alors un événement qui rappelle l’une des plus belles scènes de cinéma de l’an passé dans « Children Of men » et le cessé-le-feu imposé par la simple présence d’un nourrisson qui fait taire les armes. Cette séquence en appelle une autre, celle de la réconciliation des deux camps autour d’un repas improvisé. Le vrai sujet du film s’écrit alors dans ce moment de complicité partagé : amitié indéfectible, amour filial, nostalgie des vieilles valeurs familiales et d’un code d’honneur  hérité des samouraïs, camaraderie bon enfant.




Après son diptyque « Election », Johnnie To revient en effet à un style « old school » en opposition au déploiement high-tech d’un « Breaking News ». Dans « Election », la succession mafieuse s’organisait autour de la chasse d’un totem, symbole des valeurs ancestrales du Milieu. Dans « Exilé », tout respire également la fin d’une époque, des décors au style colonial de la ville de Macao à la veille de sa rétrocession à la Chine, à la trahison des porte-flingues par des chefs mafieux davantage concernés par des alliances de circonstance. On pense bien sûr à la « Horde Sauvage » de Peckinpah, chant du cygne du genre, western crépusculaire qui marquait la fin définitive d’une époque. Johnnie To applique à « Exilé » le même traitement au film de mafia, y compris en ce qui concerne les personnages féminins (uniquement mamans ou putains) et dans une certaine forme d’humour picaresque (les tueurs à gage s’amusent comme de grands enfants).




Dans sa deuxième partie, « Exilé » quitte le contexte urbain pour s’aventurer en campagne et met en scène une chasse à l’or inattendue mais qui ancre définitivement le film dans le genre du western, tout en lorgnant du côté du Kitano de « Sonatine ». Cet ultime acte suicidaire est le geste final d’une bande d’amis dépassés par le monde qui les entoure, trahis par leurs commanditaires, évoluant dans un environnement hostile. Le gunfight final, véritable chef d’œuvre définitif du genre, voit tous ses protagonistes s’agiter comme dans un ballet morbide, à l’image de fantômes : le sang jaillit en geyser, personne ne cherche à se cacher pendant que les balles fusent, aucun survivant ne peut échapper à un tel massacre. Dans ces derniers moments, « Exilé » devient presque un film abstrait, conceptuel, qui écrit le dernier chapitre d’un genre qui se meurt.




Enfin ! Il aura fallu presque deux ans d'attente depuis sa sortie en salle en France pour voir arriver ce chef d'oeuvre de Johnnie To en dvd ! C'est TF1 Vidéo qui édite le film dans une collection consacrée au réalisateur chinois. Les packagings sont des slim digipacks avec les films dans de beaux transferts et des suppléments peu nombreux, repris des éditions zones 3 (produits par Media Asia) mais toujours intéressants. Dans le cas de « Exilé », la copie et le transfert respectent les différentes tonalités à la fois nocturnes et chaudes de la photographie et la compression n'est jamais prise en défaut malgré les plans sombres de la première partie. Du côté des bonus, on se contentera d'un making of qui donne la parole au réalisateur et à ses comédiens qui reviennent sur les thématiques développées dans le film (la fraternité, le destin). Les images de tournage permettent de se rendre compte de l'ambiance détendue et de franche camaraderie qui régnait sur le plateau.
Par Frédéric RACKAY - Publié dans : Dvd
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